Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Instance formée en ψ qui entrave le passage de quantités lorsque ledit passage s'est effectué pour la première fois d'une manière particulière (c'est-à-dire lorsqu'il s'accompagnait de satisfaction ou de souffrance).
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Grâce à ce frayage, l’affect désagréable se trouve libéré. Cette surprenante mais indispensable hypothèse se trouve étayée par la façon dont se réalise la production de sensation sexuelle. Nous sommes, en même temps, obligés de soupçonner que, dans ces deux exemples, les stimuli endogènes consistent en produits chimiques dont le nombre peut être fort élevé. Étant donné que la production de déplaisir est parfois extrêmement considérable alors que le souvenir pénible est fort peu investi, nous en concluons que la souffrance laisse derrière elle des frayages particulièrement abondants. Nous pouvons alors soupçonner que le frayage dépend entièrement de la quantité (Qή) atteinte, de telle manière que l’effet de facilitation de 3 Qή est quelquefois plus considérable que celui de Qή 3 fois répété (voir p. 1 ). XIII. Affects et états de désir Les traces laissées par les deux sortes d’expériences vécues dont nous avons parlé [celles engendrant une satisfaction et celles provoquant du déplaisir] sont les affects et les états de désir. Ils ont en commun le fait que tous deux impliquent une augmentation de tension quantitative en ψ. Dans le cas des affects, il y a libération soudaine ; dans le cas des désirs, accumulation. Par rapport au passage de la quantité en ψ, ces deux états ont la plus grande importance, puisqu’ils laissent derrière eux des forces motivantes qui affectent compulsionnellement ce passage. Tout état de désir crée une attraction vers l’objet désiré et aussi vers l’image mnémonique de ce dernier ; tout événement pénible engendre une répulsion, une tendance qui s’oppose à l’investissement de l’image mnémonique hostile. Nous avons ici une attraction et une défense primaires 23 . Il est facile d’expliquer l’attirance due au désir en supposant que l’investissement, dans l’état de désir, d’un souvenir agréable est bien plus considérable en quantité (Qή) que ne l’est une simple perception ; dans le premier cas, le frayage entre le noyau ψ et les neurones correspondantes du pallium, est particulièrement bien réussi. La défense primaire ou « refoulement » est bien plus difficilement explicable, je veux dire le fait qu’une image mnémonique hostile perde aussi vite que possible son investissement 24 . Peut-être cependant faut-il se dire qu’un réflexe de défense a mis fin à l’expérience primaire douloureuse. L’apparition d’un objet, venu remplacer l’objet ennemi, a pu servir à signaler que l’expérience pénible était terminée, et le système ψ instruit par l’expérience biologique cherche à reproduire en ψ l’état qui a marqué la fin de la situation pénible. L’expression « instruit par l’expérience biologique » nous permet de jeter de nouveaux fondements d’une explication ayant sa valeur propre, tout en n’excluant nullement (au contraire) un recours aux principes mécaniques, c’est-à-dire aux facteurs quantitatifs 25 . Dans le cas présent, il se peut que l’augmentation de la quantité (Qή), inévitable quand des souvenirs pénibles se trouvent investis, intensifie l’activité de décharge et provoque par là, en même temps, un écoulement de quantité hors des souvenirs. XIV. Premières notions du « moi » En admettant l’idée d’une « attirance provoquée par le désir » et d’une tendance au refoulement, nous avons abordé une question nouvelle, celle d’un certain état de ψ. Les deux processus nous montrent, en effet, que s’est formée en ψ une instance dont la présence entrave le passage [de quantités] lorsque ledit passage s’est effectué pour la première fois d’une manière particulière [c’est-à-dire lorsqu’il s’accompagnait de satisfaction ou de souffrance]. Cette instance s’appelle le « Moi ». On le décrit facilement en faisant ressortir que la réception, constamment répétée, de quantités endogènes (Qή) dans certains neurones (du noyau) et le frayage que cette répétition provoque, ne manquent pas de produire un groupe de neurones chargés de façon permanente (p. 1 ) et devenant ainsi le véhicule des réserves de quantités qu’exige la fonction secondaire 26 . Nous décrirons donc le moi en disant qu’il constitue à tout moment la totalité des investissements Dans ceux-ci nous distinguons une fraction permanente et une fraction variable (p. 1 ).