Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
L'activité de la mémoire qui se produit lorsque le courant cogitatif ne recherche pas spécifiquement une idée appétitive investie, mais est motivé par des dissemblances entre les perceptions.
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Par le fait que le souvenir de l’idée appétitive reste investi tant que la chaîne des associations est suivie à partir du neurone c. Nous savons que l’investissement du neurone b favorise le frayage et facilite l’accès de toutes les connexions de celui-ci. Au cours de ce trajet, il arrive parfois que la quantité (Qή) se heurte à quelque souvenir lié à une expérience douloureuse ; il en résulte une production de déplaisir. Comme il y a là une preuve du fait que le neurone b ne peut être atteint par cette voie, il se produit instantanément une dérivation du courant qui l’éloignera de l’investissement en question. Les voies douloureuses conservent toutefois leur grande importance parce qu’elles règlent le courant de la reproduction. XVII. Mémoire et jugement Ainsi la pensée reproductive répond à un dessein pratique et à un but biologiquement déterminé : elle tend à éloigner une quantité (Qή) mobile de la perception désagréable pour la ramener à l’investissement neuronique manquant. Identité et droit à la décharge sont donc simultanément acquis, à condition que le neurone b donne bien l’indice de la réalité. Mais le processus peut négliger le second de ces buts [c’est-à-dire la décharge] et ne rechercher que la seule identité. Ce que nous trouvons, en ce cas, devant nous n’est qu’un simple acte mental qui, néanmoins, peut avoir, par la suite, son utilité pratique. De plus, le moi investi se comporte, en pareils cas, exactement de la même façon. Envisageons maintenant une troisième possibilité susceptible de se réaliser lors d’un état d’appétition. [En ce qui concerne les deux premières possibilités, voir plus haut, p. 1 .] Lorsqu’il y a charge de désir, il peut arriver que surgisse une perception ne s’accordant d’aucune manière avec l’image mnémonique désirée (image que nous appellerons Souv. +). Il deviendra alors intéressant de connaître cette image perceptive afin d’arriver, malgré tout, à découvrir une voie menant d’elle au Souv. +. C’est dans ce but que la perception [entière] se trouve probablement surinvestie à partir du moi, exactement comme dans le cas précédent, par l’élément de perception que constitue le neurone c [p. 1 ]. Si la perception n’est pas absolument nouvelle, elle suscite le rappel, la reviviscence du souvenir de quelque autre perception ayant avec elle au moins un point commun. Et alors le processus cogitatif que j’ai déjà écrit se répétera à propos de cette image mnémonique mais, dans une certaine mesure, sans le but que fournit l’idée appétitive investie. Dans la mesure où les investissements coïncident, ils ne fournissent pas à la pensée d’occasion de s’exercer. Mais les différentes parties de l’investissement « éveillent l’intérêt » et donnent parfois à deux sortes d’activités cogitatives une occasion de se manifester. Le courant peut alors se diriger vers les souvenirs ressurgis et déclencher une activité mnémonique sans but (motivée par des dissemblances et non par des ressemblances). Ou bien, il va se concentrer sur les éléments perceptifs nouvellement apparus et mettre en branle une activité de jugement également privée de but. Supposons que l’objet perçu soit semblable [au sujet qui perçoit], c’est-à-dire à un être humain. L’intérêt théorique qu’il suscite s’explique encore par le fait que c’est un objet du même ordre qui a apporté au sujet sa première satisfaction (et aussi son premier déplaisir) et qui fut pour lui la première puissance. L’éveil de la connaissance est donc dû à la perception d’autrui. Les complexes perceptifs qui en émanent sont, en partie, nouveaux et non comparables à autre chose – par exemple les traits de la personne en question (dans la sphère visuelle) ; mais d’autres perceptions visuelles (par exemple les mouvements de la main) rappelleront au sujet les impressions visuelles que lui ont causé les mouvements de sa propre main, impressions auxquelles seront associés les souvenirs d’autres mouvements encore. Il en sera de même pour d’autres perceptions de l’objet. Ainsi, lorsque celui-ci crie, le sujet se souvient de ses propres cris et revit ses propres expériences douloureuses.