Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Le processus qui consiste en un investissement des neurones ψ accompagné d'une modification apportée aux frayages obligatoires, causé par un investissement latéral du moi.
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Il arrive encore que la perception suscite l’image mnémonique d’une sensation douloureuse ayant été ressentie par le sujet, de telle sorte qu’il éprouve le déplaisir correspondant et réitère les mouvements défensifs appropriés. C’est là ce qu’on appelle « valeur sympathique » d’une perception. Ces deux cas nous montrent indubitablement le processus primaire qui se déroule lors du jugement et nous admettons que tous les jugements secondaires s’effectuent grâce à l’atténuation de ces processus purement associatifs. Donc, le fait de juger (qui devient plus tard le moyen de reconnaître un objet pouvant avoir quelque importance pratique) ce fait, dis-je, constitue à l’origine un processus d’association entre certains investissements venus du dehors et d’autres émanés du corps du sujet, une identification entre des renseignements ou des investissements venant de φ et de l’intérieur. Nous sommes peut-être en droit de supposer que le jugement permet aussi de voir comment les quantités venues de φ peuvent être transmises et déchargées. Ce que nous qualifions d’« objets » est fait de reliquats échappant au jugement. L’exemple du jugement nous porte à croire qu’il existe une différence quantitative entre la pensée et le processus primaire. Il paraît raisonnable de supposer que, dans l’acte de penser, un petit courant d’innervation motrice émane de ψ mais seulement, bien entendu, si, durant cet acte, un neurone moteur ou un neurone-clé (c’est-à-dire sécréteur [v. p. 1 ]) se trouve innervé. Toutefois, on aurait tort de confondre cette décharge avec le processus cogitatif lui-même dont elle n’est qu’un résultat non prévu et accessoire. Le processus cogitatif consiste en un investissement des neurones ψ accompagné d’une modification apportée aux frayages obligatoires, cela du fait d’un investissement latéral dû au moi. Au point de vue mécanique, on comprend que, dans ce processus, une partie seulement de la quantité (Qή) se trouve capable de suivre les voies frayées et que l’importance de cette partie soit constamment réglée par les investissements. Mais on voit clairement aussi que, de cette façon, il y a, en même temps, une économie de quantité (Qή) suffisante pour rendre profitable une reproduction. S’il en était autrement toute la quantité (Qή) nécessaire à la décharge finale, serait dépensée, pendant son parcours, aux points d’issue motrice. Le processus secondaire est donc une répétition du phénomène originel d’excitation en ψ, mais à un niveau moins élevé et avec de moindres quantités. Mais alors, va-t-on se demander, qu’advient-il de quantités plus faibles encore que celles qui traversent normalement les neurones ψ ? Comment ces quantités (Qή) si faibles parviennent-elles à passer par des voies où ne s’écoulent que des quantités dépassant celles que ψ reçoit habituellement ? Une seule réponse est admissible : cette possibilité doit être la conséquence mécanique des investissements latéraux. Nous en concluons que lorsqu’il existe un investissement latéral, de petites quantités (Qή) passent au travers de frayages que seules de plus considérables auraient normalement pu franchir. L’investissement latéral « lie », pour ainsi dire, une certaine fraction de quantité (Qή) traversant le neurone. La pensée est encore soumise à une autre condition. Elle ne doit déterminer aucune modification essentielle dans les frayages qu’a déjà établis le processus primaire, sans quoi les traces laissées par la réalité s’en trouveraient faussées. Il suffira de dire à ce propos que le frayage résulte probablement de l’unique passage d’une quantité importante et que l’investissement, bien que très puissant, sur le moment, ne laisse pas derrière lui d’effets aussi durables. Les petites quantités (Q) qui passent durant le processus cogitatif ne prévalent généralement pas sur les frayages. Il reste, malgré tout, indéniable que les processus cogitatifs abandonnent des traces permanentes. Une seconde réflexion nous coûte, en effet, bien moins d’efforts que la première. Pour que la réalité ne se trouve pas faussée, il faut qu’il en reste des traces particulières (indices de processus cogitatifs).