Freud — Corpus & Glossaire

Période

Caractère temporel du mouvement neuronique qui se propage sans rencontrer d'obstacles.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Première partie · bloc 9 · confiance 0.90

Caractère temporel du mouvement neuronique qui se propage sans rencontrer d'obstacles.

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Dans la perception les systèmes φ et ψ agissent de concert, mais un seul phénomène psychique se produit et cela exclusivement sans aucun doute en ψ – reproduction ou remémoration – et ce processus est, de façon générale, dépourvu de qualité. La remémoration n’apporte généralement rien de ce qui caractérise particulièrement une qualité perçue. C’est pourquoi nous devons avoir le courage d’admettre qu’il existe un troisième système de neurones auxquels on pourrait donner le nom de « neurones perceptifs » qui, excités comme les autres durant la perception, ne le sont plus durant la reproduction et dont les états d’excitation fournissent les diverses qualités – c’est-à-dire constituent les sensations conscientes 14 . En soutenant que notre conscient ne livre que des qualités alors que les sciences naturelles ne reconnaissent que des quantités, nous découvrons, comme par une règle de trois, un caractère distinctif des neurones de perception. Tandis, en effet, que la science s’est donné pour tâche de rapporter toutes les qualités de nos sensations à des quantités extérieures, la structure du système neuronique nous permet de soupçonner que la tâche de ce système consiste à transformer une quantité extérieure en qualité. Là encore, la tendance originelle à se débarrasser des quantités parait triompher. Les terminaisons nerveuses formaient un écran ne laissant agir sur φ qu’une fraction des quantités (Qή) d’un neurone sur l’autre, tandis qu’en même temps φ assure grosso modo la décharge de la quantité. Le système ψ se trouvait déjà prémuni contre des quantités supérieures et n’avait affaire qu’à des grandeurs intercellulaires. Nous pouvons supposer que, par la suite, le système W 15 est mis en branle par des quantités encore plus faibles. Peut-être alors le caractère distinctif de la qualité (c’est-à-dire la sensation consciente) n’apparaît-il que là où les quantités ont été aussi réduites que possible. Elles ne peuvent être totalement supprimées car il faut se représenter ces neurones perceptifs comme investis, eux aussi, de quantités (Qή) dont ils cherchent à se débarrasser. Mais ici nous nous heurtons à une difficulté en apparence formidable. La perméabilité, nous l’avons vu, dépend de l’action des quantités (Qή), alors que les neurones ψ sont déjà imperméables. Étant donné que la quantité (Qή) en question est plus faible, les neurones perceptifs doivent être plus impénétrables encore. Nous ne pouvons cependant attribuer pareil caractère aux véhicules de la conscience. La mutabilité de leurs contenus, la fugacité de l’état conscient, la combinaison aisée des qualités simultanément perçues, tout cela ne peut résulter que d’une perméabilité complète des neurones de perception, alliée à une totale restitutio in integrum [un retour à l’état antérieur]. Les neurones perceptifs se comportent comme des organes de perception et nous ne saurions y situer la mémoire. Ici donc la perméabilité, le frayage complet n’émanent pas des quantités. Mais alors d’où proviennent-ils ? Je n’aperçois qu’une échappatoire pour nous permettre de réviser nos hypothèses fondamentales relatives au passage d’une quantité (Qή). Jusqu’à présent, je n’avais considéré cet écoulement que comme un transfert de quantité (Qή) d’un neurone à un autre. Mais il doit être pourvu d’un autre caractère encore, d’un caractère temporel. La mécanique des physiciens a attribué ce caractère temporel lui-même au mouvement des masses dans le monde extérieur et c’est lui que j’appellerai brièvement « période ». J’admets donc que la résistance des barrières de contact ne joue que pour le transfert de quantité (Q) mais que la période du mouvement neuronique se propage partout, sans rencontrer d’obstacles, à la manière d’un phénomène d’induction. Il reste beaucoup de points à éclaircir au point de vue de la physique car ici, comme ailleurs, les lois générales du mouvement doivent sans contredit, s’appliquer. Cependant, mon hypothèse va plus loin. D’après elle, les neurones perceptifs, incapables de recevoir des quantités (Qή) assimilent, en revanche, la période d’une excitation.