Freud — Corpus & Glossaire

Désir

synthèse cumulative en français : état résultant des répétitions d'expériences de satisfaction, impliquant une recherche de perception correspondante pour atteindre un investissement neuronique manquant et justifiant biologiquement la pensée.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Première partie · bloc 21 · confiance 0.95

La charge de désir qui peut entraîner une recherche de perception correspondante pour atteindre un investissement neuronique manquant.

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Par le fait que le souvenir de l’idée appétitive reste investi tant que la chaîne des associations est suivie à partir du neurone c. Nous savons que l’investissement du neurone b favorise le frayage et facilite l’accès de toutes les connexions de celui-ci. Au cours de ce trajet, il arrive parfois que la quantité (Qή) se heurte à quelque souvenir lié à une expérience douloureuse ; il en résulte une production de déplaisir. Comme il y a là une preuve du fait que le neurone b ne peut être atteint par cette voie, il se produit instantanément une dérivation du courant qui l’éloignera de l’investissement en question. Les voies douloureuses conservent toutefois leur grande importance parce qu’elles règlent le courant de la reproduction. XVII. Mémoire et jugement Ainsi la pensée reproductive répond à un dessein pratique et à un but biologiquement déterminé : elle tend à éloigner une quantité (Qή) mobile de la perception désagréable pour la ramener à l’investissement neuronique manquant. Identité et droit à la décharge sont donc simultanément acquis, à condition que le neurone b donne bien l’indice de la réalité. Mais le processus peut négliger le second de ces buts [c’est-à-dire la décharge] et ne rechercher que la seule identité. Ce que nous trouvons, en ce cas, devant nous n’est qu’un simple acte mental qui, néanmoins, peut avoir, par la suite, son utilité pratique. De plus, le moi investi se comporte, en pareils cas, exactement de la même façon. Envisageons maintenant une troisième possibilité susceptible de se réaliser lors d’un état d’appétition. [En ce qui concerne les deux premières possibilités, voir plus haut, p. 1 .] Lorsqu’il y a charge de désir, il peut arriver que surgisse une perception ne s’accordant d’aucune manière avec l’image mnémonique désirée (image que nous appellerons Souv. +). Il deviendra alors intéressant de connaître cette image perceptive afin d’arriver, malgré tout, à découvrir une voie menant d’elle au Souv. +. C’est dans ce but que la perception [entière] se trouve probablement surinvestie à partir du moi, exactement comme dans le cas précédent, par l’élément de perception que constitue le neurone c [p. 1 ]. Si la perception n’est pas absolument nouvelle, elle suscite le rappel, la reviviscence du souvenir de quelque autre perception ayant avec elle au moins un point commun. Et alors le processus cogitatif que j’ai déjà écrit se répétera à propos de cette image mnémonique mais, dans une certaine mesure, sans le but que fournit l’idée appétitive investie. Dans la mesure où les investissements coïncident, ils ne fournissent pas à la pensée d’occasion de s’exercer. Mais les différentes parties de l’investissement « éveillent l’intérêt » et donnent parfois à deux sortes d’activités cogitatives une occasion de se manifester. Le courant peut alors se diriger vers les souvenirs ressurgis et déclencher une activité mnémonique sans but (motivée par des dissemblances et non par des ressemblances). Ou bien, il va se concentrer sur les éléments perceptifs nouvellement apparus et mettre en branle une activité de jugement également privée de but. Supposons que l’objet perçu soit semblable [au sujet qui perçoit], c’est-à-dire à un être humain. L’intérêt théorique qu’il suscite s’explique encore par le fait que c’est un objet du même ordre qui a apporté au sujet sa première satisfaction (et aussi son premier déplaisir) et qui fut pour lui la première puissance. L’éveil de la connaissance est donc dû à la perception d’autrui. Les complexes perceptifs qui en émanent sont, en partie, nouveaux et non comparables à autre chose – par exemple les traits de la personne en question (dans la sphère visuelle) ; mais d’autres perceptions visuelles (par exemple les mouvements de la main) rappelleront au sujet les impressions visuelles que lui ont causé les mouvements de sa propre main, impressions auxquelles seront associés les souvenirs d’autres mouvements encore. Il en sera de même pour d’autres perceptions de l’objet. Ainsi, lorsque celui-ci crie, le sujet se souvient de ses propres cris et revit ses propres expériences douloureuses.

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 1 · confiance 0.90

État résultant des répétitions de l'expérience de satisfaction, impliquant la justification biologique de la pensée.

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Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux 5 octobre 1895 I. Il serait sans doute possible de donner une explication mécanique de ce que nous appelons « processus secondaire » en nous basant sur les effets qu’exerce un groupe de neurones à investissement constant (le moi) sur d’autres neurones à investissements changeants. Essayons d’abord de donner de ces phénomènes une description psychologique. D’une part, nous avons le moi, d’autre part W (les perceptions), c’est-à-dire, en des investissements venus de φ (du monde extérieur). Il nous reste à découvrir le mécanisme grâce auquel le moi se conforme aux perceptions tout en agissant sur elles. D’après moi, ce mécanisme dépend du fait que, conformément à mes hypothèses, toute perception excite immanquablement ω 51 , c’est-à-dire transmet les indices de qualité 52 . Plus exactement, la perception suscite en W la conscience (la conscience d’une qualité) et la décharge de cette excitation perceptive fournit en ψ un renseignement qui constitue, en fait, un indice de qualité. Je suggère donc que ce sont ces indications de qualité qui, dans une perception, intéressent ψ [v. p. 1 ]. C’est là, semble-t-il, ce qui constitue le mécanisme de l’attention psychique 53 . Il me semble difficile de donner une explication mécanique (automatique) de son origine. Je crois donc qu’elle est biologiquement déterminée, c’est-à-dire qu’elle a subsisté au cours de l’évolution psychique, parce que tout autre comportement de ψ était exclu étant donné le déplaisir qu’il créait. L’attention psychique a pour effet d’investir des neurones déjà investis par la perception. Cet état d’attention trouve son prototype dans « l’expérience de la satisfaction » (p. 1 ) (qui joue un rôle si important dans l’évolution) et dans les répétitions de cette satisfaction – les états d’aspiration ardente qui ont fourni les états de désir et d’espoir. J’ai déjà montré (Ire Partie, chapitres 18 et 19) que ces états impliquent la justification biologique de la pensée tout entière. Dans de semblables états, la situation psychique peut se décrire de la façon suivante : une aspiration ardente crée dans le moi une certaine tension et, par suite, un investissement de la représentation de l’objet aimé (représentation de désir). L’expérience biologique nous enseigne qu’il ne faut pas que cette représentation soit investie au point de la faire prendre pour une perception. La décharge doit être différée jusqu’au moment où les renseignements relatifs à la qualité prouvent bien que l’investissement est d’ordre perceptif. Quand une perception identique ou semblable à l’idée de désir se produit, elle trouve ses neurones préinvestis par le désir, c’est-à-dire que tous – ou certains d’entre eux – sont investis d’après le degré de concordance de la représentation avec la perception. La différence entre l’idée et la perception déclenche le processus mental qui s’achève lorsque les investissements perceptifs en excédent ont réussi à découvrir la voie où ils se confondent avec les investissements idéatifs. C’est à une identité que l’on aboutit alors 54 . Il y a attention quand s’établit une situation d’expectation, même en ce qui concerne certaines perceptions qui ne concordent pas même partiellement avec les investissements de désir. Il est devenu important, en effet, d’envoyer un investissement vers toutes les perceptions. L’attention trouve une justification biologique. Il s’agit seulement de faire savoir au moi quelle sorte d’investissement il doit établir, décision qui dépend des informations de qualité. On peut étudier, avec plus de précision encore, l’instauration de l’ attitude psychique [appelée attention]. Au début, il semble que le moi y soit mal préparé. Un investissement perceptif s’est produit, suivi d’une annonce de qualité. Le frayage étroit entre ces deux informations augmente davantage encore l’investissement perceptif et l’attention, dès lors investie, s’attache aux neurones perceptifs.