Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Un ensemble de terminaisons nerveuses qui empêchent les quantités exogènes (Q) d'agir sur φ dans la plénitude de leur force, jouant ainsi le rôle d’écrans à l’égard de certaines quantités (Q).
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J’ignore tout de la grandeur absolue des stimuli intercellulaires, mais je me permets de penser qu’elle est relativement faible et du même ordre que celle de la résistance des barrières de contact. S’il en est ainsi, tout s’éclaire. L’hypothèse que j’expose confirme la similitude essentielle des neurones φ et ψ, tout en faisant biologiquement comprendre leur différence par rapport à la perméabilité. En l’absence de preuves, il devient d’autant plus intéressant d’envisager, en partant de cette hypothèse, certains points de vue, certaines possibilités. Commençons par nous demander si, une fois acquise une idée exacte de l’importance des quantités (Q) dans le monde extérieur, la tendance originelle du système neuronique à maintenir la quantité (Qή) à zéro (puisqu’il cherche toujours une prompte décharge) ne jouerait pas déjà, dans le processus de réception des stimuli 12 . Nous voyons, en fait, que les neurones φ ne se terminent pas librement à la périphérie mais sous les structures cellulaires. Ce sont ces dernières et non les neurones φ qui reçoivent les stimuli exogènes. Un « ensemble de terminaisons nerveuses » (pour employer ce terme dans son sens le plus général) pourrait bien servir à empêcher les quantités exogènes (Q) d’agir sur φ dans la plénitude de leur force, jouant ainsi le rôle d’écrans à l’égard de certaines quantités (Q) et ne laissant passer que des fractions de quantités exogènes (Q). Tout ceci concorderait avec le fait que l’autre sorte de terminaison nerveuse – l’espèce libre, dépourvue de tout organe terminal – est de loin la plus commune, à la périphérie interne du corps. Nul écran s’opposant aux quantités Q n’est ici nécessaire, probablement parce que les quantités à recevoir (Qή) n’exigent pas d’être ramenées au niveau intercellulaire, étant donné qu’elles sont déjà, de prime abord, à ce niveau. Puisque nous pouvons calculer les quantités (Q) reçues par les terminaisons des neurones φ, nous aurons peut-être aussi la possibilité de nous faire une idée des grandeurs qui s’écoulent entre les neurones ψ et qui doivent donc être du même ordre que les résistances des barrières de contact. Nous soupçonnons ici, en outre, l’existence d’une tendance déterminant peut-être le fait que le système neuronique se compose de plusieurs systèmes : une tendance toujours croissante à retenir loin des neurones une quantité (Qή). Ainsi la structure du système neuronique servirait à retenir, hors des neurones, une quantité (Qή), tandis que sa fonction serait de les décharger. VI. La douleur Toute organisation d’ordre biologique connaît des limitations de son action, au-delà desquelles elle cesse de fonctionner. C’est ce qui se manifeste par des phénomènes frisant la pathologie et fournissant ce qu’on peut appeler les prototypes normaux de faits pathologiques. Nous avons affaire à un système neuronique établi de telle façon que les quantités externes (Q) sont maintenues hors de φ et même, plus encore, hors de ψ. Cet état de choses se trouve favorisé par les écrans des terminaisons nerveuses et par le fait que ψ n’est qu’indirectement en rapport avec le monde extérieur. Existe-t-il un phénomène capable de coïncider avec l’échec de cette organisation ? À mon avis oui, la douleur. Tout ce que nous savons de la douleur confirme cette thèse. Le système neuronique tend, de la façon la plus marquée, à fuir la douleur et nous voyons dans cette réaction une manifestation de sa tendance primaire à éviter tout accroissement de tension quantitative (Qή). Nous en concluons que la douleur consiste en une irruption de grandes quantités (Q) dans ψ. Les deux tendances n’en constituent donc qu’une seule et unique. La douleur met en branle le système φ et le système ψ ; sa transmission ne se heurte à aucun obstacle. Nous y voyons le plus impérieux de tous les processus. Les neurones ψ semblent lui être perméables. Il s’ensuit que des quantités d’un ordre relativement élevé doivent agir en ce cas. La douleur résulte, d’une part, d’une augmentation de quantité ; toutes les excitations sensorielles (même celles qui atteignent les organes sensoriels les plus élevés) tendent à se transformer en douleur quand les stimuli s’intensifient.