Freud — Corpus & Glossaire

Androgyne

L'androgyne désigne une personne ou un être possédant des caractères mâles et femelles. Dans ce passage, l'androgynie est discutée en rapport avec certaines divinités égyptiennes.

Sources de référence

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

III. · bloc 1 · confiance 0.95

L'androgyne désigne une personne ou un être possédant des caractères mâles et femelles. Dans ce passage, l'androgynie est discutée en rapport avec certaines divinités égyptiennes.

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III. Dans le fantasme d’enfance de Léonard, l’élément vautour représente le contenu réel du souvenir, mais l’ensemble dans lequel Léonard lui-même a situé son fantasme jette un jour vif sur la signification de ce contenu pour sa vie ultérieure. Au cours de notre travail d’interprétation, nous nous heurtons maintenant à ce problème étrange : pourquoi ce contenu réel du souvenir a-t-il été transposé en situation homosexuelle ? La mère qui allaite son enfant, — plutôt : que l’enfant tète, — est métamorphosée en un vautour qui introduit sa queue dans la bouche de l’enfant. Nous prétendons que la « coda » du vautour, suivant les usages métaphoriques du langage vulgaire, ne peut signifier rien d’autre qu’un membre viril, un pénis. Mais nous ne comprenons pas comment le travail de l’imagination en peut venir à doter justement l’oiseau maternel de l’insigne de la virilité et une telle absurdité nous fait douter de pouvoir réduire cette création de l’imagination à un sens rationnel. Toutefois il ne faut pas perdre courage. Combien de rêves en apparence absurdes n’avons-nous pas forcés à livrer leur sens ! Pourquoi un fantasme d’enfance serait-il plus difficile à déchiffrer qu’un rêve ? Souvenons-nous qu’il n’est pas bon qu’une singularité demeure isolée, et hâtons-nous de lui en adjoindre une seconde, plus surprenante encore. La déesse égyptienne Mout à tête de vautour, figure d’un caractère tout à fait impersonnel, comme dit Drexler dans le « Roschers Lexikon », fusionnait souvent avec d’autres divinités maternelles, d’une individualité plus vivante, telles Isis et Hathor, mais elle conservait en même temps son existence et son culte séparés. Les dieux séparés du Panthéon égyptien, — c’était une particularité remarquable de celui-ci, — ne succombaient pas dans le syncrétisme. À côté des dieux composites demeurait la figure isolée du dieu dans son indépendance. Cette divinité maternelle à tête de vautour fut donc, dans la plupart de ses figurations, dotée par les Égyptiens d’un phallus 44 ; son corps, que les seins caractérisaient comme féminin, portait aussi un membre viril en état d’érection. Ainsi, nous trouvons chez la déesse Mout la même réunion de caractères maternels et de caractères virils que dans le fantasme au vautour de Léonard. Expliquerons-nous cette coïncidence en disant que Léonard avait appris à connaître, par les livres, jusqu’à la nature androgyne du vautour maternel ? Une telle hypothèse est plus que douteuse ; il semble que les sources où pouvait puiser Léonard ne contenaient rien ayant trait à cette étrange particularité. Rapportons plutôt la concordance à un facteur commun encore inconnu, ayant agi ici et là. La mythologie nous apprend que la structure androgyne, la réunion de caractères sexuels mâles et femelles n’appartint pas qu’à Mout, mais aussi à d’autres divinités, telles Isis et Hathor. Mais à celles-ci peut-être seulement dans la mesure où elles participaient de la nature maternelle et fusionnaient avec Mout 45 . La mythologie nous enseigne encore que d’autres divinités égyptiennes, telle Neith de Sais, qui devint plus tard l’Athéna grecque, furent originairement androgynes, c’est-à-dire hermaphrodites. De même beaucoup de dieux grecs, en particulier du cycle de Dyonisos, mais aussi Aphrodite, réduite ensuite au rôle de déesse uniquement féminine de l’Amour. Les mythologues peuvent tenter d’expliquer ainsi ce fait : le phallus rapporté au corps féminin doit signifier la force créatrice primitive de la nature, et toutes les divinités hermaphrodites expriment l’idée que seule la réunion du principe mâle et du principe femelle figure dignement la perfection divine. Cependant aucune de ces remarques ne résout ce problème psychologique : pourquoi l’imagination humaine ne répugne-t-elle pas à pourvoir une figure devant incarner l’essence de la mère des attributs de la puissance virile, opposés à la maternité ? La réponse nous est donnée par les théories sexuelles infantiles. Il y eut, en effet, un temps dans la vie de l’individu, où le membre viril fut compatible avec la représentation de la mère.