Freud — Corpus & Glossaire

Pensée reproductive ou mnémonique

La pensée reproductive ou mnémonique est une forme de pensée qui se confond partiellement avec la pensée pratique sans l'englober tout à fait. Elle sert à la remémoration, condition préalable de toute pensée critique.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 13 · confiance 0.90

La pensée reproductive ou mnémonique est une forme de pensée qui se confond partiellement avec la pensée pratique sans l'englober tout à fait. Elle sert à la remémoration, condition préalable de toute pensée critique.

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Sans doute existe-t-il des frayages de pensée encore que les frayages associatifs primitifs doivent subsister. Cependant, comme il ne peut y avoir qu’une sorte de frayage, on est amené à présumer l’incompatibilité de ces deux conclusions. Quoi qu’il en soit, il est sans doute possible de les faire concorder et de les expliquer en rappelant que les frayages de pensée n’ont pu prendre naissance ni se faire sentir que lorsque le niveau [de l’investissement] était élevé ; les frayages associatifs, eux, ont été créés lors de passages complets ou primaires de quantités, pour ne réapparaître qu’au moment où se trouvent rétablies les conditions nécessaires à un libre passage 67 . On ne saurait nier l’action possible des frayages de pensée sur les frayages associatifs. Nous arrivons ici à découvrir une autre particularité du mouvement neuronique inconnu. La mémoire est faite de frayages. Une élévation du niveau [de l’investissement] ne les modifie pas, bien que certains frayages ne fonctionnent qu’à un niveau déterminé. La direction dans laquelle s’engage la quantité n’est pas tout d’abord modifiée par un changement de niveau, mais, par contre, la quantité du courant [p. 1 ] et les investissements latéraux la modifient certainement. Quand le niveau est élevé, les petites quantités (Q) se déplacent plus aisément. À côté de la pensée cognitive et de la pensée pratique, nous distinguons une pensée reproductive ou mnémonique qui se confond partiellement avec la pensée pratique sans l’englober tout à fait. La remémoration est une condition préalable de tout essai de pensée critique. Elle suit à rebours jusqu’à la perception elle-même la voie qu’a empruntée un processus cogitatif donné et cela sans but (contrairement à la pensée pratique), mais en utilisant dans une large mesure les indices de qualité. Au cours de ce trajet inversé, le processus se heurte à des chaînons intermédiaires, restés jusque-là inconscients et qui n’ont laissé aucun indice de qualité. Toutefois, ces derniers apparaissent après coup. Nous en déduisons que le passage de la pensée en soi et dépourvu d’indices de qualités, laisse derrière lui certaines traces. En certains cas pourtant, il semble que nous ne puissions supposer la présence de traces abandonnées par une chaîne de pensées que parce que leurs points de départ et d’arrivée sont donnés par les indices de qualité. En tout cas, la reproductibilité des processus cogitatifs s’étend bien au-delà de leurs indices de qualité ; ils sont capables de devenir conscients après coup, bien que, peut-être, le résultat qu’ils fournissent laisse derrière eux, bien plus souvent que les stades intermédiaires, certaines traces. Au cours des pensées – qu’elles soient cognitives, critiques ou pratiques – des incidents de toutes sortes, dignes d’être relatés, peuvent se produire. La pensée est capable d’aboutir à un déplaisir ou à une contradiction. Envisageons le cas où une pensée d’ordre pratique, accompagnée d’une fixation de but, entraîne la production d’un déplaisir. L’expérience la plus banale nous enseigne qu’un fait de ce genre gêne le processus cogitatif. Comment cela peut-il se produire ? Lorsqu’un souvenir engendre quelque déplaisir c’est, en général, parce que la perception correspondante a provoqué, au moment où elle s’est produite, un sentiment désagréable, donc qu’elle se trouve liée à quelque pénible incident [p. 1 ]. Des perceptions de ce genre accaparent, nous le savons, l’attention, tout en suscitant moins d’indices de leur propre qualité que d’indices qualitatifs de la réaction provocante ; elles s’associent à leurs propres manifestations émotives et défensives. Si nous étudions le destin de semblables perceptions une fois qu’elles se sont muées en images mnémoniques, nous remarquons que leurs premières répétitions continuent à engendrer le même émoi aussi bien que le même déplaisir jusqu’à ce que, le temps aidant, elles finissent par perdre cette propriété. Elles subissent, en même temps, un autre changement.