Freud — Corpus & Glossaire

Refoulement sexuel

Processus psychique par lequel les tendances libidinales sont réprimées ou repoussées dans l'inconscient, pouvant avoir des effets sur le développement intellectuel de l'enfant et pouvant être associé à une représentation anormale de l'acte sexuel

Sources de référence

Cinq leçons de psychanalyse (1909)

Cinquième leçon · bloc 4 · confiance 1.00

Le processus par lequel des tendances libidinales sont réprimées ou repoussées dans l'inconscient.

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Nous connaissons encore une issue, meilleure peut-être, par où les désirs infantiles peuvent manifester toutes leurs énergies et substituer au penchant irréalisable de l'individu un but supérieur situé parfois complètement en dehors de la sexualité : c'est la sublimation . Les tendances qui composent l'instinct sexuel se caractérisent précisément par cette aptitude à la sublimation : à leur fin sexuelle se substitue un objectif plus élevé et de plus grande valeur sociale. C'est à l'enrichissement psychique résultant de ce processus de sublimation, que sont dues les plus nobles acquisitions de l'esprit humain. Voici enfin la troisième des conclusions possibles du traitement psychanalytique : il est légitime qu'un certain nombre des tendances libidinales refoulées soient directement satisfaites et que cette satisfaction soit obtenue par les moyens ordinaires. Notre civilisation, qui prétend à une autre culture, rend en réalité la vie trop difficile à la plupart des individus et, par l'effroi de la réalité, provoque des névroses sans qu'elle ait rien à gagner à cet excès de refoulement sexuel. Ne négligeons pas tout à fait ce qu'il y a d'animal dans notre nature. Notre idéal de civilisation n'exige pas qu'on renonce à la satisfaction de l'individu. Sans doute, il est tentant de transfigurer les éléments de la sexualité par le moyen d'une sublimation toujours plus étendue, pour le plus grand bien de la société. Mais, de même que dans une machine on ne peut transformer en travail mécanique utilisable la totalité de la chaleur dépensée, de même on ne peut espérer transmuer intégralement l'énergie provenant de l'instinct sexuel. Cela est impossible. Et en privant l'instinct sexuel de son aliment naturel, on provoque des conséquences fâcheuses. Rappelez-vous l'histoire du cheval de Schilda. Les habitants de cette petite ville possédaient un cheval dont la force faisait leur admiration. Malheureusement, l'entretien de la bête coûtait fort cher ; on résolut donc, pour l'habituer à se passer de nourriture, de diminuer chaque jour d'un grain sa ration d'avoine. Ainsi fut fait ; mais, lorsque le dernier grain fut supprimé, le cheval était mort. Les gens de Schilda ne surent jamais pourquoi. Quant à moi, j'incline à croire qu'il est mort de faim, et qu'aucune bête n'est capable de travailler si on ne lui fournit sa ration d'avoine. 13 Voir O. Rank, Der Künstler.

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

I. · bloc 8 · confiance 0.95

Un processus psychique par lequel les pensées et les sentiments sexuels sont poussés dans l'inconscient pour éviter la conscience. Ce refoulement peut avoir des effets sur le développement intellectuel de l'enfant

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L’enfant a-t-il grandi et s’est-il instruit davantage, souvent sa curiosité semble tout à coup s’éteindre. L’examen psychanalytique rend pleinement compte de ces faits, quand il nous apprend que beaucoup d’enfants, peut-être la plupart, en tout cas les plus doués, traversent, à partir environ de la troisième année, un stade que l’on peut qualifier de période d’investigation sexuelle infantile. La curiosité ne s’éveille pas, chez les enfants de cet âge, autant que nous le sachions, spontanément, mais sous l’influence de quelque événement important : la naissance d’un frère ou d’une sœur, ou bien la crainte, de par quelque expérience extérieure, d’une telle possibilité, l’enfant se voyant par là menacé dans ses intérêts égoïstes. Alors l’enfant s’efforce de résoudre le problème : « D’où viennent les enfants ? », comme s’il cherchait les moyens d’empêcher un événement aussi peu souhaitable. Nous avons ainsi appris avec étonnement que l’enfant refuse de croire aux explications qu’on lui donne, rejette par exemple la fable de la cigogne, si significative du point de vue mythique ; de ce premier acte d’incroyance date son indépendance intellectuelle et souvent il se sent, de ce jour, en grave opposition avec les adultes auxquels il ne pardonne au fond jamais de l’avoir, en cette occasion, trompé. Alors il se met à chercher par ses propres moyens, devine le séjour de l’enfant dans le corps maternel et, guidé par les vagues émois de sa propre sexualité, se crée des opinions à lui sur la conception de l’enfant par le manger, sur sa naissance par l’intestin, sur le rôle difficile à découvrir du père ; il soupçonne même alors déjà l’existence de l’acte sexuel, qui lui apparaît comme quelque chose d’hostile et de violent. Mais de même que sa propre constitution sexuelle n’a pas encore acquis la puissance d’engendrer, de même sa recherche passionnée de l’origine de l’enfant doit se perdre dans le sable et, incomplète, être abandonnée. L’insuccès de cette première tentative d’indépendance intellectuelle semble laisser après soi une impression durable et profondément déprimante 29 . Quand cette période d’investigation sexuelle infantile se termine par une violente poussée de refoulement sexuel, alors se présentent, pour le destin ultérieur de la curiosité intellectuelle, trois possibilités, et ceci, de par son lien primitif avec la curiosité sexuelle. Ou bien la curiosité intellectuelle partage le sort de la sexualité, demeure dès lors inhibée, et le libre exercice de l’intelligence en est pour la vie entravé, d’autant plus que bientôt, sous l’influence de l’éducation, entre en jeu la puissante coercition religieuse de la pensée. Tel est le type de l’inhibition névrotique. On comprend qu’une telle débilité acquise de la pensée soit très favorable à l’éclosion d’une névrose. Dans un second type, le développement intellectuel est assez fort pour pouvoir résister au refoulement sexuel qui cherche à l’entraîner après soi. Un peu après la défaite de l’investigation sexuelle infantile, quand l’intelligence s’est fortifiée, elle vient offrir, en mémoire de son ancienne parenté, son aide pour tourner le refoulement sexuel, et alors remonte du fond de l’inconscient, sous forme de pensée obsédante (Grübelzwang) la curiosité sexuelle étouffée, sans doute déformée et entravée, mais assez puissante pour sexualiser la pensée même et colorer les opérations intellectuelles du plaisir ou de l’angoisse propres aux choses sexuelles. L’investigation intellectuelle devient ici activité sexuelle, souvent même exclusive ; la sensation de la pensée qui s’accomplit et se résout remplace la satisfaction sexuelle ; mais le caractère de l’investigation infantile, qui était de rester sans conclusion, se reproduit encore en ceci que les spéculations ne connaissent pas de fin, et que la sensation intellectuelle de la résolution qu’on recherche s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche. Le troisième type, le plus rare et le plus parfait, échappe, grâce à des dispositions particulières, aussi bien à l’inhibition qu’à l’obsession intellectuelles.

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

I. · bloc 9 · confiance 0.95

Processus psychique par lequel l'individu repousse inconsciemment ses pulsions sexuelles vers l'inconscient, selon Freud.

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L’investigation intellectuelle devient ici activité sexuelle, souvent même exclusive ; la sensation de la pensée qui s’accomplit et se résout remplace la satisfaction sexuelle ; mais le caractère de l’investigation infantile, qui était de rester sans conclusion, se reproduit encore en ceci que les spéculations ne connaissent pas de fin, et que la sensation intellectuelle de la résolution qu’on recherche s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche. Le troisième type, le plus rare et le plus parfait, échappe, grâce à des dispositions particulières, aussi bien à l’inhibition qu’à l’obsession intellectuelles. Le refoulement sexuel a bien aussi lieu, mais il ne réussit pas à entraîner dans l’inconscient une partie de l’instinct et du désir sexuels. Au contraire, la libido se soustrait au refoulement, elle se sublime dès l’origine en curiosité intellectuelle et vient renforcer l’instinct d’investigation déjà par lui-même puissant. La recherche devient, ici encore, dans une certaine mesure, obsession, et « ersatz » de l’activité sexuelle, mais en raison de la différence radicale des processus psychiques fondamentaux (sublimation au lieu d’irruption du fond de l’inconscient) les caractères de la névrose manquent, l’assujettissement aux complexes primitifs de l’investigation sexuelle infantile fait défaut, et l’instinct peut librement se consacrer au service actif des intérêts intellectuels. Mais le refoulement sexuel qui, par l’apport de libido sublimée les avait faits si forts, les marque encore de son empreinte, en leur faisant éviter les sujets sexuels. Chez Léonard, nous rencontrons ensemble et une curiosité intellectuelle dominatrice et un étiolement marqué de la vie sexuelle, qui se limite à l’homosexualité dite platonique. Nous serons donc enclins à le prendre pour modèle de notre troisième type. Léonard serait parvenu, après une période infantile d’activité intellectuelle au service d’intérêts sexuels, à sublimer la plus grande partie de sa libido en instinct d’investigation. Tels seraient l’essence et le secret de son être. Mais la preuve de ce que nous avançons là n’est pas facile à fournir. Il nous faudrait connaître l’évolution psychique de ses premières années, or il semble insensé d’espérer trouver des documents à cet effet, les données sur la vie de Léonard étant si rares et si incertaines ; de plus il s’agit d’une période de la vie dont les circonstances, même chez les personnes de notre génération, échappent à l’attention des observateurs. Nous savons peu de chose sur la jeunesse de Léonard. Il naquit en 1452, dans le petit bourg de Vinci, entre Florence et Empoli. Il était enfant naturel, ce qui, à cette époque, ne déconsidérait pas ; son père était Ser Piero da Vinci, notaire, et descendant d’une famille de notaires et d’agriculteurs, qui tiraient leur nom de la localité de Vinci ; sa mère se nommait Caterina et était sans doute une paysanne, plus tard remariée avec un autre habitant de Vinci. Cette mère ne reparaît plus dans la vie de Léonard ; seul le romancier Merejkovski croit pouvoir retrouver sa trace. Le seul renseignement certain sur la jeunesse de Léonard est fourni par un document officiel de l’an 1457 : un registre des impôts, sur lequel Léonard est porté, parmi les autres membres de la famille Vinci, comme fils illégitime, âgé de cinq ans, de Ser Piero 30 . De son mariage avec Donna Albiera, Ser Piero n’eut pas d’enfants, c’est pourquoi le petit Léonard put être élevé chez son père. Il ne quitta la maison paternelle que pour entrer — on ne sait à quel âge — comme apprenti dans l’atelier d’Andréa del Verrocchio. En 1472, le nom de Léonard se trouve déjà sur la nomenclature des membres de la « Compagnia dei pittori ». C’est tout. 1 D’après Jacob Burckhardt, cité par Alexandra Konstantinova, Die Entwicklung des Madonnentypus bei Leonardo da Vinci, Strasbourg, 1907. (Zur Kunstgeschichte des Auslandes, heft 54.)

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

I. · bloc 12 · confiance 0.95

Répression ou rejet inconscient des pulsions sexuelles, comme le suggère la représentation anormale de l'acte sexuel dans le dessin de Léonard.

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« La poitrine de la femme présente deux défauts : du point de vue artistique le spectacle disgracieux d’une gorge flasque et pendante ; du point de vue anatomique, elle constitue un témoignage de l’aversion de Léonard pour les choses sexuelles, qui empêcha Léonard l’investigateur d’observer, fût-ce une seule fois, le mamelon d’une femme qui allaite. L’eût-il fait, il aurait remarqué par le lait sort par plusieurs conduits séparés les uns des autres. Mais Léonard dessina un seul conduit, qui s’enfonce loin dans la cavité abdominale et probablement, d’après lui, doit tirer le lait de la citerne du chyle, peut-être même être en rapport avec les organes sexuels. Sans doute faut-il tenir compte de ce que l’étude des organes internes de l’homme était en ce temps entravée, la dissection des cadavres étant regardée comme une profanation des morts et sévèrement punie. Léonard, qui ne possédait qu’un matériel de dissection très restreint, a-t-il soupçonné l’existence d’un réservoir lymphatique dans l’abdomen ? On peut se le demander, bien que dans son dessin se trouve un espace creux qu’on pourrait interpréter dans ce sens. Léonard voulut peut-être, en faisant descendre plus bas encore le conduit du lait, jusqu’aux organes sexuels internes, représenter, par un rapport anatomique sensible, le synchronisme qui existe entre le début de la lactation et la fin de la grossesse. Mais nous aurons beau vouloir excuser les connaissances anatomiques déficientes de l’artiste par les conditions du temps, il n’en reste pas moins que Léonard a négligé de s’occuper justement des organes féminins. On peut bien reconnaître le vagin et une indication du col de l’utérus, mais l’utérus lui-même est dessiné très confusément. « Léonard a, par contre, bien plus correctement représenté l’organe mâle. Il ne s’est pas contenté, par exemple, de dessiner le testicule, mais a mis en place aussi l’épididyme. « La position dans laquelle Léonard fait accomplir le coït est des plus singulières. Il existe des tableaux, des dessins d’artistes illustres représentant le coitus a tergo, a latere, etc. Mais la représentation de l’acte sexuel debout, dans cette position solitaire, presque grotesque, implique un refoulement sexuel très énergique. Qui veut jouir a soin d’ordinaire de se mettre aussi à l’aise que possible. Ainsi des deux instincts primordiaux : la faim et l’amour. La plupart des peuples antiques prenaient couchés leurs repas, et pour le coït nous nous étendons encore aujourd’hui d’ordinaire, comme le faisaient nos aïeux. Ainsi s’exprime la volonté de demeurer longtemps dans la position souhaitée. « De plus, les traits féminins de la tête d’homme manifestent un état de défense et de mauvaise humeur. Les sourcils sont froncés, le regard se détourne avec crainte, les lèvres sont serrées et leurs coins tirés en bas. Ce visage ne laisse en vérité reconnaître ni la volupté de l’acte d’amour, ni la félicité des vœux exaucés ; il n’exprime que mauvaise humeur et dégoût. « Mais Léonard a fait la plus grande faute de dessin dans les extrémités inférieures. Le pied de l’homme devrait en effet être le droit, car Léonard ayant représenté l’acte sexuel en coupe sagittale, c’est le pied gauche de l’homme qui devrait se trouver au-dessus du plan de la figure, et inversement, pour la même raison, le pied de la femme devrait être le gauche. De fait, Léonard a confondu les pieds de l’homme et de la femme. L’homme possède un pied gauche, la femme un pied droit. On s’oriente aisément dans cette confusion quand on réfléchit que les gros orteils appartiennent au côté interne des pieds. « De ce dessin anatomique seul on eût pu conclure au refoulement presque déconcertant de la libido du grand artiste et investigateur. » On a d’ailleurs critiqué cet exposé de Reitler, reprochant à celui-ci d’avoir tiré de trop graves conclusions d’une esquisse hâtive, dont il ne serait pas même avéré que les diverses parties aillent ensemble ( N. d. A.). L. Beltrami ( I primi risultati délia pubblicazione « Anatomia di Windsor », dans Miscellanea Vinciana, Milan, décembre 1923) a attaqué vivement ces conclusions de Reitler.