Freud — Corpus & Glossaire

Déplaisir intellectuel

Sentiment de déplaisir suscité par une contradiction ou une erreur logique, qui fait stopper la pensée contrôlante et sert à défendre les lois biologiques.

Sources de référence

Esquisse d’une psychologie scientifique (1895)

Troisième partie. E ssai d’exposé de processus ψ normaux · bloc 17 · confiance 0.95

Sentiment de déplaisir suscité par une contradiction ou une erreur logique, qui fait stopper la pensée contrôlante et sert à défendre les lois biologiques.

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Là encore, ce frayage de la pensée se rétablit dès qu’une occasion réelle s’en présente. Dans ce genre d’activité mentale, les possibilités d’erreur ne sont pas évidentes au premier abord. Mais il est certain que la pensée s’engage parfois dans une mauvaise voie et que des mouvements inutiles peuvent être exécutés, bien, qu’après tout, dans le cas d’une pensée pratique, le choix ne dépende que d’expériences susceptibles d’être reproduites. À mesure que s’accroît le nombre des souvenirs, de nouvelles voies de déplacements se créent sans cesse. C’est pourquoi il est avantageux de suivre jusqu’au bout les diverses perceptions afin de découvrir la voie la plus favorable. Telle est la tâche de la pensée cognitive qui apparaît ainsi comme une préparation à la pensée pratique, bien qu’en fait elle ne se soit développée qu’à partir de celle-ci et à une époque tardive. Les résultats en sont utiles à plus d’une espèce d’investissement de désir. Les erreurs qui affectent la pensée cognitive paraissent évidentes. Elles sont dues à une partialité qui se fait jour quand les investissements de but n’ont pu être évités, imputables aussi au caractère d’inachèvement qui persiste, jusqu’au moment où toutes es voies ont été explorées. Ici l’apparition simultanée d’indices de qualité constitue évidemment un énorme avantage. Lorsque ces processus cogitatifs ont été choisis et intégrés dans un état d’expectation, il devient possible à toutes les associations, et ceci depuis le début jusqu’à la fin, de passer par la voie des indices de qualité et sans traverser toute l’étendue des pensées ; peu importe que la série des qualités corresponde complètement à celle des idées. Dans la pensée théorique, le déplaisir ne joue aucun rôle, c’est pourquoi elle peut se poursuivre même quand le souvenir est « dompté ». Nous examinerons aussi un autre genre de pensée : la pensée critique ou contrôlante. Elle entre en jeu lorsque, malgré une stricte obéissance aux règles, l’état d’expectation, suivi de l’action spécifique, aboutit non à quelque satisfaction, mais à du déplaisir. La pensée critique, sans tendre vers un but pratique, en procédant comme par plaisir, cherche, en faisant appel à tous les indices de qualité, à renouveler tout le passage de la quantité (Qή) 69 afin de déceler quelque erreur intellectuelle ou quelque défaut psychologique. Cette pensée est d’ordre cognitif, s’exerce sur un objet donné, c’est-à-dire sur une chaîne de représentations. Nous savons déjà en quoi ils consistent [les défauts psychologiques ?]. Mais qu’appelle-t-on erreurs de logique ? Pour les décrire brièvement nous dirons que ces erreurs consistent en une négligence des lois biologiques qui commandent les séries de pensées. Ces lois nous font connaître sur quoi doit chaque fois se porter l’attention et à quel moment il convient que le processus cogitatif s’arrête. Elles sont protégées par les risques de déplaisir ; c’est l’expérience qui les a fait naître et elles peuvent se muer directement en lois logiques (ce qu’il conviendra d’exposer en détail). Ainsi le déplaisir intellectuel d’une contradiction, qui fait stopper la pensée contrôlante, n’est autre chose que le déplaisir amassé en vue d’une défense des lois biologiques et déclenché par un processus cogitatif erroné. L’existence de ces lois biologiques se démontre, en fait, par le sentiment de déplaisir que suscitent les erreurs logiques 70 . Il faut concevoir l’action comme un investissement total à la fois des images motrices portées au premier plan durant le processus cogitatif et aussi, peut-être, des images motrices comprises dans l’élément volontaire de l’acte spécifique (dans les cas où nous avons affaire à un état expectatif). Il y a ici renoncement à l’état « lié » et abandon des investissements de l’attention. En ce qui concerne l’abandon de l’état « lié », il s’agit, sans aucun doute, d’une baisse, impossible à arrêter, du niveau, dans le moi, lors du premier passage de la quantité venant des neurones moteurs. Il ne faut pas s’attendre à une décharge totale du moi par certains actes isolés, mais seulement par des actes comportant une satisfaction quasi totale.