Freud — Corpus & Glossaire

Rêve divin

Croyance ancienne selon laquelle les rêves sont des révélations venant des dieux et des démons.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 1 · confiance 0.95

Croyance ancienne selon laquelle les rêves sont des révélations venant des dieux et des démons.

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Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve Avant-Propos Je me propose de montrer dans les pages qui suivent qu’il existe une technique psychologique qui permet d’interpréter les rêves : si on applique cette technique, tout rêve apparaît comme une production psychique qui a une signification et qu’on peut insérer parfaitement dans la suite des activités mentales de la veille. Je veux, de plus, essayer d’expliquer les processus qui donnent au rêve son aspect étrange, méconnaissable, et d’en tirer une conclusion sur la nature des forces psychiques dont la fusion ou le heurt produisent le rêve. Je limiterai là mon exposé : il aura atteint le point où le problème du rêve aboutit à des problèmes plus vastes pour la solution desquels il faut mettre en œuvre d’autres matériaux. Je commence par un exposé historique, parce que j’aurai peu d’occasions d’y revenir dans le corps de l’ouvrage. La conception scientifique du rêve s’est, en effet, peu développée, en dépit d’efforts plusieurs fois millénaires ; le fait est si universellement admis par les auteurs qu’il semble inutile d’en apporter ici les preuves. Les travaux dont on trouvera la liste à la fin de ce livre contiennent nombre de remarques suggestives et une documentation très intéressante, mais rien ou fort peu de chose sur l’essence même du rêve, rien qui éclaire ses énigmes. Bien entendu les notions du public cultivé sont plus pauvres encore. J’écarte bien à regret, car c’est un sujet plein d’intérêt, de cet exposé l’examen des idées sur le rêve à l’origine de l’humanité, chez les peuples primitifs, et l’étude de l’influence que ces idées ont pu avoir sur leurs conceptions du monde et de l’âme. Pour cette question, je renvoie le lecteur aux ouvrages classiques de Sir J. Lubbock, H. Spencer, E. B. Tylor, etc., et j’ajoute que sa véritable portée ne nous apparaîtra nettement que quand nous aurons compris le problème de l’interprétation du rêve, tel qu’il va se présenter à nous. On trouve l’écho de ces croyances primitives chez les peuples de l’Antiquité classique 2 . Ces peuples attribuaient aux rêves une importance considérable ; ils croyaient que les rêves les mettaient en rapport avec le monde des êtres surhumains et qu’ils leur apportaient des révélations venant des dieux et des démons. De plus, ils étaient persuadés que les rêves étaient envoyés à dessein au rêveur ; ils lui annonçaient le plus souvent l’avenir. Ces croyances n’ont pas abouti, il est vrai, à une doctrine : l’extraordinaire variété du contenu des rêves et des impressions qu’ils laissaient rendait difficile la formation d’une conception homogène et entraînait des distinctions et des catégories multiples d’après la valeur des rêves et la confiance qu’ils inspiraient. Il va de soi que l’opinion que les philosophes anciens se faisaient du rêve n’était pas indépendante de la place qu’ils donnaient dans leur système à la mantique en général. Dans les deux écrits qu’il lui a consacrés, Aristote considère déjà le rêve comme un objet d’investigation psychologique. Le rêve n’est pas envoyé par les dieux, il est d’essence non divine, mais démoniaque, puisque la nature elle-même est démoniaque et non divine. En d’autres termes, le rêve n’est point une révélation surnaturelle, mais il est conforme aux lois de l’esprit humain, lui-même parent de la divinité. Le rêve est défini : l’activité de l’âme de l’homme endormi en tant que tel. Aristote connaît quelques-uns des caractères de la vie du rêve, par exemple le fait que le rêve amplifie de menues stimulations nerveuses survenues pendant le sommeil (« on croit traverser du feu et avoir très chaud, alors que tel ou tel membre subit seulement un échauffement très léger »). Il en conclut que les rêves peuvent révéler au médecin les premiers signes d’un changement dans l’état du corps, imperceptibles pendant la veille 3 . Ainsi qu’on vient de le voir, avant Aristote les anciens ne considéraient pas le rêve comme une création de l’esprit du rêveur, mais comme une inspiration divine. Les deux manières de concevoir le rêve que nous allons retrouver sont ainsi apparentes déjà chez eux.