Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)
La passion particulière pour les investigations scientifiques de Léonard da Vinci, qui s'est orientée vers le vol des oiseaux. Cette curiosité est liée à son investigation sexuelle infantile.
Voir le passage source
Le fait de la naissance illégitime de Léonard est d’accord avec son fantasme au vautour ; cette circonstance seule lui permit de se comparer à un fils de vautour. Par ailleurs, le second fait certain de son enfance que nous connaissions est qu’à l’âge de cinq ans il avait été recueilli dans la maison paternelle ; mais quand cet événement eut lieu, quelques mois après la naissance de l’enfant ou quelques semaines avant l’établissement du registre des impôts, nous n’en savons absolument rien. C’est ici que l’interprétation du fantasme au vautour acquiert de la valeur et peut nous apprendre que Léonard passa les premières années décisives de sa vie, non chez son père et sa belle-mère, mais chez sa mère, la pauvre, la délaissée, la véritable, où il eut le temps de ressentir l’absence de son père. Cela semble un résultat maigre et pourtant encore osé de la recherche psychanalytique, mais il gagnera en importance par la suite. L’examen des circonstances de fait ayant entouré l’enfance de Léonard vient à notre secours. D’après la tradition, son père, Ser Piero da Vinci, épousa, l’année même de la naissance de Léonard, la noble Donna Albiera ; le petit garçon dut à la stérilité de cette union d’être recueilli dans la maison paternelle ou plutôt grand-paternelle, ce qu’un document datant de sa cinquième année confirme. Or, on n’a pas coutume de remettre dès l’abord un rejeton illégitime aux soins d’une jeune femme qui espère encore en sa propre maternité. Des années de déception durent passer avant qu’on se résolût à accepter, en dédommagement des enfants légitimes vainement espérés, l’enfant illégitime, sans doute alors ravissant dans son jeune épanouissement. En accord avec notre interprétation du fantasme au vautour, trois ans au moins, peut-être cinq, de la vie de Léonard durent s’écouler avant qu’il pût quitter sa mère solitaire pour entrer dans la maison paternelle, où il trouva père et mère à la fois. Mais c’était alors déjà trop tard. Dans les trois ou quatre premières années de la vie se fixent des impressions et s’établissent des modes de réaction au monde extérieur, qu’aucun événement ultérieur ne peut plus dépouiller de leur force. S’il est vrai que les incompréhensibles souvenirs d’enfance et les fantasmes qu’un homme élève sur cette base font toujours ressortir ce qu’il y eut de plus important dans son développement psychique, le fait que Léonard ait passé ses premières années auprès de sa mère seule, fait que corrobore le fantasme au vautour, dut exercer une influence décisive sur la structure de sa vie intérieure. Sous l’influence de cette constellation, l’enfant qui trouvait, dans sa jeune vie, un problème de plus que les autres enfants à résoudre, ne put manquer de spéculer avec une passion particulière sur ces énigmes et ainsi devint un investigateur précoce que tourmentaient les grandes questions : d’où viennent les enfants ? Quelle est la part prise par le père à leur naissance ? L’intuition des rapports existant entre ses investigations de savant et l’histoire de son enfance lui a plus tard arraché l’exclamation qu’il fut toujours destiné à approfondir le problème du vol des oiseaux, puisque encore au berceau il avait été visité par un vautour. Montrer comment la curiosité intellectuelle de Léonard, qui s’orienta vers le vol des oiseaux, découlait de son investigation sexuelle infantile, sera une tâche postérieure et aisément réalisable. 31 « Questo scriver si distintamente del nibbio par che sia mio destino, perché nella mia prima ricordatione délia mia infantia e’ mi parea che essendo io in culla, che un nibbio venissi a me e mi aprissi la bocca colla sua coda e moite volte mi percotessi con tal coda dentro aile labbra. » (Codex atlanticus, F. 66 v.) Voir : Il Codice atlantico di Leonardo da Vinci nella Biblioteca Ambrosiana di Milano riprodotto e pubblicato della Regia Academia dei Lincei, etc., Rome, 1891, Edizione Piumati. Freud a cité le texte d’après Scognamiglio, avec l’ancienne annotation du Codex atlanticus, d’après laquelle le feuillet où se trouve le souvenir du vautour correspondait au n°65 (N. d. T.).