Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)
Théorie freudienne selon laquelle l'enfant mâle, lorsqu'il découvre la différence sexuelle entre les garçons et les filles, craint subir une castration symbolique en raison de son intérêt pour ses propres organes génitaux. Cette peur entraîne une modification de sa conception des parties génitales féminines.
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La réponse nous est donnée par les théories sexuelles infantiles. Il y eut, en effet, un temps dans la vie de l’individu, où le membre viril fut compatible avec la représentation de la mère. Quand l’enfant mâle porte sa curiosité, pour la première fois, vers les énigmes de la vie sexuelle, il reste dominé par un intérêt primordial pour ses organes génitaux personnels. Il attribue à cette partie de son corps trop de valeur et d’importance pour pouvoir croire qu’elle puisse faire défaut chez d’autres personnes desquelles il se sent si proche. Comme il ne peut pas deviner l’existence d’un autre type équivalent de structure génitale, il doit embrasser l’hypothèse que tous les êtres humains, femmes comprises, possèdent un membre tel que le sien. Ce préjugé s’enracine, chez le jeune investigateur, avec une telle force, qu’il n’est pas même détruit par les premières observations de la différence sexuelle chez de petites filles. La perception directe dit bien, en effet, qu’il y a là quelque chose de différent, mais l’enfant n’est pas capable d’extraire le contenu de cette perception et d’accepter l’impossibilité de découvrir le membre viril chez les filles. Le membre manque : voilà une chose inquiétante, insupportable. Et l’enfant essaie d’une conciliation : le membre existe aussi chez les filles, mais il est encore très petit ; il croîtra par la suite 46 . Des observations ultérieures déçoivent-elles cette attente, alors une autre issue s’offre à l’esprit puéril : le membre existait bien aussi chez les filles, mais il a été coupé ; à sa place est demeurée une blessure. Ce progrès de la théorie utilise une expérience personnelle au garçon et de caractère pénible ; l’enfant s’est déjà vu menacé de la spoliation du précieux organe s’il lui manifeste un intérêt trop marqué. Sous l’influence de cette menace de castration, il modifie maintenant sa conception des parties génitales féminines ; il tremblera désormais pour sa propre virilité, mais méprisera de plus les malheureuses créatures qui, d’après lui, ont déjà subi le cruel châtiment 47 . Avant que l’enfant ne soit soumis au complexe de castration, au temps où la femme gardait encore pour lui sa valeur entière, ses instincts érotiques commençaient à se manifester sous la forme d’une intense curiosité visuelle. Au début, il désirait voir les parties génitales des autres, sans doute pour les comparer aux siennes. L’attrait érotique émané de la personne de la mère, atteignant à son apogée, devient bientôt une ardente aspiration vers les parties génitales de la mère supposées par l’enfant être un pénis. La connaissance, plus tard acquise, de l’absence du pénis chez la femme, transforme souvent cette aspiration en son contraire et fait place à un dégoût qui, à la puberté, peut devenir cause d’impuissance psychique, de misogynie, d’homosexualité durable. Mais la fixation à l’objet auparavant ardemment convoité, le pénis de la femme, laisse d’ineffaçables traces dans la vie psychique de l’enfant chez qui ce stade de l’investigation sexuelle infantile présenta une intensité particulière. Le fétichisme du pied et de la chaussure féminines ne semble prendre le pied que comme un symbole d’« ersatz » du membre de la femme, adoré du temps de l’enfance, depuis lors regretté. Les « coupeurs de nattes » jouent, sans le savoir, le rôle de personnes qui accompliraient, sur l’organe féminin, l’acte de la castration. Nous ne pourrons comprendre les manifestations de la sexualité infantile et serons même tentés de trouver tout cet exposé inacceptable tant que nous n’aurons pas renoncé au dédain professé par nous, comme civilisés, pour les parties génitales et les fonctions sexuelles. La compréhension de la vie psychique infantile se réclame d’analogies tirées des temps primitifs. Pour nous, les organes génitaux sont, depuis une longue suite de générations, les « pudenda », des objets de honte, et quand le refoulement sexuel est poussé plus loin, de dégoût.