Freud — Corpus & Glossaire

Transformation des souvenirs d'enfance

Les fantasmes créés tardivement par l'imagination humaine sont souvent basés sur des réalités minimes de leur enfance, tombées dans l'oubli. Ils peuvent être métamorphosés par une intervention d'un motif secret pour aller rechercher ces réalités et les transformer.

Sources de référence

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

II. · bloc 6 · confiance 0.95

Les fantasmes créés tardivement par l'imagination humaine sont souvent basés sur des réalités minimes de leur enfance, tombées dans l'oubli. Ils peuvent être métamorphosés par une intervention d'un motif secret pour aller rechercher ces réalités et les transformer.

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Freud a cité le texte d’après Scognamiglio, avec l’ancienne annotation du Codex atlanticus, d’après laquelle le feuillet où se trouve le souvenir du vautour correspondait au n°65 (N. d. T.). 32 Havelock Ellis, dans un bienveillant compte rendu du présent essai (Journal of mental science, juillet 1910) a objecté que ce souvenir de Léonard pourrait bien avoir eu une base réelle, des souvenirs d’enfance remontant souvent bien plus haut que l’on ne croit. Le grand oiseau pourrait n’avoir pas été précisément un vautour. Je veux bien en convenir et, pour atténuer les difficultés, même supposer, de mon côté, que la mère ait observé la visite du grand oiseau à son enfant, visite qu’elle devait prendre pour un présage important ; elle l’aurait ensuite racontée à plusieurs reprises à son fils, celui-ci aurait retenu le récit et, plus tard, ainsi qu’il advient souvent, l’aurait confondu avec un souvenir personnel. Seulement cette modification, même admise, ne nuit en rien à l’enchaînement nécessaire de tout mon exposé. Les fantasmes que crée tardivement l’imagination des hommes par rapport à leur enfance trouvent d’ordinaire, en effet, un point de départ dans de minimes réalités de cette préhistoire individuelle, par ailleurs tombée dans l’oubli. C’est pourquoi l’intervention d’un motif secret est nécessaire pour aller rechercher ces riens réels et les métamorphoser, ainsi qu’il arriva à Léonard avec l’oiseau qualifié de vautour et sa conduite extraordinaire. 33 J’ai tenté l’interprétation d’un souvenir d’enfance incompris chez un autre grand homme : Goethe. Dans le récit de sa vie, composé vers soixante ans (Dichtung und Wahrheit), il nous apprend dès les premières pages comment, à l’instigation des voisins, il jeta par la fenêtre dans la rue et de la grande et de la petite vaisselle, s’amusant à la briser en mille morceaux. Telle est la seule scène qu’il rapporte de sa petite enfance. Le fait qu’elle ne se relie à rien d’autre, sa concordance avec les premiers souvenirs de plusieurs autres personnes qui ne devinrent rien de très grand, de plus la circonstance que Goethe, en cet endroit, ne mentionne pas son petit frère, né quand lui-même avait trois ans, mort quand il en avait presque dix, m’ont incité à entreprendre l’analyse de ce souvenir d’enfance. (Goethe mentionne son petit frère plus loin, là où il s’attarde à décrire les nombreuses maladies de l’enfance.) J’espérais ainsi pouvoir remplacer ce souvenir par quelque chose d’autre, de plus en harmonie avec l’ensemble des récits de Goethe, par quelque chose de digne d’avoir été retenu et de la place occupée dans l’autobiographie de Goethe. La petite analyse ( Eine Kindheitserinnerung aus Dichtung und Wahrheit, 1917, Gesammelte Schriften, vol. X) permet d’assimiler le jet des vaisselles à un acte de « magie » dirigé contre un intrus encombrant, et, à l’endroit où il en est fait mention, elle exprime le sentiment de triomphe dérivé de ce qu’un second fils ne peut pas troubler durablement les relations intimes de Goethe avec sa mère. Que le plus ancien souvenir conservé de l’enfance, ainsi déguisé, — chez Goethe comme chez Léonard, — se rapporte à la mère, quoi de surprenant ? 34 Cf. Bruchstück einer Hysterieanalyse, 1905 ( Gesammelte Schriften, vol. VIII). 35 Je dois au Dr Lœwenstein cette intéressante observation analytique : la communication directe que Léonard, dans son dessin de l’acte sexuel (voir Pl. I, page 1 ), a imaginée entre les organes sexuels internes et les seins de la femme pourrait trouver encore une autre motivation que celles exposées par Reitler (voir note 18). Elle pourrait, de plus, exprimer l’équivalence, pour l’inconscient d’un homosexuel du type de Léonard, entre le mamelon de la femme et le pénis, comme entre leurs deux sécrétions, lait et sperme. La phrase (p. 1 ) : « Comment l’on voit la mère désirer une nourriture et l’enfant en être marqué » pourrait alors, outre son sens conscient habituel relatif aux « envies » des femmes enceintes, en posséder un autre, inconscient, pour l’homosexuel passif que fut Léonard, sens où le sperme serait assimilé au lait qui nourrit ( N. d. T.). 36 Horapollo, Hieroglyphica, I, II : Μητέϱα δε γϱάφοντεϛ... γῡπα Ϛωγϱαφονσιν.