Freud — Corpus & Glossaire

Jugement (processus psychanalytique)

Processus psychique qui permet la comparaison entre un investissement souvenir empreint de désir et un investissement perceptuel, provoqué par une dissemblance entre les deux. Il est nécessaire pour l'identification complète.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Première partie · bloc 20 · confiance 0.95

Processus psychique qui permet la comparaison entre un investissement souvenir empreint de désir et un investissement perceptuel, provoqué par une dissemblance entre les deux. Il est nécessaire pour l'identification complète.

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Toutefois, nous possédons le moyen de changer la similarité en identité complète. En comparant le complexe W à d’autres complexes W, nous sommes capables de le diviser en deux fractions : un neurone a qui demeure généralement semblable à lui-même et un autre neurone b, qui, la plupart du temps, est variable. C’est à ce processus d’analyse que le langage va plus tard donner le nom de « jugement ». Il découvrira aussi la ressemblance existant entre le noyau du moi et l’élément constant du complexe perceptuel d’une part et, d’autre part, entre les investissements changeants dans le pallium et l’élément inconstant du complexe perceptif (p. 1 ) ; le langage décrit le neurone a comme une « chose » et le neurone b comme l’activité ou la propriété de cette chose, bref comme son « attribut » (pp. 1 et 1 ). Le jugement constitue donc un processus ψ que seule une inhibition venue du moi rend possible. Il est provoqué par une dissemblance entre l’investissement du souvenir empreint de désir et un investissement perceptuel qui lui ressemble. Il s’ensuit que lorsque ces deux investissements coïncident, il y a un signal biologique enjoignant de mettre fin à l’activité de la pensée et de déclencher la décharge. Quand les deux investissements ne coïncident pas, il se produit une poussée vers l’activité de la pensée qui cesse dès qu’il y a coïncidence. L’analyse de ce processus peut être poussée plus loin encore : lorsque le neurone a est présent dans les deux investissements, l’appétitif et le perceptif, mais que le neurone c est perçu au lieu du neurone b, les efforts du moi suivent les connexions de ce neurone c et, au moyen d’un afflux de quantité (Qή) le long de ces connexions, entraîne l’émergence de nouveaux investissements jusqu’à ce que le neurone manquant b soit enfin atteint. En règle générale, c’est une image motrice qui s’intercale entre les neurones c et b. Une fois que cette image s’est trouvée ravivée par l’exécution d’un mouvement réel, le neurone b est perçu et l’identité souhaitée est établie. Supposons, par exemple, en prenant le cas du bébé, que l’image mnémonique désirée soit celle du sein maternel et de ses mamelons vus de face. Supposons encore que ce petit enfant commence à percevoir le même objet, mais de côté , sans le mamelon. Il a gardé, dans sa mémoire, le souvenir d’une expérience vécue fortuitement au cours de sa tétée, celui d’un mouvement de tête particulier qui a transformé l’aspect de face en aspect de côté. L’image de côté qu’il regarde maintenant l’incite à remuer la tête puisqu’il a appris, par expérience, qu’il doit faire le mouvement inverse pour obtenir une vue de face. Dans cet exemple le jugement ne joue qu’un faible rôle, mais il montre la possibilité d’arriver, en reproduisant des investissements, à exécuter un acte qui n’est qu’un mode accidentel d’action spécifique. C’est sans aucun doute la quantité (Qή) provenant du moi investi qui est sous-jacente à ce trajet le long des neurones frayés. Ce parcours n’est pas commandé par les frayages, mais par un but à atteindre. Mais ce but, quel est-il ? Comment y parvenir ? Eh bien, il s’agit de revenir au neurone b manquant et de libérer la sensation d’identité, c’est-à-dire le moment où seul le neurone b est investi et où l’investissement mobile débouche dans le neurone b. C’est ce qui advient quand les quantités Qή se trouvent expérimentalement déplacées dans toutes les directions. Dans ce but, une dépense en charge latérale tantôt plus, tantôt moins considérable devient nécessaire suivant les possibilités d’utilisation des frayages existants ou le besoin de mener une lutte contre eux. Cette lutte entre les frayages fixes et les investissements changeants caractérise le processus secondaire de la pensée reproductive, ce qui contraste avec la succession primaire des associations. Par quoi le choix du trajet est-il dicté ? Par le fait que le souvenir de l’idée appétitive reste investi tant que la chaîne des associations est suivie à partir du neurone c. Nous savons que l’investissement du neurone b favorise le frayage et facilite l’accès de toutes les connexions de celui-ci.