Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
La capacité d'une voie à accueillir une grande quantité affluente, selon Freud. Elle est indépendante de la résistance et peut influencer le passage de la quantité.
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Les indications de la pensée, en effet, contrairement à celles de la réalité, n’apparaissent pas spontanément, sans la participation de ψ. L’observation montre que ces moyens n’ont pas dans tous les processus cogitatifs, une efficacité égale à celle dont ils témoignent dans les processus de recherches. Pour que les indications de la pensée surgissent, il faut absolument qu’elles soient investies d’attention et, dans ce dernier cas, elles apparaissent en vertu d’une loi suivant laquelle la conduction s’avère meilleure entre deux neurones liés et simultanément investis. Néanmoins, l’« attrait » que suscite le préinvestissement des indices de pensée n’est pourvu du pouvoir de lutter contre d’autres influences que dans une certaine mesure. C’est ainsi, par exemple, que n’importe quel investissement (de but ou affectif) dans le voisinage du courant d’associations concurrence le préinvestissement de l’attention et tend à rendre inconscient ce courant. L’expérience montre aussi que le même effet se produit quand les quantités en jeu au cours des associations sont considérables, parce qu’alors elles le grossissent et, par conséquent, l’accélèrent. On entend fréquemment dire qu’une chose est arrivée si vite qu’on ne l’a même pas remarquée – ce qui est parfaitement exact ; chacun sait aussi que les affects sont capables de perturber la survenance des indications de la pensée. Tout ceci nous amène à adopter une nouvelle proposition relative à la représentation mécanique des processus psychiques, à savoir que le cours des associations lorsqu’il n’est pas affecté par le niveau [de l’investissement] peut être modifié par l’importance de la quantité affluente (Q) [p. 1 ]. D’une façon générale, une grande quantité (Q) choisit dans le réseau des frayages une voie différente de celle qu’emprunte une quantité faible. Il n’est pas difficile, semble-t-il, d’illustrer ce fait. Il y a, pour toute barrière, un certain seuil au-delà duquel la quantité (Q) – et, à plus forte raison, aucune fraction de cette quantité – n’arrive à passer. Quand une quantité (Q) est trop faible, elle se répartit le long de deux autres voies aux frayages appropriés. Lors d’un renforcement de quantité (Q), la première voie offre le passage et assure, en outre, la transmission de fractions de celle-ci ; de plus, les investissements qui se trouvent au-delà des limites devenues franchissables, peuvent alors être perçus. Mais un autre facteur acquiert parfois aussi de l’importance. On peut admettre que les voies traversant les neurones ne sont pas toutes également réceptives à une certaine quantité (Q) et nous dirons de cette différence qu’elle constitue « la largeur de la voie ». Cette largeur est elle-même indépendante de la résistance, car cette dernière peut être modifiée par la quantité qui s’écoule (Abq) 66 , tandis que la largeur, elle, reste constante. Supposons maintenant que, durant l’augmentation de la quantité (Q), une voie s’ouvre dont la largeur puisse être perçue, nous voyons alors que l’écoulement de la quantité (Q) est parfois fondamentalement modifié par la quantité (Q) affluente. L’expérience quotidienne semble confirmer cette conclusion. Ainsi l’apparition des indications de la pensée semble être liée au passage de quantités (Q) faibles. N’en concluons pas que d’autres passages doivent nécessairement demeurer inconscients – puisque l’état conscient peut être provoqué autrement que par la survenue de ces indications. Comment alors se représenter clairement une pensée qui ne devient consciente que par intermittence, par intrusions soudaines dans le conscient (p. 1 ) ? Notre pensée ordinaire, dépourvue de but, bien qu’elle soit accompagnée d’un préinvestissement et d’une attention automatique, n’attribue aucune valeur aux indications de la pensée. De plus, rien ne nous permet de démontrer, en nous fondant sur la biologie, que ces indications soient indispensables dans le processus en question. Et pourtant, elles apparaissent : 1° Quand l’écoulement réalisé sans heurts se termine ou se heurte à quelque obstacle ; et 2° Quand il éveille une représentation qui, pour d’autres raisons, suscite des indications de qualité, c’est-à-dire un état conscient.