Freud — Corpus & Glossaire

homosexualité

synthèse cumulative en français : État psychique où l'individu se sent attiré par les membres du même sexe, résultant d'un mécanisme de narcissisme et d'une identification à la mère ; processus psychosexuel divers qui pourraient résulter en homosexualité ; orientation sexuelle caractérisée par une attirance physique et émotionnelle pour les membres du même sexe ; recherche psychanalytique apportant à la compréhension de l'homosexualité deux faits indubitables : fixation des besoins érotiques à la mère et capacité de tout le monde au choix homosexuel de l'objet

Sources de référence

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

III. · bloc 4 · confiance 0.95

État psychique où l'individu se sent attiré par les membres du même sexe, résultant d'un mécanisme de narcissisme et d'une identification à la mère.

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Le fantasme d’enfance de Léonard renferme encore bien des traits obscurs. Le plus frappant est donc d’avoir transformé la succion du sein maternel en l’acte « d’être allaité », c’est-à-dire en un acte passif évoquant une situation de caractère franchement homosexuel. Si nous tenons compte de la vraisemblance historique suivant laquelle Léonard se comporta toute sa vie sentimentalement en homosexuel, la question se pose : ce fantasme n’a-t-il pas trait à quelque lien causal entre les rapports de Léonard enfant avec sa mère et son ultérieure homosexualité, manifeste bien que platonique ? Nous n’oserions pas conclure à un tel rapport rien que d’après la réminiscence déformée de Léonard, si l’examen psychanalytique de sujets homosexuels ne nous avait déjà montré qu’un tel rapport existe et qu’il est même intime et nécessaire. Les homosexuels ont entrepris de nos jours une campagne énergique contre les entraves apportées par la loi 49 à leur activité sexuelle, et aiment à se poser, par la voix de leurs théoriciens, en variété sexuelle à part dès l’origine, degré sexuel intermédiaire, « troisième sexe ». Ils seraient, disent-ils, des hommes dont les conditions organiques, déterminées dès le germe, sont telles qu’elles leur imposent la satisfaction avec l’homme et la leur interdisent avec la femme. Il sera aussi aisé, par humanité, de souscrire à leurs réclamations que malaisé d’accepter leurs théories, édifiées sans tenir aucun compte de la genèse psychique de l’homosexualité. La psychanalyse nous offre un moyen de combler cette lacune et de mettre à l’épreuve les affirmations des homosexuels. Elle n’a encore pu remplir cette mission que chez un nombre restreint de personnes, mais toutes les recherches entreprises jusqu’à présent ont donné le même surprenant résultat 50 . Chez tous nos homosexuels hommes, nous avons retrouvé, dans la toute première enfance, période oubliée ensuite par le sujet, un très intense attachement érotique à une femme, à la mère généralement, attachement provoqué ou favorisé par la tendresse excessive de la mère elle-même, ensuite renforcé par un effacement du père de la vie de l’enfant. Sadger fait ressortir que les mères de ces patients homosexuels furent souvent des femmes virilisées, d’un caractère très énergique, capables de supplanter le père dans la place lui revenant au sein de la famille. J’ai observé parfois la même chose, mais ai été frappé davantage par les cas où le père manqua dès l’origine ou disparut précocement de la vie de l’enfant, de sorte que celui-ci se trouva abandonné à l’influence féminine. Il semblerait presque que la présence d’un père énergique assurât au fils le juste choix de l’objet pour le sexe opposé 51 . Après ce premier stade se produit un changement, dont le mécanisme nous est connu, bien que nous ignorions encore les forces qui le produisent. L’amour pour la mère ne peut pas suivre le cours du développement conscient ultérieur et tombe sous le coup du refoulement. Le petit garçon refoule son amour pour sa mère, en se mettant lui-même à sa place, en s’identifiant à elle, et il prend alors sa propre personne comme l’idéal à la ressemblance duquel il choisit ses nouveaux objets d’amour. Il est ainsi devenu homosexuel, mieux, il est retourné à l’autoérotisme, les garçons, que le garçon grandissant aime désormais, n’étant que des personnes substituées et des éditions nouvelles de sa propre personne enfantine. Et il les aime à la façon dont sa mère l’aima enfant. Nous disons alors qu’il choisit les objets de ses amours suivant le mode du narcissisme, d’après la légende grecque du jeune Narcisse à qui rien ne plaisait autant que sa propre image reflétée dans l’eau, et qui fut métamorphosé en la belle fleur du même nom. Des considérations psychologiques plus profondes justifient l’assertion que l’homosexuel, devenu tel par ce mécanisme, reste fixé, dans son inconscient, à l’image-souvenir de sa mère. Par le refoulement même de son amour pour elle, il conserve intact cet amour dans son inconscient et lui demeure dès lors fidèle. Quand il semble poursuivre en amant de jeunes garçons, il fuit en réalité les autres femmes, qui pourraient le rendre infidèle.

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Processus psychosexuel divers qui pourraient résulter en homosexualité, notamment par inhibition psychosexuelle.

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Par le refoulement même de son amour pour elle, il conserve intact cet amour dans son inconscient et lui demeure dès lors fidèle. Quand il semble poursuivre en amant de jeunes garçons, il fuit en réalité les autres femmes, qui pourraient le rendre infidèle. Nos observations particulières nous ont aussi permis de le démontrer : ceux qui semblent sensibles au charme mâle seul sont soumis en réalité à l’attirance émanant de la femme tout comme les hommes normaux ; mais ils se hâtent chaque fois de transférer à un sujet mâle l’excitation née de la femme, et reproduisent ainsi toujours à nouveau le mécanisme par lequel ils ont acquis leur homosexualité. Loin de nous la pensée d’exagérer l’importance de ces explications sur la genèse psychique de l’homosexualité. Elles contredisent de façon manifeste et absolue les théories officielles professées par les homosexuels, mais nous les savons insuffisamment amples pour permettre une solution définitive de tout le problème. Ce que nous dénommons, pour raison de commodité, en bloc, homosexualité, résulte peut-être de processus divers d’inhibition psychosexuelle et le processus que nous avons mis à jour n’est peut-être qu’un entre plusieurs, et en rapport avec un type donné « d’homosexualité ». Nous devons aussi le reconnaître : le nombre des cas où l’on peut déceler les conditions requises par nous pour ce type homosexuel dépasse de beaucoup celui où apparaît réellement l’effet dérivé d’elles, de sorte que nous ne pouvons écarter l’action concomitante de facteurs constitutionnels inconnus, ceux dont on a d’ordinaire coutume de faire dériver toute l’homosexualité. Nous n’aurions d’ailleurs pas eu à nous appesantir sur la genèse psychique de cette forme d’homosexualité, si nous n’avions fortement soupçonné justement Léonard, dont le fantasme au vautour fut notre point de départ, d’appartenir à ce type d’homosexuels. Quelque peu connue que soit la vie sexuelle du grand artiste et investigateur, ses contemporains ne semblent pas s’être trompés, en gros, dans ce qu’ils en disent. À la lumière de la tradition, il nous apparaît comme un homme dont les besoins et l’activité sexuels furent extraordinairement réduits : on eût dit que des aspirations plus hautes l’avaient élevé au-dessus des vulgaires nécessités animales propres aux autres hommes. La question peut demeurer sans réponse : Léonard a-t-il jamais, et de quelle manière, recherché la satisfaction sexuelle directe, ou bien sut-il s’en passer totalement ? Nous n’en avons pas moins le droit de rechercher en lui ces courants sensitifs qui poussent impérieusement les autres hommes à l’acte sexuel. Car nous ne pouvons croire qu’il existe une seule vie psychique humaine à la structure de laquelle le désir sexuel au plus large sens du mot, la libido, n’ait pas eu sa part, quelque loin du but initial de celui-ci ou de toute réalisation pratique que se soit écoulée cette vie. On ne peut s’attendre à rencontrer, chez Léonard, en matière d’inclination sexuelle non transformée, autre chose que des traces. Mais celles-ci marquent toutes la même direction et permettent de compter Léonard au nombre des homosexuels. On a de tout temps remarqué qu’il prit comme élèves rien que des garçons et des jeunes gens d’une beauté frappante. Il était bon et indulgent envers eux, s’occupait d’eux, les soignait lui-même, quand ils tombaient malades, comme une mère soigne ses enfants, et comme sa propre mère dut le choyer lui-même. Les ayant choisis pour leur beauté, non pour leur talent, aucun d’eux (Cesare da Sesto, G. Boltraffio, Andréa Salaino, Francesco Melzi, etc.) ne devint un peintre notable. Le plus souvent ils n’arrivèrent même pas à se rendre indépendants du Maître ; ils disparurent, après sa mort, sans laisser dans l’histoire de l’art une physionomie distincte. Ceux qui, d’après leur œuvre, étaient en droit de s’intituler ses élèves, tels Luini et Bassi, dit Le Sodoma, il ne les a sans doute pas personnellement connus. On nous objectera, nous le savons, que l’attitude de Léonard envers ses élèves n’a absolument rien à faire avec des mobiles d’ordre sexuel et n’autorise aucune conclusion sur les caractères particuliers de sa sexualité.

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Orientation sexuelle caractérisée par une attirance physique et émotionnelle pour les membres du même sexe.

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Ce compte des frais d’enterrement nous met en face de la manifestation, déformée jusqu’à être méconnaissable, de la douleur qui le frappa quand mourut sa mère. On peut s’étonner qu’une telle déformation puisse avoir lieu, et nous ne pouvons d’ailleurs pas la concevoir du point de vue des processus psychiques normaux. Mais nous connaissons des façons d’être semblables propres aux états anormaux des névroses, en particulier de la névrose obsessionnelle. Là aussi nous voyons l’extériorisation de sentiments intenses, mais devenus inconscients de par le refoulement, transposée à des actes insignifiants, voire ineptes. Les forces adversaires de ces sentiments refoulés sont parvenues à tellement en dégrader l’expression que l’on pourrait attribuer à ces sentiments une intensité très faible, mais dans l’impérieuse compulsion avec laquelle s’imposent les petites actions symptomatiques se trahit la véritable puissance des émois enracinés dans l’inconscient, que la conscience voudrait désavouer. Seule une telle analogie avec la névrose obsessionnelle peut expliquer les comptes tenus par Léonard des frais d’enterrement de sa mère. Dans l’inconscient, il lui était resté attaché comme au temps de l’enfance par une inclination de nuance érotique : l’énergie contraire du refoulement, plus tard survenu, ne permettait pas que lui fût érigé, à cet amour infantile, dans le journal de Léonard, un plus digne monument commémoratif ; mais le compromis, résultat transactionnel de ce conflit, devait être réalisé, et ainsi fut inscrit ce compte passé à la postérité sous forme d’énigme. On peut sans trop de hardiesse se risquer maintenant à interpréter, par la même clef, et le compte des funérailles maternelles et ceux relatifs aux dépenses pour les élèves. Là encore nous devons nous trouver en présence d’un cas où les rares vestiges des émois érotiques de Léonard furent contraints de s’exprimer sur un mode altéré et obsessionnel. La mère et les élèves, images idéales de sa propre beauté enfantine, auraient été les objets de l’amour sexuel de Léonard, si tant est que le refoulement sexuel déterminant sa personnalité permette une telle désignation, et la compulsion qui forçait Léonard à noter, avec une minutie pénible, les dépenses faites pour ses élèves serait l’aveu déconcertant de ces conflits rudimentaires. Ainsi la vie sentimentale de Léonard appartiendrait vraiment à ce type d’homosexualité, dont nous avons mis à jour le développement psychique, et la forme homosexuelle de son fantasme au vautour nous deviendrait compréhensible. Car il ne signifierait rien autre que ce que nous avons déjà avancé par rapport à ce type. Telle en serait la traduction : Par cette relation érotique à ma mère, je suis devenu un homosexuel 61 . 44 Voir les reproductions dans l’ouvrage de Lanzone, op. cit., t. CXXXVI-VIII. 45 Voir Römer, op. cit. 46 Cf. les observations reproduites dans Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen, dans Internationale Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse et dans Imago. 47 Nous entrevoyons ici une des raisons de l’antisémitisme des peuples occidentaux, aussi spontané chez ces peuples qu’irrationnel dans ses manifestations. La circoncision est considérée par l’inconscient des hommes comme un équivalent de la castration. Appliquant nos hypothèses aux temps primitifs de l’humanité, nous sommes amenés à supposer que la circoncision fut à l'origine une atténuation, une rançon de la castration. 48 Cf. Richard Payne Knight, Le Culte du priape, traduit de l’anglais, Bruxelles, 1883. 49 Dans certains pays (N. d. T.). 50 Principalement celles de I. Sadger, que mon expérience personnelle a confirmées. Je sais d’autre part que W. Stekel, à Vienne, et S. Ferenczi, à Budapest, sont arrivés aux mêmes résultats. 51 La recherche psychanalytique a apporté à la compréhension de l’homosexualité deux faits indubitables, sans croire pour cela avoir épuisé l’étiologie de cette aberration sexuelle.

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La recherche psychanalytique a apporté à la compréhension de l'homosexualité deux faits indubitables. Le premier est la fixation des besoins érotiques à la mère, le second étant que tout le monde est capable du choix homosexuel de l'objet.

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Ferenczi, à Budapest, sont arrivés aux mêmes résultats. 51 La recherche psychanalytique a apporté à la compréhension de l’homosexualité deux faits indubitables, sans croire pour cela avoir épuisé l’étiologie de cette aberration sexuelle. Le premier est la fixation sus-mentionnée des besoins érotiques à la mère ; le second est tel : tout le monde, même l’être le plus normal, est capable du choix homosexuel de l’objet, l’a accompli à un moment donné de sa vie, puis, ou bien s’y tient encore dans son inconscient, ou bien s’en défend par une énergique attitude contraire. Ces deux constatations mettent fin et aux prétentions des homosexuels à être reconnus comme « troisième sexe », et à la distinction, tenue pour importante, entre l’homosexualité innée ou acquise. La présence de traits corporels de l’autre sexe (le degré d’hermaphrodisme physique) favorise les manifestations du choix homosexuel de l’objet, mais n’est pas décisive. On peut regretter que les représentants des homosexuels dans la science n’aient pas su tirer le moindre enseignement des données certaines fournies par la psychanalyse. 52 Léonard agit ici comme s’il avait eu l’habitude de se confesser quotidiennement à une autre personne, personne désormais remplacée par le journal intime. Voir dans Merejkovski qui aurait pu être cette personne. 53 « Impara la multiplicazione delle radici da maestro Luca. » Codex atlanticus, f ° 370 r., Richter, op. cit., II, p. 433. « Fatti mostrare al maestro d’Abbaco riquadrare uno triangulo. » Codex atlanticus, 225 rb., Richter, op. cit., II, p. 434. « Andare in provisione (c’est-à-dire à l’hôtel de ville) per il mio giardino. » — « Far fare due sacchi da soma. » — « Vedi il torno del Beltraflio e falli trarre una pietra. » — « Lascia il libro a messer Andrea Tedesco. » Codex W. L. (Windsor), f° 141 a., p. 432. « Tu nel tuo discorso ai a concludere la terra essere una stella quasi simile alla luna, e la nobiltà del nostro mondo. » Codex F., f° 56 a., Richter, op. cit., II, p. 139. Ces textes sont cités par E. Solmi, Leonardo, et par M. Herzfeld, Leonardo da Vinci, où les a pris Freud (N. d. T.). 54 J’ai reproduit le texte italien à côté de chaque mention. Ce texte est pris dans Richter, The literary works of Leonardo da Vinci, p. 457, n. 1523. Le manuscrit original est dans le Codex L., f° 94 a. Le compte relatif au manteau de Salai est suivi des remarques : « Ecci di suo grossoni 13 « Salai ruba li soldi. » C’est-à-dire : « Voici 13 grossoni à lui « Salai a volé les sous. » (N. d. T.). 55 Ou modèle. 56 De la statue équestre de François Sforza. 57 Freud renvoie ici au texte entier qui est cité dans M. Herzfeld, op. cit., p. XLV. Ces notes relatives à Giacomo se trouvent dans le manuscrit C. de l’Institut, f° 15 v, et ont été reproduites dans le vol. III de la publication de Ravaisson Mollien. Elles se trouvent aussi dans Richter, op. cit., vol. II, p. 438-439, n. 1458. Gerolamo Calvi a consacré à ce Giacomo un fort intéressant article. (Il vero nome di un allievo di Leonardo. Rassegna d'arte du 30 août 1919.) Il y expose que ce Giacomo ne serait autre qu’Andrea Salaino, ou Salai, dont le vrai nom eût été Giacomo de’ Caprotti. Salaino serait un surnom donné à Giacomo, et qui signifierait Saladino, petit diable, surnom que méritait bien ce jeune vaurien. Nous avons vu, dans la note du « manteau pour Salai », qu’il n’aurait pas perdu, sept ans plus tard, lorsqu’il reçut ce don, l’habitude de voler, ni Léonard celle de pardonner ( N. d. T.). 58 Richter a transcrit portura. Le Dr Verga croit qu’il faudrait lire postura ( N. d. T.). 59 J’ai rapporté le texte italien au-dessous de chaque mention. Ce texte est pris dans Richter, The literary works of Leonardo da Vinci, vol. II, p. 456, n. 1522. La note reproduite par Richter, et relative aux funérailles de Caterina, se trouve d’après Richter dans le manuscrit II du South Kensington Muséum, f° 95 r. L’s précédant les chiffres signifie soldi di lira. À Caterina et à ses funérailles, Luca Beltrami a consacré une étude La Madré di Leonardo, publiée dans la revue romaine Nuova Antologia du 16 février 1921. L.