Freud — Corpus & Glossaire

Identité

La synthèse cumulative en français consiste à identifier le résultat de la pensée pratique, qui permet de mettre fin à la nécessité de penser et d'innervier les images motrices touchées, ainsi qu'à acquérir une conscience de soi grâce aux innervations rectificatives.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 12 · confiance 0.90

Le résultat de la pensée pratique, consistant à mettre fin à la nécessité de penser et à permettre une totale innervation des images motrices touchées.

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Reprenons notre premier exemple, celui dans lequel le courant Qφ s’écoule naturellement vers b et c, tandis que d se distingue par son lien étroit avec un investissement de but ou les idées qui en découlent. Il peut alors arriver que l’action du frayage en faveur de b … c soit si poussée qu’elle l’emporte de beaucoup sur l’attraction exercée par d… + V. En dépit de ce fait et pour que le cours des associations puisse être dirigé vers + V il faudrait que l’investissement de + V et des représentations qui en découlent fût encore augmenté ; peut-être conviendrait-il aussi que l’attention qui se porte sur W fût modifiée, afin de pouvoir accéder à un degré supérieur ou moindre de « liaison », ainsi qu’à un niveau de courant plus favorable au trajet de d… + V. L’effort requis pour empêcher la quantité (Q) de s’engager dans les meilleurs frayages et pour l’attirer vers des voies mal frayées mais plus proches du but investi, correspond aux difficultés qui s’opposent à la pensée. Le rôle des indices de qualité diffère peu, dans la pensée pratique de celui qu’ils jouent dans la pensée cognitive. Les indices de qualité assurent et déterminent le cours des associations, sans toutefois lui être absolument indispensables. Si nous remplaçons les représentations et les neurones isolés par des complexes de représentations et de neurones, nous nous trouvons en face d’une complication de la pensée pratique, impossible à représenter. Nous comprenons alors qu’une conclusion rapide est souhaitable en pareils cas [p. 1 ]. Mais en général les indices de qualité n’ont pas tous fait leur apparition et leur survenue a plutôt pour effet de ralentir et de compliquer le cours des associations. Là où le trajet d’une perception particulière vers un investissement de but particulier s’est répété et est devenu stéréotypé du fait des frayages mnémoniques, les indices de qualité surgissent rarement. Le but de la pensée pratique est l’identité, c’est-à-dire la pénétration de l’investissement déplacé Qφ dans l’investissement de désir qui, lui s’est fermement maintenu. Au point de vue purement biologique, le résultat est de mettre fin à la nécessité de penser. En revanche, une totale innervation des images motrices touchées au cours du passage [de la quantité] devient possible, ces images constituant alors une partie autorisée et accessoire de « l’action spécifique ». Or, durant le passage, l’investissement des dites images ne se réalisait que par suite d’une « liaison » et le processus cogitatif se trouvait déclenché par une perception (W) qui ne représentait qu’une image mnémonique. Il en résulte que tout ce processus est capable de se détacher à la fois de l’expectation et de la réalité et qu’il peut aller vers une identité sans subir de modification. Ainsi, partant d’une simple représentation et même après avoir été complété, il n’aboutit pas à l’acte, mais à une production de connaissance pratique utilisable le cas échéant. L’expérience montre, en effet, que mieux vaut être toujours prêt à mettre en branle ce processus cogitatif d’ordre pratique, sans attendre que la réalité vienne en imposer le déclenchement. Le moment est venu de restreindre la portée d’un exposé que j’ai fait (p. 1 ) et d’après lequel seuls les indices de qualité rendraient possible le souvenir d’un processus cogitatif, parce que s’il en était autrement, ses traces ne sauraient être distinguées des traces laissées par les frayages perceptifs. Il reste vrai qu’un souvenir réel ne doit vraiment pas être modifié par les réflexions qu’il inspire. Mais il est indéniable, d’autre part, que le fait de réfléchir à quelque chose laisse des traces extrêmement marquées sur les réflexions ultérieures concernant le même sujet et nous nous demanderons si seule la pensée qui s’accompagne d’indices de qualité et d’états conscients peut aboutir à de pareils résultats. Sans doute existe-t-il des frayages de pensée encore que les frayages associatifs primitifs doivent subsister. Cependant, comme il ne peut y avoir qu’une sorte de frayage, on est amené à présumer l’incompatibilité de ces deux conclusions.

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 18 · confiance 0.90

Est la capacité de reconnaître les images motrices et d'acquérir une conscience de soi. Elle est excitée par les innervations rectificatives.

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En ce qui concerne l’abandon de l’état « lié », il s’agit, sans aucun doute, d’une baisse, impossible à arrêter, du niveau, dans le moi, lors du premier passage de la quantité venant des neurones moteurs. Il ne faut pas s’attendre à une décharge totale du moi par certains actes isolés, mais seulement par des actes comportant une satisfaction quasi totale. Il est instructif de constater que l’acte s’effectue non en suivant à rebours la voie qu’ont empruntée les images motrices, mais par la traversée de voies motrices spéciales. C’est pourquoi aussi l’affect, attaché au mouvement, n’est pas forcément celui qu’on désirait, celui qui se produirait s’il s’agissait simplement d’une inversion de la voie originelle. Pendant l’action, une nouvelle comparaison entre les annonces des mouvements qui vont être effectués et les mouvements préinvestis doit s’établir. Il faut aussi que les innervations rectificatives soient excitées pour que l’identité puisse être acquise. Nous voyons ici se répéter un cas semblable à celui des perceptions, toutefois avec une moindre diversité, une vitesse accrue et une décharge toujours totale, ce qui ne saurait être le cas quand il s’agit de perceptions. L’analogie que l’on observe entre la pensée pratique et l’action efficace mérite, malgré tout, d’être notée. Elle nous montre que les images motrices sont sensorielles. Mais un fait mérite surtout d’attirer l’attention : dans le cas d’un acte, les voies traversées sont nouvelles ; il ne s’agit plus d’une simple rétrogradation dans les voies anciennes, ce qui semble prouver que la ligne de conduction des éléments neuroniques est bien fixée. Il est donc possible que le mouvement neuronique ait dans les deux cas des caractéristiques différentes. Les images motrices sont des perceptions et, à ce titre, possèdent naturellement des qualités et suscitent l’état conscient. On ne saurait non plus contester le fait qu’elles attirent sur elles-mêmes une attention marquée. Toutefois, leurs qualités sont peu impressionnantes et sans doute moins variées que celles du monde extérieur. Elles ne s’associent pas non plus à des images verbales, mais trouvent plutôt leur emploi partiel dans ces associations. Rappelons-nous cependant qu’elles n’émanent pas d’organes sensoriels hautement organisés, mais que leur qualité est, sans aucun doute, monotone [v. pp. 1 et 1 ]. 51 Le système W. 52 Dans l’édition allemande de 1950 on trouve, par suite d’une erreur, le mot « quantité ». 53 Le rôle attribué à l’attention dans cet exposé explique pourquoi Freud s’en est écarté dans ses travaux ultérieurs. Il insiste déjà, dans L’Interprétation des rêves (p. 517 de la trad. franç.) sur le fait que « les activités de pensées les plus compliquées peuvent se produire sans que le conscient y prenne part » et que « la prise de conscience dépend de l’orientation d’une certaine fonction psychique, l’attention ». Voir aussi plus loin, p. 1 . 54 Voir à ce sujet L’Interprétation des rêves (p. 512 de la trad. franç.) où, après avoir parlé de la relation entre perception et réalisation du désir, Freud ajoute : « Cette première activité psychique tend donc à une identité de perception , c’est-à-dire à la répétition de la perception à laquelle se trouve lié l’apaisement du besoin. » L’Esquisse présente cette idée sous une forme plus détaillée. Freud y essaie de montrer que la pensée et l’épreuve de réalité proviennent d’une tension à laquelle l’enfant se trouve soumis lorsqu’il attend une satisfaction. Voir aussi p. 1 et suiv. 55 Ce qui suit est en contradiction avec les vues ultérieures de Freud (déjà exposées dans L’Interprétation des rêves) où il traite de l’importance des processus psychiques préconscients. Voir aussi pp. 1 Et suiv. 56 [Neuf mots ont été omis dans l’édition allemande de 1950.]