L’interprétation des rêves (1899)
Source importante d'éléments pour le rêve, notamment ceux que nous ne nous rappelons pas pendant la veille et que nous n’utilisons pas.
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Ces mots me frappent. Je fus éveillé tout à fait, et je me rappelai alors parfaitement les circonstances dans lesquelles j’avais recueilli, sans m’en douter, ce gracieux cliché souvenir. » Le même auteur (dans Vaschide, p. 233) raconte le fait suivant : Un musicien de ses amis entendit un jour en rêve une mélodie qui lui parut entièrement nouvelle. Il ne la trouva que plusieurs années après dans une vieille collection de morceaux de musique qu’il ne se rappelle toujours pas avoir eue auparavant entre les mains. Myers a publié (Proceedings of the Society for psychical Research) toute une collection de rêves hypermnésiques. Tous ceux qui se sont occupés de la question du rêve savent combien souvent il témoigne de connaissances et de souvenirs que l’on ne croyait pas posséder pendant la veille. Mes travaux psychanalytiques sur des nerveux – dont je parlerai plus tard – me donnent l’occasion, plusieurs fois par semaine, de prouver aux patients, grâce à leurs rêves, qu’il connaissent très bien des citations, des mots obscènes et bien d’autres choses semblables dont ils se servent pendant leurs rêves, bien qu’ils les oublient pendant la veille. Je voudrais communiquer encore un cas, très simple, d’hypermnésie pendant le rêve, parce qu’il est très aisé de retrouver la source d’où découlait la connaissance accessible au rêve seul. Au cours d’un long rêve, un patient rêva qu’il s’était fait servir dans un café une « Kontuszówka ». Il me demanda, après me l’avoir raconté, ce que cela pouvait bien être. Il n’avait jamais entendu ce nom. Je lui répondis que c’était une eau-de-vie polonaise dont il n’avait assurément pas inventé le nom en rêve : je l’avais vu, en effet, depuis longtemps déjà, sur des affiches. Il ne voulut d’abord pas me croire. Quelques jours après, ayant réalisé son rêve en allant au café, il remarqua ce nom sur une affiche au coin d’une rue où, depuis des mois, il passait au moins deux fois par jour. J’ai éprouvé moi-même quel rôle considérable joue le hasard dans la découverte de l’origine des divers éléments du rêve. L’image d’un certain clocher d’architecture très simple, et que je ne me rappelais pas avoir vu, m’a poursuivi pendant des années. Je le reconnus brusquement et avec une certitude entière dans une petite station entre Salzbourg et Reichenhall que j’avais traversée pour la première fois en 1886. Plus tard, comme je m’occupais beaucoup de l’étude du rêve, l’image d’un certain lieu bizarre qui revenait souvent dans mes songes m’était devenue insupportable. Je voyais à ma gauche, placée d’une certaine façon par rapport à moi, une pièce sombre d’où se détachaient plusieurs statues de grès grotesques. Une ombre de souvenir à laquelle je ne voulais pas me fier me faisait croire que c’était l’entrée d’une brasserie, mais je ne pouvais m’expliquer ni le sens de cette image, ni son origine. En 1907, je vins par hasard à Padoue où à mon grand regret je n’étais plus retourné depuis 1895. Ma première visite avait d’ailleurs été incomplète : je n’avais pu voir les fresques de Giotto à la Madonna dell’Arena et j’avais fait demi-tour en apprenant que ce jour-là la petite église était fermée. Lors de ma seconde visite, douze ans plus tard, je voulus reprendre le chemin de la Madonna dell’Arena. Sur la route qui y conduisait, à gauche, à l’endroit sans doute où j’avais dû faire demi-tour en 1885, je découvris l’endroit que j’avais si souvent vu en rêve et ses statues de grès. C’était bien l’entrée du jardin d’un restaurant. L’enfance est une des sources d’où le rêve tire le plus d’éléments, de ceux notamment que nous ne nous rappelons pas pendant la veille et que nous n’utilisons pas. Je citerai quelques-uns des auteurs qui ont souligné ce fait. Hildebrandt remarque (p. 23) : « On a déjà convenu expressément que le rêve nous représentait quelquefois fidèlement et avec une exactitude merveilleuse des événements éloignés et que nous avions nous-mêmes oubliés. »