Freud — Corpus & Glossaire

Obsession hystérique

Représentation irréductible et incongruente, résultant du refoulement hystérique et caractérisée par une répétition incessante d'idées ou de pensées chez les hystériques.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Deuxième partie. Psychopathologie · bloc 1 · confiance 0.95

Représentation hyperintense incompréhensible, irréductible et incongruente chez les hystériques.

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Deuxième partie. Psychopathologie 25 septembre 1895 Dans la première partie de ce travail, j’ai exposé tout ce que l’on peut, a priori et dans une certaine mesure, tirer de notre hypothèse fondamentale, une fois celle-ci modelée et corrigée suivant quelques données expérimentales. Dans cette seconde partie, je m’efforcerai de déterminer, par l’analyse des processus pathologiques, d’autres particularités du système établi sur notre hypothèse fondamentale. Dans une Troisième Partie, basée sur les deux précédentes, je tenterai de mettre en évidence tout ce qui caractérise le cours des phénomènes psychologiques normaux. Psychopathologie de l’hystérie I. L’obsession hystérique Je commencerai par des faits observables dans l’hystérie, mais qui ne lui sont pas nécessairement particuliers. Tout observateur des hystériques constate sans peine que ces malades obéissent à une compulsion émanant de représentations hyper-intenses. Une idée émerge très fréquemment dans la conscience sans que les événements en justifient l’apparition – ou bien le réveil de ce neurone s’accompagne de conséquences psychiques inintelligibles. La survenue d’une représentation excessivement intense produit des effets qu’il n’est possible ni de supprimer, ni de comprendre : décharges d’affect, innervations motrices, inhibitions. Le sujet lui-même se rend compte de la bizarrerie de sa situation. Des représentations hyperintenses peuvent aussi surgir de façon normale. Ce sont elles qui confèrent au moi son caractère particulier. Elles ne nous surprennent pas quand nous connaissons leur développement génétique (éducation, faits vécus) et leurs motifs. Nous avons l’habitude de regarder ces idées trop intenses comme des effets de causes puissantes et raisonnables. Chez les hystériques, au contraire, les représentations excessives nous frappent par leur bizarrerie. Ces mêmes idées resteraient sans effets chez d’autres sujets et nous n’en pouvons saisir l’importance. Elles nous apparaissent comme des intruses, des usurpatrices, nous les jugeons ridicules. Donc l’obsession hystérique semble : 1° Incompréhensible ; 2° Impossible à réduire par quelque travail cogitatif que ce soit ; et 3° Incongruente dans sa structure. Il existe une obsession névrotique simple opposable à l’obsession hystérique. Prenons un exemple : un homme a couru un grand danger en tombant de voiture. Par la suite il lui devient impossible d’utiliser ce moyen de transport. Cette obsession nous paraît : 1. Compréhensible puisque nous en connaissons l’origine ; et 2. Congruente, puisque l’association avec l’idée du danger justifie la peur liée aux trajets en voiture. Toutefois, aucun travail mental n’est capable de réduire cette appréhension, ce qui ne saurait être considéré comme entièrement pathologique. Nos pensées normales trop intenses ne sont-elles pas, elles aussi, souvent impossibles à réduire ? Nous serions enclins à nier tout caractère pathologique aux obsessions névrotiques si l’expérience ne nous montrait que, chez le normal, une pareille obsession ne persiste que peu de temps après l’événement déterminant, pour ensuite diminuer peu à peu. Ainsi la persistance d’une obsession trahit la présence d’une névrose simple. Or, nos analyses ont montré qu’une obsession hystérique est réduite dès qu’on l’ explique, c’est-à-dire dès qu’on la rend compréhensible. Ces deux particularités n’en constituent en réalité qu’une seule. L’analyse nous enseigne également d’où provient l’aspect absurde et incongruent de ce processus. En règle générale, voici comment se présente le résultat d’une analyse : Avant l’analyse. – A est une représentation d’intensité excessive qui surgit trop souvent dans le conscient en provoquant chaque fois des larmes. Le sujet ignore pourquoi A l’oblige à pleurer et considère cette réaction comme absurde, sans toutefois pouvoir l’empêcher. Après l’analyse. – On a découvert l’existence d’une certaine idée B qui, à juste titre, a provoqué des larmes. Elle survient souvent, jusqu’au moment où le sujet réussit, par un travail psychique compliqué, à l’éliminer. L’effet de B n’est pas absurde, le sujet se l’explique et peut le combattre. B a certains points de contact avec A.

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Deuxième partie. Psychopathologie · bloc 3 · confiance 0.95

Résultat du refoulement hystérique, caractérisé par la répétition incessante d'idées ou de pensées.

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Voilà qui est bien fait pour nous surprendre puisque nous pouvions supposer que B avait réellement été oublié et qu’aucune trace n’en avait subsisté dans ψ. Tel n’est pas le cas. B est une image mnémonique pareille à toutes les autres, une image non effacée ; mais lorsque, comme d’habitude, B est un complexe d’investissements, une résistance d’une rare puissance, difficile à vaincre, s’oppose à toute activité mentale se rapportant à B. Cette opposition à B, nous le voyons immédiatement, donne la mesure de la poussée exercée par A et nous en concluons que la force qui a originellement refoulé B agit une fois de plus dans la résistance. Nous apprenons, en même temps, autre chose encore. Nous savions seulement jusqu’ici que B ne pouvait devenir conscient , nous ignorions tout de son comportement par rapport à l’investissement de la pensée. Nous apprenons maintenant qu’une résistance s’oppose à toute opération mentale intéressant B , même s’il y a déjà prise de conscience partielle. Il ne convient pas de dire qu’il s’est produit un « rejet hors du conscient », mais seulement un « maintien hors du processus mental ». C’est donc un processus de défense venant du moi investi qui donne lieu au refoulement hystérique et, par là même, à l’obsession hystérique. Jusqu’à ce point le processus semble se différencier du processus primaire. III. La défense pathologique Quoi qu’il en soit, la solution du problème semble encore lointaine. Le résultat du refoulement hystérique, nous l’avons vu, est fort différent de celui bien connu d’une défense normale. Nous évitons, c’est évident, de penser aux choses qui ne peuvent être que désagréables et y parvenons en dirigeant notre pensée vers d’autres sujets. Toutefois, même quand nous réussissons à rendre plus rare l’émergence dans la conscience d’une représentation intolérable B, en la maintenant aussi isolée que possible, nous n’arrivons jamais à l’oublier au point qu’aucune perception nouvelle ne puisse la faire resurgir. Et le retour d’une idée semblable ne peut être évité non plus dans l’hystérie. La seule différence réside dans le fait que ce qui devient conscient dans cette maladie (c’est-à-dire ce qui se trouve investi) est toujours A au lieu de B. C’est à une symbolisation immuable qu’est dû l’excès considérable de défense normale. Une première explication évidente nous vient à l’esprit : ce fonctionnement excessif serait attribuable à une plus grande intensité de l’affect défensif. Mais l’expérience montre que les souvenirs les plus pénibles, ceux qui doivent nécessairement susciter le plus de déplaisir (souvenirs de remords provoqués par de mauvaises actions) ne peuvent être ni refoulés ni remplacés par des symboles. L’existence [p. 1 ] d’une seconde condition nécessaire de toute défense pathologique – la sexualité – indique qu’il faut chercher ailleurs une explication. Il n’est pas possible de supposer que les émotions sexuelles désagréables puissent dépasser à tel point en intensité tous les autres affects pénibles. Les représentations sexuelles doivent certainement présenter quelque autre particularité permettant de comprendre pourquoi seules les idées d’ordre sexuel sont soumises au refoulement. Une autre remarque s’impose ici : le refoulement hystérique se réalise évidemment grâce à la symbolisation, aux déplacements vers d’autres neurones. Il est permis de penser que l’énigme gît dans le mécanisme de ce déplacement et que le refoulement lui-même ne pose aucun problème. Mais, en analysant les obsédés, par exemple, nous constaterons qu’il existe chez eux des refoulements sans symbolisation et même que le refoulement et la substitution ne s’effectuent pas simultanément. C’est donc dans le refoulement que réside la clef du problème. IV. Le πρώτον ψεύδος hystérique [Premier mensonge ] L’obsession hystérique, nous l’avons vu, émane d’une sorte particulière de mouvement quantitatif (la symbolisation), qui constitue vraisemblablement un processus primaire, puisqu’on peut le voir à l’œuvre dans les rêves 47 . En pareil cas, la force motrice résulte d’une défense opposée par le moi, force qui pourtant ne dépasse pas ici les limites d’une fonction normale.