Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Processus psychique dans le développement fonctionnel de l'individu qui entraîne la suppression de la tension et la décharge durable, ainsi que l'investissement correspondant à la perception d'un objet et le frayage entre les investissements et les neurones nucléaires chargés. (p. 1)
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XI. L’épreuve de la satisfaction Le remplissage des neurones nucléaires en ψ a pour conséquence un besoin de décharge, une poussée, qui va se réaliser par le moyen de la motricité. L’expérience montre que la première voie à suivre est celle menant à une modification interne (manifestations émotives, cris, innervations musculaires). Mais, nous l’avons déjà dit, aucune décharge de ce genre ne fait baisser la tension puisque de nouvelles excitations endogènes continuent, malgré tout, à affluer et que la tension ψ se trouve rétablie. L’excitation ne peut se trouver supprimée que par une intervention capable d’arrêter momentanément la libération des quantités (Qή) à l’intérieur du corps. Cette sorte d’intervention exige que se produise une certaine modification à l’extérieur (par exemple apport de nourriture, proximité de l’objet sexuel), une modification qui, en tant qu’ « action spécifique ne peut s’effectuer que par des moyens déterminés. L’organisme humain, à ses stades précoces, est incapable de provoquer cette action spécifique qui ne peut être réalisée qu’avec une aide extérieure et au moment où l’attention d’une personne bien au courant se porte sur l’état de l’enfant. Ce dernier l’a alertée, du fait d’une décharge se produisant sur la voie des changements internes (par les cris de l’enfant, par exemple). La voie de décharge acquiert ainsi une fonction secondaire d’une extrême importance : celle de la compréhension mutuelle. L’impuissance originelle de l’être humain devient ainsi la source première de tous les motifs moraux (p. 1 ) 21 . Quand la personne secourable a exécuté pour l’être impuissant l’action spécifique nécessaire, celui-ci se trouve alors en mesure, grâce à ses possibilités réflexes, de réaliser immédiatement, à l’intérieur de son corps, ce qu’exige la suppression de stimulus endogène. L’ensemble de ce processus constitue un « fait de satisfaction » qui a, dans le développement fonctionnel de l’individu, les conséquences les plus importantes. Trois phénomènes, en effet, se produisent dans le système ψ : 1° Une décharge durable s’effectue, ce qui entraîne la suppression de la tension ayant suscité en W du déplaisir ; 2° L’investissement correspondant à la perception d’un objet se produit dans un ou plusieurs neurones du pallium (p. 1 ) ; 3° D’autres points du pallium reçoivent l’annonce de la décharge provoquée par le déclenchement du mouvement réflexe qui a suivi l’action spécifique. Un frayage s’établit entre ces investissements [(2) et (3)] et les neurones nucléaires [qui ont été chargés à partir des sources endogènes durant le stade d’urgence]. (L’annonce du réflexe de décharge se produit grâce au fait que chaque mouvement, par suite de conséquences secondaires, donne lieu à de nouvelles excitations sensorielles – de la peau et des muscles – excitations qui produisent en W une image motrice [ou kinesthésique].) La façon dont se produit le frayage permet de mieux comprendre le développement de ψ. Nous avons appris déjà que les neurones ψ subissaient l’action des neurones φ, au travers des voies endogènes de conduction, tandis que les divers neurones ψ sont séparés les uns des autres par des barrières de contact nanties de fortes résistances. Or, il existe une loi fondamentale d’ association par simultanéité et cette loi joue au cours de l’activité ψ pure (durant la reproduction par le souvenir) et donne le fondement de toutes les connexions entre neurones ψ. Nous trouvons que le conscient (c’est-à-dire la charge quantitative) passe d’un neurone α à un autre β, lorsque α et β ont simultanément reçu une charge venue de φ (ou d’ailleurs). Ainsi la charge simultanée α-β a entraîné le frayage d’une barrière de contact. Il s’ensuit, pour employer les termes mêmes de notre théorie, qu’une quantité (Qή) passe plus aisément d’un certain neurone à un neurone chargé qu’à un neurone non chargé. Ainsi la charge du second neurone va augmenter celle du premier et en ce cas encore la charge s’avère équivalente au frayage, par rapport au passage de la quantité (Qή). Nous voyons apparaître ici un second facteur important qui règle le cours d’une quantité (Qή).