Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)
Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 14 · confiance 0.90
La faculté de créer des hallucinations indique que l'investissement du moi n'exerce encore nulle influence sur le souvenir et que les méthodes primaires de décharge restent prédominants.
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Si nous étudions le destin de semblables perceptions une fois qu’elles se sont muées en images mnémoniques, nous remarquons que leurs premières répétitions continuent à engendrer le même émoi aussi bien que le même déplaisir jusqu’à ce que, le temps aidant, elles finissent par perdre cette propriété. Elles subissent, en même temps, un autre changement. Au début, elles conservent les particularités des qualités sensorielles, mais en perdant leur capacité de susciter des affects, elles perdent également leurs qualités sensorielles et finissent par ressembler aux autres images mnémoniques. Quand une chaîne de pensée se heurte à une image mnémonique encore « indomptée », des indices de qualité (souvent d’ordre sensoriel) surgissent en même temps que des impressions déplaisantes et des tendances à la décharge dont la combinaison caractérise un affect particulier. La chaîne des pensées se rompt alors. Que deviennent, une fois « domptés » les souvenirs générateurs d’affects ? Nous ne pouvons supposer que le « temps » puisse affaiblir leur faculté d’engendrer des émotions puisque, normalement, ce facteur contribue plutôt à renforcer une association. Il doit certainement arriver quelque chose pendant le « temps » où se produisent ces répétitions, quelque chose qui entraîne la « soumission » de souvenirs et qui ne peut être que leur subjugation par le moi ou par ses investissements. Si cette réaction s’effectue, en ce cas, plus lentement que de coutume, nous en découvrons le motif particulier dans l’origine de souvenirs capables de susciter l’affect. Constituant les traces d’incidents pénibles, ils ont été investis (conformément à notre hypothèse sur la souffrance) d’une quantité (Qφ) trop considérable et ont acquis un frayage excessif aboutissant à une production de déplaisir et d’affect. C’est pourquoi il leur faut, provenant du moi, une très forte « liaison » souvent répétée, pour que ce frayage aboutissant à un déplaisir puisse être contrebalancé. Le fait que les souvenirs conservent aussi longtemps un caractère hallucinatoire exige aussi une explication dont notre conception de l’hallucination pourra tirer grand profit. Tout permet de supposer que cette faculté de créer des hallucinations – de même que la possibilité pour la mémoire d’engendrer des affects – indiquent que l’investissement du moi n’exerce encore nulle influence sur le souvenir et que les méthodes primaires de décharge et le processus total ou primaire [p. 1 ] restent prédominants. Nous devons nécessairement supposer que, dans les états hallucinatoires, la quantité (Q) reflue vers φ et en même temps vers W (ω) ; un neurone lié ne permet pas la production d’un tel reflux. Demandons-nous ensuite si c’est bien la quantité excessive d’investissement du souvenir qui rend possible le reflux. Toutefois, rappelons-nous que cette si grande quantité (Q) n’est présente que la première fois, au moment où l’incident réel, générateur de souffrance s’est produit. Lors de la répétition, nous n’avons plus affaire qu’à un investissement mnémonique d’intensité ordinaire, qui parvient néanmoins à provoquer une hallucination et du déplaisir. Il s’ensuit que s’il en est bien ainsi, c’est à cause d’un frayage d’une inhabituelle importance. Il faut en conclure qu’une quantité φ ordinaire suffit à provoquer un reflux et une décharge ; l’effet inhibant des liens avec le moi acquiert ainsi de l’importance. Il devient enfin possible d’investir le souvenir douloureux de manière à empêcher désormais les reflux et à diminuer considérablement une production de déplaisir. Le souvenir a été « maîtrisé » et cela grâce à un frayage cogitatif assez puissant pour avoir un effet permanent et pour agir comme une inhibition lors de toute réapparition du souvenir. La résistance de la voie menant à une production de déplaisir augmente progressivement par suite du défaut d’usage, ces frayages étant soumis au déclin (c’est-à-dire à l’oubli). C’est à ce moment seulement que le souvenir se mue en souvenir maîtrisé semblable à tous les autres. Il semble pourtant que ce processus de domination d’un souvenir laisse après soi des séquelles permanentes dans le processus cogitatif.
L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 25 · confiance 0.95
Les hallucinations sont des représentations involontaires qui apparaissent lors du sommeil et persistantes dans le rêve. Elles ressemblent plus à des perceptions qu'à des figures mnésiques.
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Mais la pensée de Fechner nous apparaîtra sagace et féconde, si nous l’appliquons à l’appareil psychique, que nous supposerons formé d’instances successives. D’autres auteurs se sont contentés de faire ressortir l’une ou l’autre des particularités psychologiques tangibles du rêve et d’en faire le point de départ d’explications générales. On a remarqué avec raison qu’une des particularités essentielles du rêve apparaît dès le moment où l’on s’endort et peut être mise au nombre des phénomènes qui introduisent le sommeil. L’activité intellectuelle de la veille est faite, d’après Schleiermacher (p. 351), de concepts et non d’images. La pensée du rêve est presque toute faite d’images ; on peut remarquer que le sommeil s’annonce en quelque sorte par la diminution progressive de l’activité volontaire ; en même temps des représentations involontaires, qui appartiennent toutes à la classe des images, s’imposent à nous. L’impossibilité d’une activité volontaire représentative et l’émergence d’images, habituellement liée à ces états de désagrégation, sont deux caractères qui persistent dans le rêve et que son analyse psychologique nous fera accepter comme deux traits essentiels. Pour ce qui est de ces images – des hallucinations hypnagogiques –, nous savons que leur contenu même est identique à celui des images du rêve 12 . Le rêve pense donc surtout par images visuelles, mais il n’exclut pas les autres images. Il emploie aussi des images auditives, et, dans une mesure plus restreinte, des impressions provenant des autres sens. Bien des choses sont seulement pensées ou représentées par des restes d’images verbales, comme dans la veille. Toutefois, seuls les éléments qui se comportent comme des images, c’est-à-dire qui ressemblent plus à des perceptions qu’à des figures mnésiques, sont caractéristiques du rêve. Si nous laissons de côté toutes les discussions bien connues des psychiatres sur la nature de l’hallucination, nous pourrons déclarer, avec tous les auteurs informés, que le rêve « halluciné », qu’il remplace les pensées par des hallucinations. De ce point de vue, il n’y a pas de différence entre les figures visuelles et les figures auditives ; on a remarqué que, lorsqu’on s’endort avec le souvenir d’une suite de sons, cette même mélodie se transforme en hallucination pendant le sommeil ; si l’on se réveille à demi, ce qui peut arriver à diverses reprises, la figure mnésique, plus discrète et qualitativement différente, reparaît à la place de la mélodie. La transformation de la représentation en hallucination n’est pas le seul point sur lequel le rêve diffère d’une pensée de veille qui pourrait lui correspondre. Le rêve organise ces images en scène, il représente les choses comme actuelles, il dramatise une idée, selon l’expression de Spitta (p. 145). Il faut ajouter, pour caractériser pleinement cet aspect de la vie du rêve, qu’en rêve – le plus souvent : les exceptions exigent des explications spéciales – nous ne croyons pas penser, mais vivre des événements ; nous avons donc une foi entière dans nos hallucinations. Lors du réveil seulement, nous critiquons et reconnaissons que nous n’avons pas vécu ces choses, mais les avons pensées d’une manière particulière, rêvées. C’est par ce caractère que le rêve véritable se distingue de la rêverie de la veille : nous ne confondons jamais celle-ci avec la réalité. Burdach a condensé dans les formules suivantes les caractères du rêve que nous venons de considérer (p. 476) : « Il faut ranger parmi les traits essentiels du rêve : a) le fait que l’activité subjective de notre esprit nous paraît objective, parce que notre perception accepte les produits de l’imagination comme des excitations sensibles ;… b) le fait que le sommeil supprime la maîtrise de soi ; c’est pourquoi il faut, pour s’endormir, une certaine passivité… Il faut un certain abandon de la maîtrise de soi, pour que les images du sommeil apparaissent. » Il nous faut voir maintenant comment on a essayé d’expliquer la crédulité de l’esprit vis-à-vis des hallucinations du rêve, qui ne peuvent apparaître qu’après l’organisation d’une certaine activité propre.