Freud — Corpus & Glossaire

Nature

La Nature est considérée comme ayant une influence importante sur les individus, selon Freud. Ce passage souligne que la nature contient des raisons infinies qui n'ont jamais été découvertes expérientalement.

Sources de référence

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910)

VI. · bloc 5 · confiance 0.90

La Nature est considérée comme ayant une influence importante sur les individus, selon Freud. Ce passage souligne que la nature contient des raisons infinies qui n'ont jamais été découvertes expérientalement.

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Notre but est de démontrer le rapport existant entre les événements extérieurs et les réactions individuelles par la voie de l’activité instinctive. Si la psychanalyse ne nous explique pas pourquoi Léonard fut un artiste, elle nous fait du moins comprendre les manifestations et les limitations de son art. Seul, en effet, un homme ayant vécu l’enfance même de Léonard aurait pu peindre la Joconde et la Sainte Anne, préparer à ses propres œuvres leur triste destin et prendre, comme investigateur de la nature, cet essor inouï, comme si la clef et de tous ses accomplissements et de son infortune était cachée dans le fantasme d’enfance au vautour. Cependant n’y a-t-il pas lieu d’être choqué des résultats d’une investigation attribuant aux hasards de la constellation parentale une telle influence sur la destinée des hommes, par exemple faisant dépendre le destin de Léonard de sa naissance illégitime et de la stérilité de sa première belle-mère Donna Albiera ? Je crois qu’on n’y serait pas justifié ; juger le hasard indigne de décider de notre sort, c’est retourner à la conception religieuse du monde, dont Léonard lui-même prépara la défaite, quand il écrivit que ne se mouvait point le soleil. Certes, cela nous mortifie de penser qu’un Dieu juste et une Providence bienveillante ne nous préservent pas de telles influences au temps de notre vie où nous sommes le plus désarmés. Mais nous oublions, pensant ainsi, que dans notre vie justement tout est hasard, depuis notre naissance de par la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule, hasard qui rentre cependant dans l’ensemble des lois et des nécessités de la nature, et manque seulement de rapport avec nos désirs et nos illusions. La ligne de partage entre les déterminations de notre vie personnelle de par les « nécessités » de notre constitution, ou bien de par les « hasards » de notre enfance, a beau être encore incertaine dans son tracé, il ne nous est plus permis de douter de l’importance des premières années de notre enfance. Nous avons encore trop peu de respect pour la Nature qui, selon les paroles sibyllines de Léonard, paroles qui annoncent déjà celles d’Hamlet, « est pleine d’infinies raisons qui ne furent jamais dans l’expérience 101 ». (La natura è piena d'infinite ragioni che non furono mai in isperienza.) Chacun des hommes, chacun de nous, répond à l’un des essais sans nombre par lesquels ces « raisons » de la Nature se pressent vers l’existence. 99 Cette critique a un caractère tout à fait général et ne vise pas que les biographes de Léonard. 100 V. Seidlitz, II, p. 271. 101 Manuscrit I de l’Institut, f° 18 r., cité par Solmi, op. cit ., p. 112, et par M. Herzfeld, op. cit., p. 11, d’après laquelle Freud a reproduit le texte (N. d. T.).