Freud — Corpus & Glossaire

Contenu du rêve

Le contenu du rêve est déterminé par la personnalité individuelle, l'âge, le sexe, la situation, la culture, les habitudes de vie et par les événements et l'expérience de toute la vie.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 4 · confiance 0.95

Le contenu du rêve est déterminé par la personnalité individuelle, l'âge, le sexe, la situation, la culture, les habitudes de vie et par les événements et l'expérience de toute la vie.

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Ainsi Haffner écrit (p. 19) : « Avant tout, le rêve continue la vie de la veille. Nos rêves se rattachent toujours aux représentations qui peu de temps auparavant étaient dans la conscience. Une observation attentive découvrira presque toujours le fil par lequel le rêve se rattache aux événements du jour précédent. » Weygandt (p. 6) contredit directement l’affirmation de Burdach que nous avons citée plus haut : « On peut souvent observer clairement, et cela dans la grande majorité des rêves, que ceux-ci nous ramènent précisément dans la vie ordinaire au lieu de nous en délivrer. » Maury (Le sommeil et les rêves, p. 56) précise en une de ses brèves formules : « Nous rêvons de ce que nous avons vu, dit, désiré ou fait. » Jessen, dans sa Psychologie, parue en 1855 (p. 530), dit un peu plus explicitement : « Le contenu du rêve est toujours plus ou moins déterminé par la personnalité individuelle, par l’âge, le sexe, la situation, la culture, les habitudes de vie et par les événements et l’expérience de toute la vie. » Le philosophe I. G. E. Maass affirme de la manière la plus nette (Ueber die Leiden schaften, 1805) : « L’expérience confirme notre affirmation que le plus souvent nous rêvons des objets de nos passions les plus ardentes. On voit donc que nos passions doivent influer sur la formation de nos rêves. L’ambitieux rêve des lauriers obtenus (peut-être dans sa seule imagination) ou encore à obtenir, tandis que l’amoureux s’occupe dans ses rêves de l’objet de ses plus chères espérances. Tous les désirs et toutes les aversions sensibles qui sommeillent dans notre cœur peuvent, à condition d’être excités par une cause quelconque, faire naître un rêve des représentations qui leur sont associées, ou mêler ces représentations à un rêve déjà construit » (noté par Winterstein in Zbl. für Psychoanalyse). Les Anciens pensaient de même. Je cite d’après Radestock (p. 139) : « Xerxès était détourné par ses conseillers de l’expédition contre la Grèce, mais ses rêves l’y incitaient toujours à nouveau. Artaban, le sage interprète des songes, lui dit très justement que les images des songes contenaient le plus souvent les pensées de la veille. » Lucrèce dit dans le De Rerum Natura (IV, v. 962-967) : « Et quo quisque fere studio devinctus adhaeret, aut quibus in rebus multum sumus ante morati atque in ea ratione fuit contenta magis mens, in somnis eadem plerumque videmur obire ; causidici causas agere et componere leges, induperatores pugnare ac proelia obire… » De même Cicéron (De Divin., II) (comme plus tard Maury) : « Maximeque reliquiae earum rerum moventur in animis et agitantur, de quibus vigilantes aut cogitavimus aut egimus. » L’opposition entre les deux opinions que nous venons d’indiquer semble irréductible. Ce fait a dû frapper F. W. Hildebrandt, qui écrit (1875, p. 8) : « Les particularités du rêve ne sauraient être exprimées que par une série d’oppositions qui apparemment peuvent devenir des contradictions totales… » « La première de ces oppositions est d’une part l’isolement du rêve, son exclusion entière de la vie réelle et vraie, d’autre part l’empiétement constant de l’un sur l’autre, la constante dépendance entre l’un et l’autre. Le rêve diffère de la réalité vécue pendant la veille, il a une existence entièrement fermée et séparée de la vie réelle par un abîme infranchissable. Il nous détache de la réalité, il efface en nous le souvenir de celle-ci et nous place dans un autre monde, dans une existence toute différente et qui au fond n’a rien à voir avec notre existence réelle… » Hildebrandt montre ensuite comment, lorsque nous nous endormons, tout notre être, avec la forme même de son existence, disparaît « comme dans une trappe invisible ». On fera par exemple la traversée de Sainte-Hélène pour offrir d’excellents vins de la Moselle à Napoléon. On sera très bien reçu par l’ex-empereur et on regrettera presque que le réveil dérange cette intéressante illusion. Comparons maintenant rêve et réalité. On n’a jamais été négociant en vins, on n’a jamais pensé à le devenir, on n’a jamais fait de traversée et Sainte-Hélène ne serait assurément pas le but que l’on choisirait.