Freud — Corpus & Glossaire

Jugement

Processus mental qui se fonde sur des expériences personnelles et permet de relier des éléments complexes, en réduisant ainsi la complexité mentale, précédant la pensée reproductive.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Première partie · bloc 22 · confiance 0.95

Processus mentale qui se fonde sur des expériences somatiques, sensations et images motrices propres au sujet. Le jugement précède la pensée reproductive en lui assurant des frayages tout préparés pour d'autres trajets de l'association.

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Il en sera de même pour d’autres perceptions de l’objet. Ainsi, lorsque celui-ci crie, le sujet se souvient de ses propres cris et revit ses propres expériences douloureuses. Le complexe d’autrui se divise donc en deux parties, l’une donnant une impression de structure permanente et restant un tout cohérent, tandis que l’autre peut être comprise grâce à une activité mnémonique, c’est-à-dire attribuée à une annonce que le propre corps du sujet lui fait parvenir 31 . Cette analyse d’un complexe perceptif a été qualifiée de reconnaissance, implique un jugement et s’achève avec ce dernier. Nous voyons que le jugement ne constitue pas un processus primaire et présuppose un investissement de la partie disparate (non comparable) du complexe, investissement émanant du moi. Le fait de juger n’implique tout d’abord aucun but pratique et il semble que, lors du jugement, l’investissement des éléments disparates se trouve probablement déchargé, ce qui expliquerait pourquoi les activités, les « prédicats » ne communiquent avec l’élément « subjectif » que par une voie mal déterminée [v. pp. 1 et 1 ]. Tout ceci pourrait nous permettre d’analyser plus à fond le fait de juger, mais nous éloignerait trop de notre thème. Contentons-nous de retenir que l’intérêt originel (du sujet) à établir une situation agréable produit tantôt une réflexion reproductive, tantôt un jugement, moyens de passer d’une situation réelle perçue à la situation désirée. Pour ce faire, il faut absolument que les processus ψ soient gênés et qu’ils restent soumis à l’action du moi. La signification éminemment pratique de toute activité mentale se trouvera ainsi démontrée. XVIII. Pensée et réalité Le but, la fin, de tous les processus cogitatifs est donc l’instauration d’un état d’identité, la transmission d’une quantité investissante (Qή) venue de l’extérieur, à un neurone investi par le moi. Pensée cognitive ou jugement cherchent à s’identifier à un investissement somatique ; la pensée reproductive tend à s’identifier à un investissement psychique (expérience vécue par le sujet). La pensée jugeante précède la reproductive en lui assurant, pour d’autres trajets des associations, des frayages tout préparés. Quand, après la fin de l’acte cogitatif, l’indice de réalité vient à atteindre la perception, alors une appréciation de la réalité , la croyance, ont pu se réaliser et le but de toute cette activité est atteint. Il y a plus à dire sur le jugement qui se fonde évidemment sur des expériences somatiques, des sensations et des images motrices propres au sujet. Tant que manquent ces dernières, la fraction variable 32 du complexe perceptif ne saurait se concevoir ; on pourrait, à vrai dire, le reproduire mais sans qu’il puisse donner de nouvelles directives pour d’autres cheminements de la pensée. Par exemple – et c’est un fait dont on verra plus tard l’importance – tant que le sujet n’éprouve aucune sensation sexuelle, c’est-à-dire, en général, jusqu’au début de la puberté, aucune expérience sexuelle n’aura d’effet. Le jugement primaire semble impliquer un moindre degré d’action du moi investi que la pensée reproductive. Bien qu’il puisse arriver qu’une association se poursuive du fait d’une coïncidence partielle [entre les investissements de désir et perceptifs] et que le besoin de modification ne se fasse pas sentir, il est cependant des cas où toute la quantité se trouve utilisée dans le processus associatif de jugement. On peut dire que la perception correspond à un objet nucléaire plus une image motrice. Tout en percevant W, on imite soi-même les mouvements, c’est-à-dire que l’on innerve sa propre image motrice (qui coïncide avec la perception) au point de reproduire réellement le mouvement. C’est pourquoi il est permis de parler de la « valeur imitative » d’une perception (voir p. 1 ). Il arrive encore que la perception suscite l’image mnémonique d’une sensation douloureuse ayant été ressentie par le sujet, de telle sorte qu’il éprouve le déplaisir correspondant et réitère les mouvements défensifs appropriés. C’est là ce qu’on appelle « valeur sympathique » d’une perception.

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 16 · confiance 0.95

Un processus cogitatif qui permet de relier des éléments complexes et d'aboutir à une conclusion. Ce passage montre comment les jugements peuvent réduire la complexité mentale.

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Le « complexe de l’objet » réapparaît toujours accompagné de divers « complexes d’attributs », il devient donc possible de tracer à la pensée des voies qui, partant de ces deux sortes de complexes, aboutissent à l’état souhaité de « l’objet », cela d’une façon, pour ainsi dire, généralement valable et qui ne dépend pas de la perception réelle à ce moment-là. Ainsi le travail de la pensée, qui s’accompagne d’un jugement et non de complexes perceptifs isolés et non ordonnés, constitue une importante économie. Laissons de côté la question de savoir si l’unité psychologique ainsi obtenue se trouve, elle aussi, représentée, dans la chaîne des pensées, par une unité neuronique correspondante (en dehors de l’unité que représentent les images verbales). Des erreurs sont toujours possibles dans la formation d’un jugement. Les complexes d’objets (ou de mouvements) ne sont, en effet, jamais parfaitement identiques et, parmi leurs éléments dissemblables, certains peuvent, s’ils sont négligés, troubler l’aboutissement à la réalité. Ces imperfections découlent d’une tendance (dont nous-mêmes d’ailleurs faisons preuve ici) à substituer un neurone unique au complexe – ce qui est déterminé par l’immense complexité des matériaux. Ce sont des erreurs de jugement dues à des prémisses erronées. Une autre cause d’erreur tient au fait que la perception des objets réels n’a pas été totale parce qu’ils se trouvaient au-delà des limites de nos sens. Il s’agit d’erreurs par ignorance, d’erreurs que nul être humain ne saurait éviter. Mais dans d’autres cas, certains investissements psychiques préalables défectueux peuvent se produire (lorsque le moi ne prête pas attention aux perceptions). En pareil cas, nous pouvons aboutir à des perceptions inexactes et à des chaînes de pensées incomplètes. Il s’agit alors d’ erreurs dues à une insuffisante attention. Si nous prenons maintenant, comme matériaux des processus cogitatifs, les complexes jugés et bien ordonnés et non pas les plus simples, l’occasion nous sera fournie de réduire le processus cogitatif lui-même. S’il arrive, en effet, que la voie menant de la perception à l’identité avec l’investissement de désir, a passé au travers d’une image de mouvement M, il est biologiquement certain qu’une fois l’identité obtenue, cet M se trouvera pleinement innervé. La simultanéité de la perception et de M produira un frayage important entre les deux et la perception suivante va susciter M sans intervention de la suite des idées. (Tout cela présuppose évidemment la possibilité d’établir, à tout moment, un lien entre deux investissements.) La connexion entre les pensées dont l’établissement exigea originellement tant d’efforts est devenue, par suite d’investissement total et simultané, un important frayage. La seule question qui se pose à propos de ce dernier est de savoir s’il suit toujours la voie découverte en premier lieu ou s’il peut fournir une ligne de connexion plus directe. Cette dernière possibilité semble à la fois plus probable et mieux appropriée, parce que, de cette façon, il n’est plus indispensable de fixer à la pensée des voies qui doivent rester libres pour les connexions les plus variées. Lorsque la voie primitive est abandonnée, nous devons nous attendre à voir disparaître son frayage et le résultat sera mieux fixé par une connexion directe. Nous ignorons d’ailleurs où doit se situer le point de départ de la nouvelle voie. Si les investissements W et M étaient tous deux associés à un troisième, le problème serait plus facilement résolu. On peut également souligner l’importance de la fraction du processus cogitatif qui va de la perception à l’identité en passant par une image motrice. Le résultat en est semblable dans les cas où l’attention fixe l’image motrice et l’associe aux perceptions – celles-ci ayant elles-mêmes été fixées une fois de plus. Là encore, ce frayage de la pensée se rétablit dès qu’une occasion réelle s’en présente. Dans ce genre d’activité mentale, les possibilités d’erreur ne sont pas évidentes au premier abord.