Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 8 · confiance 0.95
Le déplacement des investissements du moi vers les indices de qualité est une économie en investissant non la perception mais bien la décharge.
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C’est là, je le confesse, une question à laquelle je ne saurais répondre. Désormais je ne chercherai plus à trouver une explication mécanique de ces lois biologiques et me déclarerai satisfait si j’arrive à donner de ce développement une description claire et fidèle. Il existe, sans aucun doute, une seconde loi biologique, dérivée du processus d’expectation, et suivant laquelle l’attention se porte sur les indices de qualité (parce qu’ils appartiennent à des perceptions capables de susciter quelque satisfaction) et l’individu passe de ces indices de qualité à la perception surgie. En bref, le mécanisme de l’attention doit son origine à une loi biologique de ce genre qui règle le déplacement des investissements du moi 63 . Peut-être nous objectera-t-on qu’un mécanisme comme celui-là, opérant grâce aux indices de qualité, est bien inutile. Le moi, dira-t-on, peut bien avoir biologiquement appris de lui-même, pendant ses états d’expectation, à investir le domaine perceptif au lieu de n’y être amené que par l’intermédiaire des indices de qualité. Mais deux raisons peuvent justifier le mécanisme de l’attention : 1° La sphère des indices de décharge venant du système W (ω) est, de toute évidence, plus petite et comprend moins de neurones que la sphère des perceptions, c’est-à-dire de l’ensemble du pallium de ψ lié aux organes sensoriels. En conséquence, le moi fait une énorme économie en investissant non la perception mais bien la décharge ; 2° Les indices de décharge ou de qualité constituent avant tout des indices de réalité, permettant une différenciation entre les investissements de perceptions réelles et celles des désirs. Nous voyons ainsi l’impossibilité de se passer du mécanisme de l’attention, grâce auquel, dans chaque cas, le moi investit les neurones dans lesquels un investissement est déjà apparu. Nous pouvons ainsi énoncer, de la façon suivante, par rapport au moi, la loi biologique de l’attention : Quand surgit un indice de réalité, l’investissement perceptif alors présent doit être surinvesti. Telle est la seconde loi biologique, la première étant celle de la défense primaire. II. Ce que nous venons de dire nous fournit quelques indications générales pour une présentation mécanique, du genre de cette première indication selon laquelle les quantités extérieures ne peuvent être figurées par Qή (quantités psychiques). La description du moi et de ses variations, telle que nous l’avons donnée, nous montre que le niveau [de l’investissement] n’a, lui non plus, aucun rapport avec le monde extérieur et que s’il venait à être relevé ou abaissé, ce fait ne saurait normalement rien changer à l’image du monde extérieur. Étant donné que cette représentation s’est établie d’après les frayages, il faut en conclure que les variations générales du niveau n’ont aucune action sur ces derniers. Nous avons déjà fait mention d’un second principe [p. 1 ], à savoir que les petites quantités sont plus aisément déplaçables quand le niveau est élevé que lorsqu’il est bas. Ce sont là quelques points à retenir si nous voulons tenter de décrire les mouvements neuroniques caractéristiques dont nous n’avons encore qu’une faible idée. Revenons à la description des processus mentaux d’observation ou de cognition. Ils diffèrent des processus d’expectation en ce qu’ici les perceptions n’intéressent pas les investissements de désir. Ici l’attention du moi se trouve attirée par les premiers indices de réalité vers la sphère de perception à investir. Le courant d’associations de la quantité (Q) apportée [par les perceptions] passe à travers des neurones préinvestis et Qφ (c’est-à-dire la quantité appartenant aux neurones φ et qui se déplace [le long de ces neurones] est chaque fois remise en liberté. C’est pendant ce trajet des associations que les indices de qualité (du langage) sont créés. Le courant d’associations devient ainsi conscient et capable de se reproduire. Une fois de plus nous pourrons nous interroger sur le profit à tirer des indices de qualité. Leur seul effet, dira-t-on, est d’inciter le moi à envoyer un investissement à l’endroit où surgit un autre investissement au cours des associations.
Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 14 · confiance 0.95
La quantité d'investissement du moi qui est nécessaire pour contrer le frayage excessif des souvenirs générateurs d'affects et réduire la production de déplaisir. Ce processus permet au souvenir de devenir maîtrisé.
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Si nous étudions le destin de semblables perceptions une fois qu’elles se sont muées en images mnémoniques, nous remarquons que leurs premières répétitions continuent à engendrer le même émoi aussi bien que le même déplaisir jusqu’à ce que, le temps aidant, elles finissent par perdre cette propriété. Elles subissent, en même temps, un autre changement. Au début, elles conservent les particularités des qualités sensorielles, mais en perdant leur capacité de susciter des affects, elles perdent également leurs qualités sensorielles et finissent par ressembler aux autres images mnémoniques. Quand une chaîne de pensée se heurte à une image mnémonique encore « indomptée », des indices de qualité (souvent d’ordre sensoriel) surgissent en même temps que des impressions déplaisantes et des tendances à la décharge dont la combinaison caractérise un affect particulier. La chaîne des pensées se rompt alors. Que deviennent, une fois « domptés » les souvenirs générateurs d’affects ? Nous ne pouvons supposer que le « temps » puisse affaiblir leur faculté d’engendrer des émotions puisque, normalement, ce facteur contribue plutôt à renforcer une association. Il doit certainement arriver quelque chose pendant le « temps » où se produisent ces répétitions, quelque chose qui entraîne la « soumission » de souvenirs et qui ne peut être que leur subjugation par le moi ou par ses investissements. Si cette réaction s’effectue, en ce cas, plus lentement que de coutume, nous en découvrons le motif particulier dans l’origine de souvenirs capables de susciter l’affect. Constituant les traces d’incidents pénibles, ils ont été investis (conformément à notre hypothèse sur la souffrance) d’une quantité (Qφ) trop considérable et ont acquis un frayage excessif aboutissant à une production de déplaisir et d’affect. C’est pourquoi il leur faut, provenant du moi, une très forte « liaison » souvent répétée, pour que ce frayage aboutissant à un déplaisir puisse être contrebalancé. Le fait que les souvenirs conservent aussi longtemps un caractère hallucinatoire exige aussi une explication dont notre conception de l’hallucination pourra tirer grand profit. Tout permet de supposer que cette faculté de créer des hallucinations – de même que la possibilité pour la mémoire d’engendrer des affects – indiquent que l’investissement du moi n’exerce encore nulle influence sur le souvenir et que les méthodes primaires de décharge et le processus total ou primaire [p. 1 ] restent prédominants. Nous devons nécessairement supposer que, dans les états hallucinatoires, la quantité (Q) reflue vers φ et en même temps vers W (ω) ; un neurone lié ne permet pas la production d’un tel reflux. Demandons-nous ensuite si c’est bien la quantité excessive d’investissement du souvenir qui rend possible le reflux. Toutefois, rappelons-nous que cette si grande quantité (Q) n’est présente que la première fois, au moment où l’incident réel, générateur de souffrance s’est produit. Lors de la répétition, nous n’avons plus affaire qu’à un investissement mnémonique d’intensité ordinaire, qui parvient néanmoins à provoquer une hallucination et du déplaisir. Il s’ensuit que s’il en est bien ainsi, c’est à cause d’un frayage d’une inhabituelle importance. Il faut en conclure qu’une quantité φ ordinaire suffit à provoquer un reflux et une décharge ; l’effet inhibant des liens avec le moi acquiert ainsi de l’importance. Il devient enfin possible d’investir le souvenir douloureux de manière à empêcher désormais les reflux et à diminuer considérablement une production de déplaisir. Le souvenir a été « maîtrisé » et cela grâce à un frayage cogitatif assez puissant pour avoir un effet permanent et pour agir comme une inhibition lors de toute réapparition du souvenir. La résistance de la voie menant à une production de déplaisir augmente progressivement par suite du défaut d’usage, ces frayages étant soumis au déclin (c’est-à-dire à l’oubli). C’est à ce moment seulement que le souvenir se mue en souvenir maîtrisé semblable à tous les autres. Il semble pourtant que ce processus de domination d’un souvenir laisse après soi des séquelles permanentes dans le processus cogitatif.