Freud — Corpus & Glossaire

Investissement

La synthèse cumulative de l'énergie psychique attribuée par Freud à une représentation mentale, qui peut influencer sa prise de conscience, ainsi qu'à la quantité psychique qui s'accumule dans le moi en raison des limites imposées à la motilité et au désir, permettant d'étendre l'action du moi.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Première partie · bloc 27 · confiance 0.95

La quantité d'énergie psychique que Freud attribue à une représentation mentale, qui peut influencer sa prise de conscience.

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6) Un fait encore mérite d’être souligné : la conscience renseigne sur la qualité aussi facilement dans le rêve qu’à l’état de veille, ce qui montre que l’état conscient n’est pas limité au moi mais peut s’attacher à n’importe quel processus ψ. Nous sommes ainsi mis en garde contre le risque d’identifier les processus primaires aux processus inconscients. Nous trouvons là deux inappréciables indications pour ce qui va suivre. Lorsqu’il y a souvenir d’un rêve et que nous faisons appel au conscient pour en connaître le contenu, nous découvrons que la signification des songes en tant que réalisations de désir est masquée par un certain nombre de processus ψ , tous présents dans les névroses et qui montrent la nature pathologique de ces troubles 44 . XXI. La conscience dans le rêve La conscience des représentations oniriques est avant tout discontinue. Ce n’est pas la chaîne tout entière des associations qui devient consciente, mais seulement certains éléments disjoints de celle-ci. Entre eux se trouvent des chaînons intermédiaires inconscients que nous découvrons aisément à l’état de veille. Quand nous cherchons à expliquer ces discontinuités, voici ce que nous trouvons : supposons (fig. 15, p. 1 ) que A figure une représentation onirique devenue consciente et qui mène vers B. Mais voilà qu’au lieu de B, c’est C qui apparaît dans le conscient, parce qu’il se trouve sur le chemin entre B et un autre investissement D présent au même moment. La diversion qui se produit alors est due à un investissement simultané différent qui, d’ailleurs, n’est pas conscient. C a pris la place de B bien que B concorde mieux avec la chaîne de pensées, c’est-à-dire avec la réalisation de désir. Examinons un rêve, par exemple celui où O… fait à Irma une injection de propyle [A] 45 . Je vois ensuite très nettement devant moi la formule de la « triméthylamine » [C]. Au même instant, je pense que la maladie d’Irma est de nature sexuelle [D], Entre cette idée et celle du propyle se trouve une idée [B] associée, celle d’une conversation avec W. Fl… [Wilhelm Fliess] sur la chimie sexuelle, conversation où il fut particulièrement question de la triméthylamine. Cette dernière idée devient consciente grâce à une poussée venant des deux côtés. Fait surprenant, ni le chaînon intermédiaire (la chimie sexuelle) [B], ni l’idée déviée (le caractère sexuel de la maladie) [D] ne sont conscients. Ce fait a besoin d’être expliqué. On peut supposer que l’investissement de B ou de D n’aurait pas été assez intense pour provoquer une hallucination rétrograde, mais que C, investi des deux côtés, est capable de la produire. Toutefois, dans mon exemple, D (le caractère sexuel de la maladie) était certainement aussi intense que A (l’injection de propyle) et le dérivé des deux (la formule chimique [C]) s’avérait plein de vivacité. Le problème des chaînons intermédiaires inconscients se pose également pour la pensée en état de veille où de semblables faits se réalisent journellement. Mais ce qui caractérise le rêve reste le déplacement aisé de la quantité (Qή) qui s’y réalise et la façon dont B est remplacé par un C qui lui est quantitativement supérieur. Et, d’une façon générale, il en va de même dans la réalisation onirique des désirs. Il n’arrive pas qu’un désir conscient ait ensuite sa réalisation hallucinatoire. C’est cette dernière seule qui sera consciente et le chaînon intermédiaire [le désir] doit être inféré. Ce désir s’est certainement produit mais sans avoir pu prendre une forme qualitative. Un fait est évident : l’investissement de la représentation de désir ne peut, en aucun cas, être plus fort que le motif qui l’a suscitée. C’est pourquoi, dans les rêves, le cours psychique de l’excitation se produit suivant la quantité Q, mais ce n’est pas de celle-ci que dépend la prise de conscience. Le processus onirique nous permet de penser que l’état conscient se réalise durant le passage d’une quantité (Qή), donc qu’il n’est pas dû à un investissement constant.

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 7 · confiance 0.95

Quantité psychique qui s'accumule dans le moi en raison des limites imposées à la motilité et au désir. L'investissement permet d'étendre l'action du moi.

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Il apprend ensuite à ne pas investir non plus les représentations de désir au-dessus d’un certain degré parce que, sans cela, il deviendrait la proie d’une erreur hallucinatoire. S’il respecte ces deux restrictions et porte son attention sur les perceptions nouvelles, il pourra espérer obtenir la satisfaction souhaitée. Il est évident que les limitations qui empêchent le moi d’investir au-dessus d’un certain degré l’image d’un désir et l’image motrice sont causes d’une accumulation de quantités (Qή) dans le moi et l’obligent, semble-t-il, à transférer, dans certaines limites, ses quantités (Qή) aux neurones accessibles. Les neurones nucléaires surinvestis aboutissent finalement aux voies de conduction appartenant à l’intérieur du corps et qui, étant sans cesse remplies d’une quantité (Qή) [p. 1 ] se sont perméabilisées. Comme les neurones nucléaires sont des prolongations de ces voies de conduction, ils doivent aussi demeurer remplis d’une quantité (Qή). Cette dernière s’écoule proportionnellement aux résistances qu’elle rencontre sur son parcours, jusqu’au moment où les résistances suivantes deviennent plus considérables que la fraction de quantité (Qή) mise à la disposition du courant. Mais alors, tout l’investissement se trouve en état d’équilibre, retenu d’une part par les deux limites imposées à la motilité et au désir, d’autre part, par la résistance qu’opposent les neurones les plus externes, et, du côté interne par la pression constante des voies de conduction. À l’intérieur de la structure du moi, l’investissement n’est jamais également réparti et ne nécessite qu’une égalité proportionnelle, c’est-à-dire en rapport avec les frayages [voir p. 1 ]. Lorsque le niveau de l’investissement dans le noyau du moi s’élève, le moi devient capable d’étendre son champ (d’action) ; lorsqu’il baisse, le moi se rétrécit concentriquement. Une fois que le moi a atteint un certain niveau et une certaine extension, aucun obstacle ne s’oppose plus aux déplacements qui se produisent dans la région de ses investissements. Reste à savoir maintenant d’où émanent les deux limitations qui assurent au niveau du moi sa constance et, en particulier, d’où provient cette limitation des images motrices, qui empêche la décharge. Nous nous trouvons ici-devant un problème décisif dont dépend la compréhension de toute l’organisation. La seule chose que nous puissions dire est qu’à l’époque où ces limitations n’existaient pas encore et où la décharge motrice se réalisait dès l’apparition du désir, le plaisir escompté ne se produisait pas et la production continuée de stimuli endogènes provoquait, en fin de compte, du déplaisir. Seul ce risque de déplaisir lié à une décharge prématurée peut correspondre aux limitations que nous étudions. Au cours du développement, les frayages assument une partie de la tâche [qui consiste à établir lesdites limitations]. Mais un fait demeure : la quantité (Qή) dans le moi n’investit pas immédiatement les images motrices. Si, en effet, l’investissement s’effectuait sur-le-champ, c’est le déplaisir qui surgirait. Tout ce que j’ai qualifié d’« acquisition biologique » du système neuronique est, je crois, représenté par une menace de déplaisir de ce genre. Grâce à celle-ci les neurones capables de produire un déplaisir ne se trouvent pas investis. C’est ce qui constitue la défense primaire , conséquence bien compréhensible d’une tendance originelle du système neuronique [pp. 1 et 1 ]. Le déplaisir reste la seule mesure éducative. Mais comment donner une explication d’ordre mécanique de la défense primaire – du non-investissement dû à une menace de déplaisir ? C’est là, je le confesse, une question à laquelle je ne saurais répondre. Désormais je ne chercherai plus à trouver une explication mécanique de ces lois biologiques et me déclarerai satisfait si j’arrive à donner de ce développement une description claire et fidèle.