Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Émotion sexuelle libérée dans le processus de symbolisation, qui n'était pas possible au moment de l'incident.
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Le πρώτον ψεύδος hystérique [Premier mensonge ] L’obsession hystérique, nous l’avons vu, émane d’une sorte particulière de mouvement quantitatif (la symbolisation), qui constitue vraisemblablement un processus primaire, puisqu’on peut le voir à l’œuvre dans les rêves 47 . En pareil cas, la force motrice résulte d’une défense opposée par le moi, force qui pourtant ne dépasse pas ici les limites d’une fonction normale. Ce qu’il faut expliquer, c’est pourquoi une action du moi s’accompagne d’effets que nous ne sommes habitués à observer que dans les processus primaires. Il faut donc nous attendre à découvrir certaines conditions psychiques spéciales. La clinique nous enseigne que tout ceci appartient au seul domaine sexuel. Peut-être parviendrons-nous alors à expliquer les conditions psychiques spéciales par les traits caractéristiques naturels de la sexualité. Or, nous trouvons dans le domaine sexuel une certaine constellation psychique peut-être capable de nous éclairer. C’est empiriquement que nous en avons pris connaissance et un exemple servira à la mettre en lumière 48 . Emma est actuellement hantée par l’idée qu’elle ne doit pas entrer seule dans une boutique. Elle en rend responsable un souvenir remontant à sa 13e année (peu après la puberté). Ayant pénétré dans une boutique pour y acheter quelque chose, elle aperçut les deux vendeurs (elle se souvient de l’un d’eux) qui s’esclaffaient. Prise de panique, elle sortit précipitamment. De là l’idée que les deux hommes s’étaient moqués de sa toilette et que l’un d’eux avait exercé sur elle une attraction sexuelle. Le lien qui unit ces fragments d’histoire, aussi bien que les effets de l’incident, restent incompréhensibles. Si les vendeurs, en se moquant de sa toilette l’avaient désagréablement impressionnée, cette impression aurait dû depuis longtemps s’effacer – depuis qu’elle s’habillait comme une dame. Le fait d’aller seule ou accompagnée dans les magasins ne peut en rien modifier son habillement. Il ne s’agit pas simplement d’une question de protection (comme dans les cas d’agoraphobie), puisque la compagnie d’un jeune enfant suffit à lui donner un sentiment de sécurité. Mais un élément tout à fait isolé demeure : l’un des deux hommes lui a plu. Mais là encore, le fait d’être accompagnée ne pouvait rien changer. Ainsi le souvenir resurgi n’explique ni l’obsession ni la détermination du symptôme. L’analyse met ensuite en lumière un autre souvenir qui, dit-elle, n’était nullement présent à son esprit au moment de la scène I, présence, du reste, que rien ne vient confirmer. À l’âge de 8 ans, elle était entrée deux fois dans la boutique d’un épicier pour y acheter des friandises et le marchand avait porté la main, à travers l’étoffe de sa robe, sur ses organes génitaux. Malgré ce premier incident, elle était retournée dans la boutique, puis cessa d’y aller. Par la suite, elle se reprocha d’être revenue chez ce marchand, comme si elle avait voulu provoquer un nouvel attentat. Et de fait, la « mauvaise conscience » qui la tourmentait pouvait bien dériver de cet incident. Nous comprenons maintenant la scène I (celle des commis) si nous la rapprochons de la scène II (celle de l’épicier). Il ne nous reste plus qu’à découvrir entre les deux un lien associatif. La patiente me fit elle-même observer que ce lien était fourni par le rire. Celui des deux commis lui avait rappelé le sourire grimaçant dont le marchand avait accompagné son geste. Reconstituons maintenant tout le processus. Les deux vendeurs rient dans la boutique et ce rire rappelle (inconsciemment) le souvenir du marchand. La seconde situation a avec la première un autre point commun : la petite n’était pas accompagnée. Elle se souvenait de l’attouchement pratiqué par le marchand. Mais depuis, elle avait atteint la puberté. Le souvenir déclenche une libération [ d’énergie ] sexuelle (qui n’eût pas été possible au moment de l’incident) et qui se mue en angoisse. Une crainte la saisit, elle a peur que les commis ne répètent l’attentat et s’enfuit.