Cinq leçons de psychanalyse (1909)
Cinquième leçon · bloc 1 · confiance 0.95
Processus psychologique consistant à revenir à des étapes antérieures de la vie sexuelle, en réponse aux obstacles rencontrés dans la réalité. Ce processus permet d'éviter les dispositions originales et de trouver un certain bien-être.
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Cinquième leçon Nature et signification des névroses. La fuite hors de la réalité. Le refuge dans la maladie. La régression. Relations entre les phénomènes pathologiques et diverses manifestations de la vie normale. L'art. Le transfert. La sublimation. La découverte de la sexualité infantile et la réduction des symptômes névrotiques à des composantes instinctives érotiques nous ont conduit à quelques formules inattendues sur l'essence et les tendances des névroses. Nous voyons que les hommes tombent malades quand, par suite d'obstacles extérieurs ou d'une adaptation insuffisante, la satisfaction de leurs besoins érotiques leur est refusée dans la réalité. Nous voyons alors qu'ils se réfugient dans la maladie, afin de pouvoir, grâce à elle, obtenir les plaisirs que la vie leur refuse. Nous avons constaté que les symptômes morbides sont une part de l'activité amoureuse de l'individu, ou même sa vie amoureuse tout entière ; et s'éloigner de la réalité, c'est la tendance capitale, mais aussi le risque capital de la maladie. Ajoutons que la résistance de nos malades à se guérir ne relève pas d'une cause simple, mais de plusieurs motifs. Ce n'est pas seulement le « moi » du malade qui se refuse énergiquement à abandonner des refoulements qui l'aident à se soustraire à ses dispositions originelles ; mais les instincts sexuels eux-mêmes ne tiennent nullement à renoncer à la satisfaction que leur procure le substitut fabriqué par la maladie, et tant qu'ils ignorent si la réalité leur fournira quelque chose de meilleur. La fuite hors de la réalité pénible ne va jamais sans provoquer un certain bien-être, même lorsqu'elle aboutit à cet état que nous appelons maladie parce qu'il est préjudiciable aux conditions générales de l'existence. Elle s'accomplit par voie de régression, en évoquant des phases périmées de la vie sexuelle, qui étaient l'occasion, pour l'individu, de certaines jouissances. La régression a deux aspects : d'une part, elle reporte l'individu dans le passé, en ressuscitant des périodes antérieures de sa libido, de son besoin érotique ; d'autre part, elle suscite des expressions qui sont propres à ces périodes primitives. Mais ces deux aspects, aspect chronologique et aspect formel, se ramènent à une formule unique qui est : retour à l'enfance et rétablissement d'une étape infantile de la vie sexuelle. Plus on approfondit la pathogenèse des névroses, plus on aperçoit les relations qui les unissent aux autres phénomènes de la vie psychique de l'homme, même à ceux auxquels nous attachons le plus de valeur. Et nous voyons combien la réalité nous satisfait peu malgré nos prétentions ; aussi, sous la pression de nos refoulements intérieurs, entretenons-nous au-dedans de nous toute une vie de fantaisie qui, en réalisant nos désirs, compense les insuffisances de l'existence véritable. L'homme énergique et qui réussit, c'est celui qui parvient à transmuer en réalités les fantaisies du désir. Quand cette transmutation échoue par la faute des circonstances extérieures et de la faiblesse de l'individu, celui-ci se détourne du réel ; il se retire dans l'univers plus heureux de son rêve ; en cas de maladie il en transforme le contenu en symptômes. Dans certaines conditions favorables il peut encore trouver un autre moyen de passer de ses fantaisies à la réalité, au lieu de s'écarter définitivement d'elle par régression dans le domaine infantile ; j'entends que, s'il possède le don artistique, psychologiquement si mystérieux, il peut, au lieu de symptômes, transformer ses rêves en créations esthétiques. Ainsi échappe-t-il au destin de la névrose et trouve-t-il par ce détour un rapport avec la réalité 13 . Quand cette précieuse faculté manque ou se montre insuffisante, il devient inévitable que la libido parvienne, par régression, à la réapparition des désirs infantiles, et donc à la névrose. La névrose remplace, à notre époque, le cloître où avaient coutume de se retirer toutes les personnes déçues par la vie ou trop faibles pour la supporter.
Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)
V. · bloc 3 · confiance 0.95
La régression est un processus psychanalytique par lequel l'individu revient à des stades de développement précédents pour échapper à une situation stressante actuelle.
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Mais quand il enseignait à dédaigner l’autorité et à rejeter l’imitation des « Anciens », et sans cesse désignait l’étude de la nature comme la source de toute vérité, il ne faisait que reproduire, sur le mode de la plus haute sublimation que puisse atteindre l’homme, l’attitude qu’il avait déjà eue enfant, et qui s’était imposée à lui alors qu’il ouvrait sur le monde des yeux étonnés. Ramenés de l’abstraction scientifique à l’expérience individuelle concrète, les Anciens et l’autorité correspondaient au père, et la Nature redevenait la bonne et tendre mère qui l’avait nourri. Tandis que chez la plupart des enfants des hommes, — aujourd’hui comme autrefois, — le besoin d’être soutenu par une autorité quelconque est si impérieux que, celle-ci vient-elle à être menacée, le monde leur semble chanceler, Léonard seul pouvait se passer de ce soutien. Il ne l’aurait pas pu s’il n’avait appris dès l’enfance à renoncer au père. La hardiesse et l’indépendance de son investigation scientifique ultérieure présupposent une investigation sexuelle infantile que le père ne put entraver, investigation qui se poursuivit ensuite dans l'éloignement de toute sexualité. Quand un homme, ainsi qu’il advint à Léonard, échappa dans sa première enfance à l’intimidation par le père et rejeta, au cours de son activité investigatrice, les chaînes de l’autorité, il y aurait contradiction criante à ce que le même homme fût demeuré croyant et n’eût pas réussi à se soustraire au joug de la religion dogmatique. La psychanalyse nous a appris à reconnaître le lien intime unissant le complexe paternel à la croyance en Dieu, elle nous a montré que le dieu personnel n’est rien autre chose, psychologiquement, qu’un père transfiguré ; elle nous fait voir tous les jours comment des jeunes gens perdent la foi au moment même où le prestige de l’autorité paternelle pour eux s’écroule. Ainsi nous retrouvons dans le complexe parental la racine de la nécessité religieuse. Dieu juste et tout-puissant, la Nature bienveillante, nous apparaissent comme des sublimations grandioses du père et de la mère, mieux, comme des rénovations et des reconstructions des premières perceptions de l’enfance. La religiosité est en rapport biologiquement avec le long dénuement et le continuel besoin d’assistance du petit enfant humain ; lorsque plus tard l’adulte reconnaît son abandon réel et sa faiblesse devant les grandes forces de la vie, il se retrouve dans une situation semblable à celle de son enfance et il cherche alors à démentir cette situation sans espoir en ressuscitant, par la voie de la régression, les puissances qui protégeaient son enfance. La protection que la religion offre aux croyants contre la névrose s’explique ainsi : elle les décharge du complexe parental, auquel est attaché le sentiment de culpabilité aussi bien de l’individu que de toute l’humanité, et elle le résout pour eux, tandis que l’incroyant reste seul en face de cette tâche. L’exemple de Léonard ne semble pas devoir infirmer cette conception de la foi religieuse. De son vivant déjà, il fut accusé d’incrédulité, ou, chose équivalente à cette époque, de ne plus croire aux dogmes catholiques. Ces accusations furent expressément rapportées par Vasari dans la première biographie qu’il donna de Léonard 89 ; dans la seconde édition de ses Vite, en 1568, il les supprima 90 . Il est tout à fait compréhensible que Léonard, vu l’extraordinaire susceptibilité de son époque en fait de religion, se soit abstenu de manifester ouvertement son attitude envers le christianisme. Mais l’investigateur qui était en lui ne se laissa pas le moins du monde abuser par les récits de la création donnés par l’Écriture ; il contestait par exemple la possibilité d’un déluge universel et comptait, en géologie, par millénaires, aussi librement que les modernes. Parmi les « Prophéties » de Léonard s’en trouvent plusieurs qui devaient froisser la délicatesse des croyants, telle celle-ci relative au culte des images saintes :
Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)
VI. · bloc 3 · confiance 0.95
Processus par lequel un individu revient à des stades de développement précédents, souvent en réponse à des stress ou à des difficultés, selon Freud.
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Mais bientôt se vérifie en lui le fait d’expérience qu’une répression presque totale de la vie sexuelle réelle ne crée pas les conditions les plus favorables à l’exercice des tendances sexuelles sublimées. La vie sexuelle réelle se manifeste une fois de plus comme le modèle de toutes les autres fonctions, l’activité et l’esprit de décision commencent à être frappés de paralysie, la tendance au ressassement et à l’indécision se fait déjà sentir dans la Cène, et scelle, par son influence désastreuse sur la technique, le destin de l’œuvre grandiose. Et peu à peu s’accomplit chez Léonard une évolution que l’on ne peut comparer qu’à la régression des névrosés. L’artiste qui s’était épanoui en lui, avec la puberté, est rattrapé, dépassé par l’investigateur de sa première enfance ; la seconde sublimation de ses instincts érotiques cède le pas à la primitive, préparée par le premier refoulement de sa vie. Il devient investigateur, d’abord au service de son art, ensuite indépendamment de lui et enfin en lui tournant le dos. Avec la perte de son Mécène, image du père, avec l’assombrissement progressif de sa vie, cette régression prend de plus en plus d’ampleur. Léonard devient « impacientissimo al pennello » comme écrit un correspondant d’Isabelle d’Este, qui voudrait posséder encore un tableau de sa main 100 . Son passé infantile le domine. Et l’investigation, qui remplace pour lui maintenant la création artistique, présente quelques-uns des traits qui caractérisent la mise en œuvre de forces inconscientes : l’insatiabilité, l’opiniâtreté que rien n’arrête, l’impossibilité de s’adapter aux circonstances réelles. Parvenu à l’apogée de sa vie, à la cinquantaine, à cet âge où, chez la femme, les caractères sexuels ont déjà subi une transformation régressive, où, chez l’homme, la libido tente souvent encore une poussée énergique, Léonard subit une nouvelle évolution. Des couches encore plus profondes de son âme se raniment ; mais cette régression nouvelle favorise son art, qui était en train de dépérir. Il rencontre la femme qui réveille en lui le souvenir du sourire heureux et sensuellement extasié de sa mère, et sous l’influence de ce souvenir il retrouve l’inspiration qui le guidait dans ses premiers essais artistiques, alors qu’il façonnait les têtes de femmes souriantes. Il peint la Joconde, la Sainte Anne et cette série de tableaux caractérisés par l’énigme de leur sourire. Grâce à ses plus anciens émois érotiques, il peut célébrer encore une fois le triomphe sur l’inhibition qui entravait son art. Cette dernière évolution du créateur se perd pour nous dans les ténèbres approchantes de l’âge. Son esprit, cependant, s’est auparavant encore une fois élevé aux plus hautes spéculations d’une conception du monde laissant loin derrière elle les idées de son temps. J’ai dit, dans les chapitres précédents, ce qui peut justifier un semblable exposé de l’évolution de Léonard, une telle division de sa vie par périodes, et expliquer ses perpétuelles oscillations entre la science et l’art. Si mes déductions devaient faire naître, même chez des amis et connaisseurs de la psychanalyse, l’opinion que je n’ai écrit ici qu’un roman psychanalytique, je répondrai que moi-même ne m’exagère pas la certitude de mes résultats. Après tant d’autres, j’ai succombé à mon tour au charme émanant du grand et énigmatique Léonard chez lequel l’on croit sentir de si puissants instincts et de si grandes passions, qui ne surent cependant s’exprimer que si étrangement assourdies. Quelle que soit la vérité touchant la vie de Léonard, nous ne pouvons abandonner notre tentative de l’expliquer psychanalytiquement sans avoir rempli encore un devoir. Nous devons tracer les frontières générales qui s’imposent à la psychanalyse dans le domaine de la biographie, et ceci, afin que tout ce qui échappa ici à l’explication ne nous soit pas imputé à insuccès. La recherche psychanalytique dispose comme matériel des données biographiques suivantes : d’une part, hasard des événements et influence du milieu ; de l’autre, réactions connues d’un individu donné.