L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 7 · confiance 0.95
Révélation de connaissances et souvenirs oubliées pendant la veille, découverte par Freud à travers les rêves de ses patients.
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Ces mots me frappent. Je fus éveillé tout à fait, et je me rappelai alors parfaitement les circonstances dans lesquelles j’avais recueilli, sans m’en douter, ce gracieux cliché souvenir. » Le même auteur (dans Vaschide, p. 233) raconte le fait suivant : Un musicien de ses amis entendit un jour en rêve une mélodie qui lui parut entièrement nouvelle. Il ne la trouva que plusieurs années après dans une vieille collection de morceaux de musique qu’il ne se rappelle toujours pas avoir eue auparavant entre les mains. Myers a publié (Proceedings of the Society for psychical Research) toute une collection de rêves hypermnésiques. Tous ceux qui se sont occupés de la question du rêve savent combien souvent il témoigne de connaissances et de souvenirs que l’on ne croyait pas posséder pendant la veille. Mes travaux psychanalytiques sur des nerveux – dont je parlerai plus tard – me donnent l’occasion, plusieurs fois par semaine, de prouver aux patients, grâce à leurs rêves, qu’il connaissent très bien des citations, des mots obscènes et bien d’autres choses semblables dont ils se servent pendant leurs rêves, bien qu’ils les oublient pendant la veille. Je voudrais communiquer encore un cas, très simple, d’hypermnésie pendant le rêve, parce qu’il est très aisé de retrouver la source d’où découlait la connaissance accessible au rêve seul. Au cours d’un long rêve, un patient rêva qu’il s’était fait servir dans un café une « Kontuszówka ». Il me demanda, après me l’avoir raconté, ce que cela pouvait bien être. Il n’avait jamais entendu ce nom. Je lui répondis que c’était une eau-de-vie polonaise dont il n’avait assurément pas inventé le nom en rêve : je l’avais vu, en effet, depuis longtemps déjà, sur des affiches. Il ne voulut d’abord pas me croire. Quelques jours après, ayant réalisé son rêve en allant au café, il remarqua ce nom sur une affiche au coin d’une rue où, depuis des mois, il passait au moins deux fois par jour. J’ai éprouvé moi-même quel rôle considérable joue le hasard dans la découverte de l’origine des divers éléments du rêve. L’image d’un certain clocher d’architecture très simple, et que je ne me rappelais pas avoir vu, m’a poursuivi pendant des années. Je le reconnus brusquement et avec une certitude entière dans une petite station entre Salzbourg et Reichenhall que j’avais traversée pour la première fois en 1886. Plus tard, comme je m’occupais beaucoup de l’étude du rêve, l’image d’un certain lieu bizarre qui revenait souvent dans mes songes m’était devenue insupportable. Je voyais à ma gauche, placée d’une certaine façon par rapport à moi, une pièce sombre d’où se détachaient plusieurs statues de grès grotesques. Une ombre de souvenir à laquelle je ne voulais pas me fier me faisait croire que c’était l’entrée d’une brasserie, mais je ne pouvais m’expliquer ni le sens de cette image, ni son origine. En 1907, je vins par hasard à Padoue où à mon grand regret je n’étais plus retourné depuis 1895. Ma première visite avait d’ailleurs été incomplète : je n’avais pu voir les fresques de Giotto à la Madonna dell’Arena et j’avais fait demi-tour en apprenant que ce jour-là la petite église était fermée. Lors de ma seconde visite, douze ans plus tard, je voulus reprendre le chemin de la Madonna dell’Arena. Sur la route qui y conduisait, à gauche, à l’endroit sans doute où j’avais dû faire demi-tour en 1885, je découvris l’endroit que j’avais si souvent vu en rêve et ses statues de grès. C’était bien l’entrée du jardin d’un restaurant. L’enfance est une des sources d’où le rêve tire le plus d’éléments, de ceux notamment que nous ne nous rappelons pas pendant la veille et que nous n’utilisons pas. Je citerai quelques-uns des auteurs qui ont souligné ce fait. Hildebrandt remarque (p. 23) : « On a déjà convenu expressément que le rêve nous représentait quelquefois fidèlement et avec une exactitude merveilleuse des événements éloignés et que nous avions nous-mêmes oubliés. »
L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 8 · confiance 0.95
Rêves intéressants qui contiennent des souvenirs d'enfance et de jeunesse, souvent hors de la mémoire consciente.
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Je citerai quelques-uns des auteurs qui ont souligné ce fait. Hildebrandt remarque (p. 23) : « On a déjà convenu expressément que le rêve nous représentait quelquefois fidèlement et avec une exactitude merveilleuse des événements éloignés et que nous avions nous-mêmes oubliés. » Strümpell dit (p. 40) : « Il est curieux encore de remarquer que le rêve ressuscite dans leur fraîcheur originelle et leur intégrité les images de lieux, d’objets et de personnes ensevelies sous les alluvions les plus profondes que l’écoulement du temps puisse déposer sur les événements de notre prime jeunesse. Il ne s’agit pas seulement d’impressions qui dès leur naissance nous avaient frappé ou s’étaient unies à de fortes valeurs psychiques et qui reviendraient plus tard en rêve comme des souvenirs véritables que la conscience de veille serait heureuse de retrouver. Il y a, dans les profondeurs de notre mémoire de rêve, des images de personnes, de choses, de lieux et d’événements d’autrefois qui nous avaient médiocrement frappé, ou ne possédaient aucune valeur psychique ; ou qui, ayant perdu depuis longtemps l’une et l’autre qualités, nous paraissent totalement étrangères en rêve comme au réveil, jusqu’à ce que nous découvrions leur origine. » Volkelt note (p. 119) : « La manière dont nos souvenirs d’enfance et de jeunesse rentrent dans nos rêves est particulièrement remarquable. Le rêve nous rappelle inlassablement ce à quoi nous ne pensons plus, ce qui a perdu pour nous toute importance. » Le rêve disposant de souvenirs d’enfance qui sont pour la plupart hors de la mémoire consciente, nous avons des rêves hypermnésiques fort intéressants dont je voudrais donner quelques exemples : Maury raconte (le Sommeil, p. 92) que, dans son enfance, il était allé souvent de Meaux, sa ville natale, au village voisin de Trilport où son père dirigeait la construction d’un pont. Une nuit, en rêve, il se retrouve à Trilport, jouant dans les rues. Un homme qui porte une sorte d’uniforme s’approche de lui. Maury lui demande son nom. Il se nomme C…, est gardien du pont. Réveillé, Maury, doutant de l’exactitude de son souvenir, demande à une vieille servante qui était chez lui depuis son enfance si elle se rappelle un homme de ce nom. « Assurément, dit-elle, c’était le gardien du pont que votre père a fait construire. » La certitude des souvenirs d’enfance resurgis dans le rêve nous est encore démontrée par l’exemple, donné par Maury, d’un M. F… qui avait passé son enfance à Mont-brison . Vingt-cinq ans après en être parti, il résolut d’aller revoir sa ville natale et de rendre visite à de vieux amis de sa famille, qu’il n’avait pas vus depuis. La nuit avant son départ, il rêve qu’il est arrivé et que, près de Montbrison, il rencontre un inconnu qui lui dit qu’il est M. T…, ami de son père. Le sujet savait qu’étant enfant il avait connu un monsieur de ce nom, mais il ne se rappelait plus son aspect. Quelques jours plus tard, arrivé réellement à Montbrison, il retrouve le lieu vu en rêve, qu’il croyait ne pas connaître, et rencontre un monsieur en qui il reconnaît aussitôt M. T… de son rêve. Le personnage véritable était seulement beaucoup plus âgé que l’image du rêve. Je puis raconter ici un de mes propres rêves dans lequel l’impression qui revient à la mémoire est remplacée par une relation. Je voyais une personne dont je savais qu’elle était le médecin de mon pays natal. Son visage était indistinct et se confondait avec celui d’un des professeurs de mon lycée que je rencontre encore aujourd’hui. Réveillé, je ne pus découvrir quel rapport unissait ces deux personnes. Je parlai à ma mère de ce médecin, j’appris qu’il était borgne ; le professeur dont le visage se confondait dans mon rêve avec celui du médecin l’était aussi. Il y avait 38 ans que je n’avais plus vu le médecin et jamais à ma connaissance je n’avais pensé à lui, durant la veille, bien qu’une cicatrice au menton eût dû me rappeler une de ses interventions. Il semble que les observations de nombreux auteurs, selon lesquels la majorité des rêves peuvent être ramenés à des éléments datant des jours précédents, dussent contrebalancer le rôle excessif attribué aux impressions d’enfance dans la vie du rêve.