Freud — Corpus & Glossaire

Academia Vinciana

Le passage mentionne l'Academia Vinciana, qui est décrite comme une institution imaginée par Léonard pour son propre amusement. Cela montre que Léonard avait tendance à créer des productions imaginaires.

Sources de référence

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

V. · bloc 6 · confiance 0.85

Le passage mentionne l'Academia Vinciana, qui est décrite comme une institution imaginée par Léonard pour son propre amusement. Cela montre que Léonard avait tendance à créer des productions imaginaires.

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Quand nous le voyons, pour des fêtes de cour et des réceptions solennelles, préparer les plus ingénieux jouets mécaniques, cela nous déplaît, mais nous sommes seuls à regretter ce gaspillage des forces du maître à ces futilités ; lui-même semble s’être occupé volontiers de ces choses, et Vasari nous apprend qu’il se complaisait à de semblables passe-temps, même quand aucune commande ne l’y forçait : « Il alla à Rome avec le duc Julien... là, il confectionna une pâte de cire et, tandis qu’il se promenait, il en formait des animaux très délicats, creux et remplis d’air ; soufflait-il dedans, ils volaient ; l’air en sortait-il, ils retombaient à terre. Le vigneron du Belvédère ayant trouvé un lézard très curieux, Léonard lui fit des ailes avec la peau prise à d’autres lézards et il les remplit de vif-argent, de sorte qu’elles s’agitaient et frémissaient, dès que se mouvait le lézard ; il lui fit aussi, de la même manière, des yeux, une barbe et des cornes, il l’apprivoisa, le mit dans une boîte et effarouchait, avec ce lézard, tous ses amis 94 . » Ces amusements lui servaient souvent à exprimer des pensées profondes : « Il faisait nettoyer et dégraisser si minutieusement les entrailles d’un mouton qu’elles eussent pu tenir dans le creux de la main. Il avait fait mettre dans une pièce voisine une paire de soufflets de forge auxquels il abouchait les boyaux et les emplissait d’air jusqu’à ce qu’ils occupassent toute la chambre, laquelle était très grande, et qu’on fût obligé de se réfugier dans un coin. Alors il faisait remarquer comment les boyaux étaient devenus transparents et pleins de vent. Et en ceci, que, d’abord limités à un lieu restreint, ils s’épandaient de plus en plus dans l’espace, il les comparait au génie 95 . » La même humeur joueuse, prenant plaisir au déguisement innocent de la pensée et aux tours subtils, se manifeste dans ses fables et ses devinettes, ces dernières sous forme de « prophéties », presque toutes riches en idées mais remarquablement dénuées d’esprit. Les jeux et les écarts que Léonard permettait à son imagination ont parfois grossièrement induit en erreur ceux de ses biographes qui méconnurent, dans son caractère, ce trait. Dans les manuscrits milanais de Léonard on trouve, par exemple, des brouillons de lettres à « Diodario di Siria (Syrie), lieutenant du Saint Sultan de Babvlone ». Léonard s’y présente comme ayant été envoyé dans ces régions de l’Orient afin d’y accomplir certains travaux d’ingénieur ; il s’y défend du reproche de paresse, y donne des descriptions de villes et de monts et enfin y dépeint un grand bouleversement naturel qui aurait eu lieu pendant sa présence dans ces parages 96 . J.-P. Richter a, en 1881, cherché à prouver par ces manuscrits que Léonard fut vraiment au service du Sultan d’Égypte, qu’il y fit réellement ces observations, et embrassa même en Orient la religion musulmane. Ce séjour se placerait vers 1483, avant l’établissement de Léonard à la Cour du duc de Milan. Mais il n’a pas été difficile à d’autres critiques de reconnaître ces soi-disant documents d’un voyage en Orient de Léonard pour ce qu’ils sont en réalité : de simples productions de l’imagination du jeune artiste, créées pour son propre amusement, et dans lesquelles il donna libre cours à son désir de voir le monde et de courir les aventures. L’Academia Vinciana, sur l’existence de laquelle nous n’avons d’autres données que cinq ou six emblèmes artistement entrelacés avec l’inscription de l’Académie, dut être, elle aussi, une production imaginaire. Vasari mentionne ces dessins, mais non l’Académien 97 . Müntz, qui a orné d’un de ces emblèmes la couverture de son grand ouvrage sur Léonard, est un des rares qui croient à la réalité d’une Academia Vinciana 98 . Sans doute cet instinct de jeu disparut en Léonard avec les années, et l’activité investigatrice, le dernier et le plus haut épanouissement de sa personnalité, dut absorber cet instinct à son tour. Mais la longue survivance, en Léonard, du besoin de jouer nous apprend avec quelle lenteur s’arrache de son enfance celui qui, dans cette enfance, connut la suprême félicité érotique, et ne la retrouva jamais plus.