Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Deuxième partie. Psychopathologie · bloc 6 · confiance 0.95
Un investissement qui se trouve augmenté de la quantité (Qή) qui a été mise en liberté et cherche à se décharger en suivant des voies déjà partiellement tracées, selon Freud.
Voir le passage source
Il faut évidemment que d’autres facteurs entrent en jeu puisque cette tendance générale se limite au petit nombre d’individus qui deviennent vraiment hystériques. Or l’analyse montre que c’est la décharge affective qui constitue, lors d’un traumatisme sexuel, l’élément perturbateur. En outre, l’expérience nous enseigne, en partie, que les hystériques sont des gens à sexualité trop précocement éveillée, du fait de stimulations mécaniques et émotionnelles (masturbation) et dont nous disons parfois qu’ils sont prédisposés aux décharges sexuelles précoces. Un début précoce de décharge sexuelle ou une décharge précocement trop intense ont évidemment un rôle équivalent. Ce facteur est d’ordre quantitatif. Quelle signification faut-il attribuer à cette précocité de la décharge sexuelle ? Il convient de lui attribuer la plus grande importance car l’on ne saurait soutenir que toute décharge sexuelle soit suivie de refoulement, sans quoi celui-ci devrait être considéré comme un processus de fréquence normale. VI. Troubles de la pensée provoqués par des affects Nous sommes ainsi forcés de conclure que le trouble affectant le processus psychique normal dépend de deux conditions : 1° D’une décharge sexuelle liée non point à un incident réel mais à un souvenir ; 2° D’une décharge sexuelle trop précoce. Lorsque ces deux conditions sont présentes, une perturbation devrait en résulter. Elle dépasse la mesure ordinaire, mais on en trouve aussi des traces chez les personnes normales. L’expérience quotidienne nous apprend que toute production d’affect gêne le cours normal de la pensée et cela de diverses façons. En premier lieu, bien des associations sont soumises à l’oubli, sans quoi le sujet en tiendrait compte – un peu comme dans les rêves [p. 1 ]. Au milieu du trouble que me causait une grave inquiétude, il m’est arrivé, par exemple, d’oublier de me servir du téléphone récemment installé dans ma maison. La voie nouvellement tracée s’était effacée du fait de l’état affectif. Le frayage, c’est-à-dire la voie ancienne, reprend la première place. De semblables oublis impliquent une perte de pouvoir de sélection, d’efficacité et de logique, tout à fait comme dans les rêves. En second lieu, s’il n’y avait pas oubli, des voies que l’on aurait sans cela évitées, seraient suivies, en particulier celles qui aboutissent à une décharge comme, par exemple, les actes accomplis sous l’empire de quelque émotion. Bref, la réaction affective rappelle un processus primaire non entravé. Nous pouvons en tirer certaines conclusions. D’abord, une fois que la décharge d’affect s’est réalisée, la représentation qui l’a suscitée s’intensifie. Ensuite, le moi investi a pour fonction essentielle d’éviter de nouveaux processus impliquant des affects et de réduire les anciens frayages affectifs. Cette situation ne peut se décrire que de la façon suivante : originellement un investissement perceptif a été suivi d’une expérience douloureuse génératrice de déplaisir ; l’investissement se trouve augmenté de la quantité (Qή) qui a été mise en liberté et cherche à se décharger en suivant des voies déjà partiellement tracées. Après l’instauration d’un moi investi, « l’attention » s’attache aux investissements perceptifs nouveaux, créés de la façon que nous savons [p. 1 ] et va suivre, nantie d’investissements latéraux, la même voie que la quantité venant de W 50 . Le déclenchement de déplaisir se trouve ainsi réduit en quantité et va agir à la façon d’un signal avertissant le moi d’assurer sa défense normale. La production de nouveaux incidents pénibles, avec leurs frayages, est rendue plus malaisée. Plus est intense le déclenchement de déplaisir, plus est dure la tâche du moi. Le moi, en effet, ne peut fournir de contrepoids aux quantités (Qή) en question que dans certaines limites seulement – et cela grâce à ses investissements latéraux. Il ne saurait, par conséquent, empêcher entièrement la survenue d’un processus primaire. En outre, plus la quantité qui tend à s’écouler est considérable, plus le moi a de peine à se livrer à une activité mentale qui, tout l’indique, consiste en un déplacement expérimental de petites quantités (Qή) [pp. 1 et suiv.].
Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 2 · confiance 0.95
Un investissement mental qui se produit lors de la perception d'un objet, suivi d'une annonce de qualité. Il s'accroît lorsque l'objet est perçu une deuxième fois.
Voir le passage source
Un investissement perceptif s’est produit, suivi d’une annonce de qualité. Le frayage étroit entre ces deux informations augmente davantage encore l’investissement perceptif et l’attention, dès lors investie, s’attache aux neurones perceptifs. La perception suivante du même objet aura pour effet (d’après la deuxième loi qui régit les associations) de réaliser un investissement plus poussé de l’objet perçu et ce n’est que cette dernière perception qui va trouver son utilisation psychique. (Cette partie de notre exposé nous amène déjà à une très importante conclusion. Le premier en date des investissements perceptifs n’est pas fort intense et ne comporte qu’une faible quantité (Q) ; la seconde fois, le pré-investissement ψ étant, établi, la quantité est plus considérable. Mais alors l’attention n’implique aucun changement intrinsèque dans le jugement que l’on porte sur les attributs quantitatifs de l’objet. Par conséquent, la quantité externe (Q) des objets ne peut s’exprimer en ψ par une quantité psychique ( Qή ) [voir p. 1 ]. La quantité psychique (Qή) a une signification tout à fait différente et qui n’est pas représentée dans la réalité ; la quantité externe (Q) se manifeste en ψ par quelque chose de différent, par la complexité des investissements. C’est de cette façon que la quantité externe (Q) est maintenue hors de ψ [p. 1 ].) L’exposé suivant est plus satisfaisant encore. D’après l’expérience biologique, nous savons que l’attention se porte constamment sur les indices de qualité. Ceux-ci se produisent dans les neurones déjà investis. Ainsi renforcés, les indices de qualité deviennent capables, grâce à leur frayage, d’augmenter les investissements perceptifs. Et le moi a appris à pousser ses investissements d’attention dans la voie associative menant des indices de qualité à la perception. C’est de cette façon que le moi devient capable d’investir justement les vraies perceptions ou ce qui les entoure. Et, en admettant que c’est la même quantité (Qή) venant du moi qui s’écoule le long du frayage en allant des informations de qualité à la perception, nous aurons trouvé l’explication mécanique (automatique) des investissements de l’attention. L’attention abandonne donc les indices de qualité pour se tourner vers les neurones perceptifs qui, dès lors, sont surinvestis. Supposons que, pour une raison quelconque, le mécanisme de l’attention cesse de fonctionner. En ce cas, les neurones perceptifs ne subiront pas l’investissement ψ et la quantité (Q), qui les a atteints, va être transmise (uniquement par association) en suivant les meilleurs frayages et dans la mesure où les relations entre les résistances et l’importance de l’investissement perceptif le permettront. Ce passage de quantité sera probablement de courte durée puisque la quantité (Q) va se partager et devenir, dans l’un des neurones voisins, trop faible pour se répandre davantage. Le trajet des quantités liées à la perception (Wq) peut ensuite, selon les circonstances, soit attirer l’attention, soit passer inaperçu. En ce dernier cas, il va aboutir, sans avoir été observé, dans l’investissement de certains neurones avoisinants dont nous ignorons le destin ultérieur. C’est là le sort réservé à toute perception qui n’a pas éveillé l’attention et le fait se reproduit quotidiennement un nombre incalculable de fois 55 . Comme le montrera l’analyse du processus de l’attention, le trajet suivi ne peut être long, ce qui nous amène à en inférer une faiblesse des quantités (Wq) liées à la perception. Mais une fois que le système W a reçu un investissement d’attention, plusieurs faits peuvent se produire ; notons surtout deux situations : celle de la pensée banale et celle de la pensée uniquement observante. C’est ce dernier cas qui pourrait paraître le plus simple. Il correspondrait à l’état d’un chercheur qui, ayant perçu quelque chose, se demande : « Que signifie cela ? Où cela va-t-il me mener ? » C’est là ce qui se passe, mais afin de ne rien compliquer, il faut que je substitue maintenant à l’investissement perceptif complexe celui d’un seul neurone. Le neurone perceptif se trouve surinvesti.