Freud — Corpus & Glossaire

Douleur

La douleur est décrite comme un phénomène résultant de l'irruption de grandes quantités (Q) dans les neurones φ et ψ, qui peut être provoquée par une action directe d'une quantité extérieure sur les extrémités des neurones φ sans passer par l'« appareil des terminaisons nerveuses ». Cette douleur est considérée comme une manifestation de la tendance primaire du système neuronique à éviter tout accroissement de tension quantitative (Qή).

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Première partie · bloc 7 · confiance 0.95

Phénomène qui coïncide avec l'échec de l'organisation du système neuronique et consiste en une irruption de grandes quantités (Q) dans ψ. La douleur est considérée comme une manifestation de la tendance primaire du système neuronique à éviter tout accroissement de tension quantitative (Qή).

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J’ignore tout de la grandeur absolue des stimuli intercellulaires, mais je me permets de penser qu’elle est relativement faible et du même ordre que celle de la résistance des barrières de contact. S’il en est ainsi, tout s’éclaire. L’hypothèse que j’expose confirme la similitude essentielle des neurones φ et ψ, tout en faisant biologiquement comprendre leur différence par rapport à la perméabilité. En l’absence de preuves, il devient d’autant plus intéressant d’envisager, en partant de cette hypothèse, certains points de vue, certaines possibilités. Commençons par nous demander si, une fois acquise une idée exacte de l’importance des quantités (Q) dans le monde extérieur, la tendance originelle du système neuronique à maintenir la quantité (Qή) à zéro (puisqu’il cherche toujours une prompte décharge) ne jouerait pas déjà, dans le processus de réception des stimuli 12 . Nous voyons, en fait, que les neurones φ ne se terminent pas librement à la périphérie mais sous les structures cellulaires. Ce sont ces dernières et non les neurones φ qui reçoivent les stimuli exogènes. Un « ensemble de terminaisons nerveuses » (pour employer ce terme dans son sens le plus général) pourrait bien servir à empêcher les quantités exogènes (Q) d’agir sur φ dans la plénitude de leur force, jouant ainsi le rôle d’écrans à l’égard de certaines quantités (Q) et ne laissant passer que des fractions de quantités exogènes (Q). Tout ceci concorderait avec le fait que l’autre sorte de terminaison nerveuse – l’espèce libre, dépourvue de tout organe terminal – est de loin la plus commune, à la périphérie interne du corps. Nul écran s’opposant aux quantités Q n’est ici nécessaire, probablement parce que les quantités à recevoir (Qή) n’exigent pas d’être ramenées au niveau intercellulaire, étant donné qu’elles sont déjà, de prime abord, à ce niveau. Puisque nous pouvons calculer les quantités (Q) reçues par les terminaisons des neurones φ, nous aurons peut-être aussi la possibilité de nous faire une idée des grandeurs qui s’écoulent entre les neurones ψ et qui doivent donc être du même ordre que les résistances des barrières de contact. Nous soupçonnons ici, en outre, l’existence d’une tendance déterminant peut-être le fait que le système neuronique se compose de plusieurs systèmes : une tendance toujours croissante à retenir loin des neurones une quantité (Qή). Ainsi la structure du système neuronique servirait à retenir, hors des neurones, une quantité (Qή), tandis que sa fonction serait de les décharger. VI. La douleur Toute organisation d’ordre biologique connaît des limitations de son action, au-delà desquelles elle cesse de fonctionner. C’est ce qui se manifeste par des phénomènes frisant la pathologie et fournissant ce qu’on peut appeler les prototypes normaux de faits pathologiques. Nous avons affaire à un système neuronique établi de telle façon que les quantités externes (Q) sont maintenues hors de φ et même, plus encore, hors de ψ. Cet état de choses se trouve favorisé par les écrans des terminaisons nerveuses et par le fait que ψ n’est qu’indirectement en rapport avec le monde extérieur. Existe-t-il un phénomène capable de coïncider avec l’échec de cette organisation ? À mon avis oui, la douleur. Tout ce que nous savons de la douleur confirme cette thèse. Le système neuronique tend, de la façon la plus marquée, à fuir la douleur et nous voyons dans cette réaction une manifestation de sa tendance primaire à éviter tout accroissement de tension quantitative (Qή). Nous en concluons que la douleur consiste en une irruption de grandes quantités (Q) dans ψ. Les deux tendances n’en constituent donc qu’une seule et unique. La douleur met en branle le système φ et le système ψ ; sa transmission ne se heurte à aucun obstacle. Nous y voyons le plus impérieux de tous les processus. Les neurones ψ semblent lui être perméables. Il s’ensuit que des quantités d’un ordre relativement élevé doivent agir en ce cas. La douleur résulte, d’une part, d’une augmentation de quantité ; toutes les excitations sensorielles (même celles qui atteignent les organes sensoriels les plus élevés) tendent à se transformer en douleur quand les stimuli s’intensifient.

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Première partie · bloc 8 · confiance 0.95

La douleur est décrite comme résultant d'une irruption de quantités excessives (Q) dans les neurones φ et ψ, qui se produit lorsque certaines quantités extérieures agissent directement sur les extrémités des neurones φ sans passer par l'« appareil des terminaisons nerveuses ».

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Il s’ensuit que des quantités d’un ordre relativement élevé doivent agir en ce cas. La douleur résulte, d’une part, d’une augmentation de quantité ; toutes les excitations sensorielles (même celles qui atteignent les organes sensoriels les plus élevés) tendent à se transformer en douleur quand les stimuli s’intensifient. De toute évidence, il s’agit incontestablement en ce cas d’un échec. D’autre part, une douleur peut survenir là même où les stimuli extérieurs sont faibles. S’il en est ainsi, c’est qu’elle se trouve régulièrement associée à une solution de continuité. Je veux dire qu’une douleur se produit quand une certaine quantité (Q) externe vient agir directement sur les extrémités des neurones φ et non en traversant l’« appareil des terminaisons nerveuses ». La douleur se caractérise donc par une irruption de quantités excessives (Q) dans φ et ψ – de quantités (Q), dis-je d’un ordre plus élevé que les stimuli φ. On conçoit aisément pour quelle raison la douleur passe par toutes les voies de frayage. Suivant notre théorie, la quantité (Q) produit un frayage (p. 1 ) et il est certain que la douleur laisse derrière elle des frayages permanents en ψ – à la manière d’un coup de foudre. Il peut arriver que ces facilitations suppriment tout à fait la résistance des barrières de contact et établissent une voie de conduction semblable à celle de φ 13 . VII. Le problème de la qualité Jusqu’ici nous n’avons fait aucune mention du fait que toute théorie psychologique doit, non seulement obéir aux exigences des sciences naturelles, mais encore se plier à une autre obligation majeure. Elle doit nous expliquer tout ce que, d’une façon si mystérieuse, nous apprend notre « conscient ». Or, comme ce conscient ignore tout de ce que nous avons admis jusqu’à présent – les quantités comme les neurones – il convient que notre théorie puisse expliquer jusqu’à cette ignorance elle-même. Une hypothèse qui nous a jusqu’ici guidés va maintenant devenir claire. Nous avons traité les processus psychiques comme quelque chose que le conscient pouvait se dispenser de connaître, une chose indépendante de lui. Nous nous attendons à trouver que certains de nos postulats ne sont pas confirmés par le conscient. Toutefois, ce fait ne doit pas nous décourager, parce que nous admettons que le conscient nous fournit sur les processus neuroniques des renseignements qui ne sauraient être ni complets ni certains ; l’ensemble de ces processus doit tout d’abord être considéré comme inconscient et il faut les inférer d’autres phénomènes naturels. Mais nous voilà alors obligés de ranger le contenu de la conscience parmi les processus quantitatifs ψ. L’état conscient nous fournit ce que nous appelons des « qualités » – des sensations, très variées, de « différences » et ces dernières dépendent des relations avec l’extérieur. Parmi elles se trouvent des séries, des similitudes, etc., mais on n’y découvre rien de quantitatif. Demandons-nous où et comment se produisent ces qualités. Ce sont là des questions qui devraient être très soigneusement étudiées mais dont nous ne pouvons donner ici qu’un exposé approximatif. Où se créent les qualités ? Pas dans le monde extérieur puisque, d’après les données scientifiques, auxquelles la psychologie doit, elle aussi, se soumettre, il ne s’y trouve que des masses mouvantes et rien d’autre. Serait-ce dans le système φ ? Cela concorderait avec le fait que les qualités sont liées à la perception, mais les arguments que l’on présente, à juste titre, pour situer le conscient au niveau supérieur du système neuronique, viennent contredire cette supposition. Dans le système ψ ? Mais une objection sérieuse s’y oppose. Dans la perception les systèmes φ et ψ agissent de concert, mais un seul phénomène psychique se produit et cela exclusivement sans aucun doute en ψ – reproduction ou remémoration – et ce processus est, de façon générale, dépourvu de qualité. La remémoration n’apporte généralement rien de ce qui caractérise particulièrement une qualité perçue.