Freud — Corpus & Glossaire

Développement du rêve en fonction des stimuli sensorielles

Le passage montre comment les stimuli sensorielles peuvent influencer le contenu des rêves, avec l'exemple de diverses expériences où des stimulations sont intentionnellement provoquées pour obtenir des rêves correspondants.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 12 · confiance 0.95

Le passage montre comment les stimuli sensorielles peuvent influencer le contenu des rêves, avec l'exemple de diverses expériences où des stimulations sont intentionnellement provoquées pour obtenir des rêves correspondants.

Voir le passage source
Une lumière plus forte peut frapper nos yeux, un bruit peut se faire entendre, un corps odorant peut impressionner notre muqueuse nasale. Nous pouvons, pendant notre sommeil, découvrir par un mouvement involontaire telle ou telle partie de notre corps et avoir ainsi une impression de froid, ou bien, en changeant de position, nous donner des sensations de pression et de contact. Une mouche peut nous piquer, un petit accident nocturne peut troubler plusieurs sens à la fois. On a réuni quantité de rêves dont le contenu correspondait si parfaitement au stimulus constaté au réveil qu’on pouvait reconnaître l’un comme source de l’autre. Je donne ici, d’après Jessen (p. 527), une série de rêves que l’on peut ramener à des stimulations sensorielles objectives, plus ou moins accidentelles. Chaque bruit plus ou moins clairement entendu éveille des images de rêves correspondantes : le roulement du tonnerre nous transportera au milieu d’une bataille, le chant du coq peut se transformer en cri d’angoisse, le grincement d’une porte peut nous faire rêver que des voleurs entrent dans la maison. Si, la nuit, nous perdons notre couverture, nous rêverons peut-être que nous nous promenons tout nu ou que nous sommes tombé dans l’eau. Si nous sommes couché en travers de notre lit et que nos pieds dépassent, il se peut que nous rêvions que nous sommes au bord d’un abîme effroyable ou que nous tombons d’une cime escarpée. Si par hasard nous mettons la tête sous l’oreiller, un énorme rocher sera suspendu sur notre tête, près de nous écraser. Une hypersécrétion spermatique engendre des rêves voluptueux, des douleurs locales donnent l’idée qu’on subit de mauvais traitements, que des ennemis nous attaquent ou que l’on a été blessé. « Meier ( Versuch einer Erklärung des Nachtwandelns, Halle, 1758, p. 33) rêva un jour qu’il avait été attaqué par des individus qui l’avaient étendu sur le sol et lui avaient planté un piquet entre le gros orteil et l’orteil voisin. Il se réveilla aussitôt et y trouva un brin de paille. D’après Hennings (1784, p. 258), il rêva encore, un jour où il avait serré trop fort sa chemise autour de son cou, qu’on le pendait. Hoffbauer rêva, dans sa jeunesse, qu’il était tombé d’un mur élevé et, en se réveillant, il constata que le bois de son lit s’était déboîté et qu’il était réellement tombé… Gregory raconte comment, un jour où il avait dans son lit une bouillotte d’eau chaude, il rêva qu’il faisait un voyage sur la cime de l’Etna et trouvait la chaleur du sol insupportable. Un autre, comme on lui avait mis sur la tête un vésicatoire, rêva qu’il était scalpé par les Indiens ; un troisième, qui dormait avec une chemise humide, croyait être emporté par un torrent. Un malade, sentant dans son sommeil le commencement d’un accès de goutte, croyait être tombé entre les mains de l’Inquisition et mis à la torture (Macnish). » La thèse fondée sur la ressemblance entre le stimulus et le contenu du rêve est encore renforcée si l’on parvient à obtenir, par des stimulations sensorielles préméditées, des rêves correspondants. D’après Macnish, Giron de Buzareingues avait déjà instauré des expériences de cette espèce. « Il laissa ses genoux découverts et rêva qu’il voyageait de nuit dans une chaise de poste. Il fait remarquer que tous les voyageurs connaissent ce froid aux genoux la nuit. Une autre fois, il ne se couvrit pas la tête et rêva qu’il assistait à une cérémonie religieuse en plein air. Dans le pays où il vivait, la coutume voulait que l’on gardât toujours la tête couverte, sauf précisément dans l’occasion en question. » Maury communique des observations analogues de rêves obtenus par lui-même (une série d’autres essais ne donna pas de résultats) : 1. On lui chatouille les lèvres et le bout du nez avec une plume. – Il rêve d’une torture effroyable. On lui a mis un masque de poix sur le visage, puis on l’a arraché, de sorte que la peau a suivi. 2. On heurte des ciseaux et une paire de pincettes. – Il entend le son des cloches, puis le tocsin, et se retrouve en juin 1848. 3. On lui fait sentir de l’eau de Cologne. – Il est au Caire dans la boutique de Jean-Marie Farina.