Freud — Corpus & Glossaire

Évolution spirituelle de Léonard

Le passage décrit comment la pensée spinozienne pourrait avoir influencé l'évolution spirituelle de Léonard. Il est suggéré que les transformations de la force instinctive psychique en diverses formes d'activité peuvent être réalisables sans perte, mais que cela peut entraîner une perte de certaines formes d'activité.

Sources de référence

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

I. · bloc 6 · confiance 0.95

Le passage décrit comment la pensée spinozienne pourrait avoir influencé l'évolution spirituelle de Léonard. Il est suggéré que les transformations de la force instinctive psychique en diverses formes d'activité peuvent être réalisables sans perte, mais que cela peut entraîner une perte de certaines formes d'activité.

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Solmi a très bien saisi le mécanisme, chez Léonard, de ces changements de manière. Après la citation d’un passage où Léonard chante solennellement l’auguste nécessité qui règne dans la nature (O mira bile nécessità...) 24 Solmi ajoute : « Taie trasfigurazione della scienza délia natura in emozione, quasi direi, religiosa, è uno dei tratti caratteristici de manoscritti vinciani, e si trova cento volte espressa 25 ... » Léonard a été appelé le Faust italien, en raison de son inlassable et insatiable esprit d’investigation. On peut se demander si la reconversion de la curiosité intellectuelle en joie de vivre, base même du drame de Faust, est dans la réalité possible. Mais, sans même aborder ce problème, on peut prétendre que le développement spirituel de Léonard s’est effectué plutôt selon le mode de la pensée spinozienne. Les conversions de la force instinctive psychique en diverses formes d’activité ne sont peut-être pas plus réalisables sans perte que celles des forces physiques. L’exemple de Léonard nous montre combien d’autres choses restent à étudier dans cette conversion. On attend pour aimer de connaître : mais alors se produit un « ersatz ». Parvenu à la connaissance, on ne peut plus ni bien haïr ni bien aimer ; on demeure par delà la haine et l’amour. On s’est livré à l’investigation au lieu d’aimer. Et c’est peut-être pourquoi la vie de Léonard fut tellement plus pauvre en amour que celle d’autres grands hommes et d’autres artistes. Ces orageuses passions qui exaltent et consument, et qui, pour d’autres, sont le meilleur de la vie, ne semblent pas l’avoir atteint. Autres conséquences : on s’est livré à l’investigation au lieu d’agir, de créer. Qui a commencé d’entrevoir la magnificence de l’enchaînement universel des choses et ses nécessités, y perd aisément son propre petit moi. Accablé d’admiration, devenu vraiment humble, il oublie trop aisément qu’il fait lui-même partie de ces énergies agissantes et qu’il doit essayer, dans la mesure personnelle de ses forces, de modifier pour une infime part le cours nécessaire du monde, de ce monde en lequel les petites choses ne sont pas moins admirables ni moins significatives que les grandes. Léonard avait peut-être, — ainsi pense Solmi, — commencé ses recherches afin de servir son art 26 : il étudia les propriétés et les lois de la lumière, des couleurs, des ombres, de la perspective, afin de s’assurer la maîtrise dans l’imitation de la nature et de montrer à d’autres le même chemin. Sans doute s’exagérait-il dès lors la valeur de ces connaissances pour l’artiste. Ensuite, suivant l’orientation de ses besoins de peintre, il fut poussé à l’exploration des objets que représente la peinture : des animaux, des plantes, des proportions du corps humain ; et de l’extérieur des corps il passa, par le même processus mental, à l’étude de leur structure interne et de leurs fonctions vitales, qu’exprime aussi leur apparence et que l’art cherche à représenter. Et enfin, cette force devenue démesurée l’entraîna à rompre tout lien avec les besoins de son art. Ainsi il découvrit les lois de la mécanique, devina l’historique des gisements et des fossiles de la vallée de l’Arno, et en vint à inscrire en grandes lettres dans ses notes : Il sole non si muove 27 . Ainsi s’étendirent ses investigations dans presque tous les domaines de l’histoire naturelle, et il fut, en chacun, un découvreur, ou du moins un précurseur et un pionnier 28 . Cependant sa soif de savoir demeura tournée vers le monde extérieur, quelque chose l’écartait de l’exploration de la vie psychique humaine ; dans l’Academia Vinciana, pour laquelle il dessina des emblèmes artistement entrelacés, peu de place restait pour la psychologie. Essayait-il de revenir de l’investigation à l’exercice de son art, là d’où il était parti, alors il se ressentait du trouble apporté par la nouvelle orientation de ses intérêts et la modification de son travail psychique. Le tableau lui apparaissait surtout comme un problème à résoudre, et derrière ce problème d’autres problèmes innombrables surgissaient, ainsi qu’il advient dans l’investigation sans fin ni conclusion de la Nature.