Freud — Corpus & Glossaire

Frigidité

La manque de désir sexuel ou d'intérêt pour la sexualité chez Léonard, qui était inhabituel pour un artiste et un peintre de la beauté féminine.

Sources de référence

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

I. · bloc 4 · confiance 0.95

La manque de désir sexuel ou d'intérêt pour la sexualité chez Léonard, qui était inhabituel pour un artiste et un peintre de la beauté féminine.

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Pourtant cette sensibilité presque féminine ne l’empêchait pas de suivre des condamnés se rendant au dernier supplice, afin d’étudier leurs traits décomposés par l’angoisse et de les reproduire dans son carnet. Cette sensibilité ne l’empêchait pas non plus de concevoir les armes offensives les plus cruelles et d’entrer au service de César Borgia comme ingénieur militaire en chef. Il paraissait souvent indifférent au bien et au mal, ou alors c’est qu’il ne fallait pas le mesurer de la même mesure dont on se sert pour le commun des hommes. Ingénieur en chef, il accompagna César Borgia, cet adversaire sans scrupules et sans foi, dans la campagne qui lui livra la Romagne. Pas une ligne du journal de Léonard ne trahit une critique ou une approbation des événements de ce temps. La comparaison avec Goethe pendant la campagne de France n’est pas entièrement à écarter. Si un essai biographique veut pénétrer jusqu’à l’intelligence de la vie psychique de son héros, il ne doit pas, — comme c’est le cas dans la plupart des biographies, par discrétion ou par pruderie, — passer sous silence les caractéristiques, la vie sexuelles du sujet. Ce que l’on sait de Léonard à cet égard est peu de chose, mais ce peu de chose est de grande importance. En ces temps où une sensualité effrénée était en lutte avec un ascétisme sombre, Léonard donna l’exemple d’un froid éloignement de toute sexualité ; ce qui étonne chez un artiste et un peintre de la beauté féminine. Solmi cite de lui cette phrase, qui dénote sa frigidité : « L’acte de l’accouplement et les membres qui y sont employés ont une laideur telle, que, si ce n’était la beauté des visages, et les ornements des acteurs, et la disposition retenue, la nature perdrait l’espèce humaine 15 . » Ses écrits posthumes, qui ne traitent pas seulement les plus hauts problèmes scientifiques, mais renferment aussi des pauvretés peu dignes, nous semble-t-il, d’un aussi grand génie (une histoire naturelle allégorique, des fables d’animaux, des facéties, des prophéties) 16 , sont chastes, — abstinents, pourrait-on dire, — à un point qui étonnerait aujourd’hui dans une œuvre littéraire. Ils éludent tout ce qui est sexuel, comme si seul l’Éros qui entretient toute vie n’était pas une matière digne de la soif de connaître de l’investigateur 17 . On sait combien de grands artistes se sont complu à jeter la gourme de leur imagination en images érotiques et même obscènes ; de Léonard, au contraire, nous ne possédons que quelques représentations anatomiques des organes génitaux féminins internes, de la position du fœtus dans la matrice, etc. 18 ... Il est douteux que Léonard ait jamais étreint une femme ; on ne lui connaît pas non plus d’amitié intime pour une femme, telle que celle de Michel-Ange pour Vittoria Colonna. Apprenti encore chez son maître Verrochio, il fut dénoncé, avec d’autres jeunes gens, pour commerce homosexuel défendu. Mais on l’acquitta. Ce même soupçon, semble-t-il, l’atteignit pour avoir pris comme modèle un garçon mal famé 19 . Devenu maître, il s’entoura de beaux petits garçons et jeunes gens qui devinrent ses élèves. Le dernier de ces élèves, Francesco Melzi, l’accompagna en France, resta près de lui jusqu’à sa mort et fut institué son héritier. Sans partager l’assurance de ses biographes modernes, qui rejettent naturellement comme une calomnie exempte de tout fondement la possibilité de relations sexuelles entre lui et ses élèves, on peut tenir pour infiniment probable que les tendres rapports de Léonard avec les jeunes élèves qui partageaient alors sa vie, suivant les mœurs de l’époque, n’acquirent jamais un caractère charnel. On n’est d’ailleurs pas en droit d’attribuer à Léonard un haut degré d’activité sexuelle. Une vie sexuelle et sentimentale si particulière et la double nature de Léonard, artiste et investigateur à la fois, ne se laissent comprendre que d’une seule façon. Les biographes restent le plus souvent étrangers à toute psychologie : un seul, à ma connaissance, E. Solmi, a pressenti la solution de l’énigme.