Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 4 · confiance 0.95
Réprésentation de toutes les influences exercées sur le monde extérieur par les frayages entre neurones ψ. (p. 1)
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Si donc les images mnémoniques sont constituées de telle sorte qu’un courant dérivé aboutisse aux images auditives et verbales motrices, alors l’investissement des images mnémoniques s’accompagne d’annonces de décharge qui sont des indices de qualité, en même temps que des indices de souvenir conscient. Si, alors, le moi préinvestit ces images verbales, comme il a déjà préinvesti les images d’une décharge de perceptions, il crée un mécanisme capable de diriger l’investissement vers les souvenirs qui émergent durant le passage de la quantité (Qή) 57 . Nous avons ici affaire à la pensée consciente observante. Non seulement les associations verbales rendent possible la connaissance, mais encore elles réalisent autre chose de très important. Les frayages entre neurones ψ constituent, nous le savons, la « mémoire » – la représentation de toutes les influences exercées sur par le monde extérieur. Mais le moi investit lui aussi les neurones et suscite des courants qui ne manquent certes pas de laisser des traces sous la forme de frayages. Or ψ ne possède aucun moyen d’établir une distinction entre ces traces (les résultats des processus cogitatifs) et les résultats de processus perceptifs. Il doit être possible de reconnaître et de reproduire les processus perceptifs grâce à leur association avec les décharges de la perception ; mais les frayages produits par la pensée ne laissent derrière eux que leurs effets et non la mémoire. Un frayage de pensée peut, tout aussi bien, se réaliser par un unique processus intense que par dix processus moins impressionnants. Or, les indices de décharges par la voie du langage peuvent servir à pallier cette insuffisance. Ils portent les processus cogitatifs sur le plan même des processus perceptifs en leur conférant une réalité et en rendant possible leur souvenir (voir p. 1 ). Il convient de considérer le développement biologique de ces très importantes associations verbales. L’innervation du langage est, originellement, une décharge qui se réalise au bénéfice de ψ, comme par une sorte de soupape de sûreté servant à régler les oscillations de la quantité (Qή) ; c’est une partie de la voie aboutissant aux modifications internes, seul moyen de déversement tant que l’action spécifique n’est pas encore connue [p. 1 ]. Cette voie acquiert une fonction secondaire, elle doit attirer l’attention d’une personne secourable (qui est ordinairement l’objet désiré) sur les besoins et la détresse de l’enfant. Par ce moyen, qui va s’intégrer dans l’action spécifique, l’entente avec autrui se trouve assurée. Nous avons pu voir déjà (pp. 1 et 1 ) qu’au moment où s’installe la fonction du jugement, les perceptions éveillent l’intérêt par suite de leur connexion possible avec l’objet désiré. Leurs complexes se trouvent ainsi divisés en une fraction non assimilable (l’« objet ») et une autre fraction révélée au moi par sa propre expérience (les « propriétés », ou activités de l’objet). C’est à cette opération qu’on donne le nom de compréhension. Elle a avec l’expression verbale deux points de contact : il y a, en premier lieu, des objets (des perceptions) qui font crier parce qu’ils provoquent une souffrance. C’est un fait d’une extrême importance de voir que cette association d’un son (donnant également lieu aux images motrices des mouvements du sujet lui-même) avec une perception qui est déjà elle-même un complexe, puisse augmenter le caractère « hostile » de l’objet et servir à diriger l’attention vers une perception. Nos propres cris confèrent son caractère à l’objet, alors qu’autrement, et à cause de la souffrance, nous ne pourrions en avoir aucune notion qualitativement claire. Cette association fournit donc le moyen de rendre conscients des souvenirs pénibles et d’attirer sur eux l’attention : la première catégorie des souvenirs conscients se trouve par là créée 58 . De là il ne reste que peu de pas à faire pour découvrir le langage. Il existe une seconde catégorie d’objets émettant constamment certains bruits, c’est-à-dire des objets dans le complexe perceptif desquels un son joue quelque rôle.
Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 13 · confiance 0.95
La mémoire est faite de frayages et ne peut être modifiée par une élévation du niveau d'investissement, bien que certains frayages ne fonctionnent qu'à un niveau déterminé.
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Sans doute existe-t-il des frayages de pensée encore que les frayages associatifs primitifs doivent subsister. Cependant, comme il ne peut y avoir qu’une sorte de frayage, on est amené à présumer l’incompatibilité de ces deux conclusions. Quoi qu’il en soit, il est sans doute possible de les faire concorder et de les expliquer en rappelant que les frayages de pensée n’ont pu prendre naissance ni se faire sentir que lorsque le niveau [de l’investissement] était élevé ; les frayages associatifs, eux, ont été créés lors de passages complets ou primaires de quantités, pour ne réapparaître qu’au moment où se trouvent rétablies les conditions nécessaires à un libre passage 67 . On ne saurait nier l’action possible des frayages de pensée sur les frayages associatifs. Nous arrivons ici à découvrir une autre particularité du mouvement neuronique inconnu. La mémoire est faite de frayages. Une élévation du niveau [de l’investissement] ne les modifie pas, bien que certains frayages ne fonctionnent qu’à un niveau déterminé. La direction dans laquelle s’engage la quantité n’est pas tout d’abord modifiée par un changement de niveau, mais, par contre, la quantité du courant [p. 1 ] et les investissements latéraux la modifient certainement. Quand le niveau est élevé, les petites quantités (Q) se déplacent plus aisément. À côté de la pensée cognitive et de la pensée pratique, nous distinguons une pensée reproductive ou mnémonique qui se confond partiellement avec la pensée pratique sans l’englober tout à fait. La remémoration est une condition préalable de tout essai de pensée critique. Elle suit à rebours jusqu’à la perception elle-même la voie qu’a empruntée un processus cogitatif donné et cela sans but (contrairement à la pensée pratique), mais en utilisant dans une large mesure les indices de qualité. Au cours de ce trajet inversé, le processus se heurte à des chaînons intermédiaires, restés jusque-là inconscients et qui n’ont laissé aucun indice de qualité. Toutefois, ces derniers apparaissent après coup. Nous en déduisons que le passage de la pensée en soi et dépourvu d’indices de qualités, laisse derrière lui certaines traces. En certains cas pourtant, il semble que nous ne puissions supposer la présence de traces abandonnées par une chaîne de pensées que parce que leurs points de départ et d’arrivée sont donnés par les indices de qualité. En tout cas, la reproductibilité des processus cogitatifs s’étend bien au-delà de leurs indices de qualité ; ils sont capables de devenir conscients après coup, bien que, peut-être, le résultat qu’ils fournissent laisse derrière eux, bien plus souvent que les stades intermédiaires, certaines traces. Au cours des pensées – qu’elles soient cognitives, critiques ou pratiques – des incidents de toutes sortes, dignes d’être relatés, peuvent se produire. La pensée est capable d’aboutir à un déplaisir ou à une contradiction. Envisageons le cas où une pensée d’ordre pratique, accompagnée d’une fixation de but, entraîne la production d’un déplaisir. L’expérience la plus banale nous enseigne qu’un fait de ce genre gêne le processus cogitatif. Comment cela peut-il se produire ? Lorsqu’un souvenir engendre quelque déplaisir c’est, en général, parce que la perception correspondante a provoqué, au moment où elle s’est produite, un sentiment désagréable, donc qu’elle se trouve liée à quelque pénible incident [p. 1 ]. Des perceptions de ce genre accaparent, nous le savons, l’attention, tout en suscitant moins d’indices de leur propre qualité que d’indices qualitatifs de la réaction provocante ; elles s’associent à leurs propres manifestations émotives et défensives. Si nous étudions le destin de semblables perceptions une fois qu’elles se sont muées en images mnémoniques, nous remarquons que leurs premières répétitions continuent à engendrer le même émoi aussi bien que le même déplaisir jusqu’à ce que, le temps aidant, elles finissent par perdre cette propriété. Elles subissent, en même temps, un autre changement.