Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Souvenir qui suscite dans le psychisme une émotion qu'aucun incident actuel ne justifie, en particulier dans les cas de représentations d'ordre sexuel.
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Le souvenir déclenche une libération [ d’énergie ] sexuelle (qui n’eût pas été possible au moment de l’incident) et qui se mue en angoisse. Une crainte la saisit, elle a peur que les commis ne répètent l’attentat et s’enfuit. Il est tout à fait certain que nous nous trouvons ici en présence de l’intrication de deux sortes de processus et que la remémoration de la scène II (celle du marchand) s’est produite dans un état différent de celui du premier. Le cours des événements peut se représenter de la façon suivante : Les représentations figurées par des points noirs sont les perceptions dont la patiente se souvient. Le fait qu’une décharge sexuelle ait pénétré dans le conscient est démontré par l’idée – sans cela incompréhensible – que le commis moqueur lui avait plu. La conclusion finale qu’elle tira, celle de ne pas rester seule dans la boutique par crainte d’un attentat, paraît logique, si l’on tient compte de tous les éléments du processus associatif. Mais aucun élément du processus (ci-dessus représenté) n’est devenu conscient, hormis l’élément « vêtements ». La partie de la pensée fonctionnant consciemment a établi deux connexions erronées dans les matériaux en question (commis, rires, vêtements et sensation sexuelle) : on s’était moqué d’elle à cause de son habillement et l’un des vendeurs avait provoqué chez elle une excitation sexuelle. L’ensemble de ce complexe (indiqué par les lignes brisées) est représenté dans le conscient par l’unique idée des « vêtements », c’est-à-dire par l’élément en apparence le plus innocent. C’est un refoulement accompagné d’une symbolisation qui s’est ici produit. L’aboutissement – le symptôme – possède une structure tout à fait logiquement établie et, ainsi, le symbole n’y joue aucun rôle et reste une particularité du cas. Disons qu’il n’est nullement étonnant de voir une association passer par un certain nombre de chaînons intermédiaires inconscients pour aboutir à un chaînon conscient, ainsi que cela s’est ici produit. L’élément devenu conscient est probablement celui qui a suscité le plus vif intérêt. Mais, chose remarquable, dans notre exemple ce n’est pas le fait de l’attentat qui a pénétré dans le conscient, mais un autre élément symbolisant : les vêtements. Où chercher la cause de ce processus pathologique intercalé ? Une seule réponse est possible : il résulte d’une décharge sexuelle dont le conscient avait gardé la trace et qui restait lié au souvenir de l’attentat. Mais il faut noter un fait important, à savoir que cette décharge ne fut pas reliée à l’incident au moment même où il se produisit. Nous trouvons là l’exemple d’un souvenir suscitant un affect que l’incident lui-même n’avait pas suscité. Entre-temps les changements provoqués par la puberté ont rendu possible une compréhension nouvelle des faits remémorés. Ce cas nous présente un tableau typique de refoulement hystérique. Nous ne manquons jamais de découvrir qu’un souvenir refoulé ne s’est transformé qu’après coup en traumatisme. La raison de cet état de choses se trouve dans l’époque tardive de la puberté par comparaison avec le reste de l’évolution des individus 49 . V. Les déterminantes de πρώτον ψεύδος ύοτ [Premier mensonge hystérique] Bien qu’il soit rare qu’un souvenir suscite dans le psychisme une émotion qu’aucun incident actuel ne justifie, c’est pourtant ce qui se produit tout à fait ordinairement dans les cas de représentations d’ordre sexuel – précisément à cause du retard de la puberté. Ce retard constitue un caractère général de l’organisation. Tout adolescent recèle des traces mnémoniques qui ne deviennent compréhensibles qu’après l’apparition de ses propres sensations sexuelles. Chacun devrait donc porter en soi un germe d’hystérie. Il faut évidemment que d’autres facteurs entrent en jeu puisque cette tendance générale se limite au petit nombre d’individus qui deviennent vraiment hystériques. Or l’analyse montre que c’est la décharge affective qui constitue, lors d’un traumatisme sexuel, l’élément perturbateur.