L’interprétation des rêves (1899)
Des rêves qui sont provoqués par le son d'un réveil, comme si le rêve tout entier avait été fait exprès pour cela.
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3. On lui fait sentir de l’eau de Cologne. – Il est au Caire dans la boutique de Jean-Marie Farina. D’autres folles aventures qu’il ne peut pas raconter se rattachent à cela. 4. On le pince légèrement à la nuque. – Il rêve qu’on lui met un vésicatoire et pense à un médecin qui l’a soigné dans son enfance. 5. On approche un fer chaud de son visage. – Il rêve qu’une bande de « chauffeurs » s’est introduite dans la maison et que l’on oblige chacun à donner son argent en lui mettant les pieds sur des charbons ardents. Puis vient la duchesse d’Abrantès, dont il est le secrétaire dans son rêve 7 . 8. On lui verse une goutte d’eau sur le front. – Il rêve qu’il est en Italie, qu’il transpire énormément et boit du vin blanc d’Orvieto. 9. On fait tomber sur lui, à diverses reprises, la lumière d’une bougie à travers un papier rouge. – Il rêve d’orage, de chaleur et se retrouve dans une tempête qu’il a éprouvée un jour, comme il traversait la Manche. Hervey de Saint-Denis, Weygandt, etc., ont fait d’autres essais de production expérimentale de rêves. On a fait remarquer de divers côtés « la merveilleuse habileté avec laquelle le rêve introduit dans ses créations des impressions brusques venues du monde des sens de telle sorte qu’elles y prennent l’aspect d’une catastrophe préparée dès longtemps » (Hildebrandt). « Quand j’étais jeune, raconte cet auteur, je me servais d’un réveil pour me réveiller régulièrement le matin. Il m’est arrivé des centaines de fois de constater que le son de cet instrument entrait dans un rêve qui me paraissait très long et très cohérent, comme si le rêve tout entier avait été fait exprès pour cela et avait trouvé en lui sa fin normale et inévitable et le but qui lui était naturellement assigné. » Je citerai un peu plus loin trois de ces rêves de réveil-matin qui soulèvent encore d’autres questions. Volkelt (p. 68) raconte : « Un compositeur rêvait un jour qu’il faisait un cours. Il voulait précisément expliquer quelque chose à ses élèves. Il achève et se tourne vers un des garçons en demandant : “As-tu compris ?” Celui-ci crie, comme un possédé : “0 ja !” (Oh oui !). Fâché il lui interdit de crier. Mais toute la classe criait déjà : “Orja !” – puis “Eurjo !” – et enfin “Feuerjo !” (Au feu !) Et il se réveilla à cause du cri “Au feu !” qui retentissait réellement dans la rue. » Garnier (Traité des facultés de l’âme, 1865), cité par Radestock, rapporte que Napoléon avait été arraché, par l’explosion de la machine infernale, à un rêve, tandis qu’il dormait dans sa voiture : il se trouvait au passage du Tagliamento et entendait la canonnade autrichienne, quand l’appel : « Nous sommes minés ! » le réveilla. Un rêve de Maury est parvenu à une grande célébrité (p. 161). Il était souffrant et couché, sa mère était assise près de lui. Il rêvait de la Terreur, traversait d’effroyables scènes de meurtre et était enfin cité devant le Tribunal Révolutionnaire. Il voyait là Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville et tous les tristes héros de cette effroyable époque, leur parlait, était condamné, après divers incidents qu’il ne pouvait se rappeler, et ensuite conduit au lieu d’exécution, accompagné d’une foule innombrable. Il monte sur l’échafaud, le bourreau l’attache sur la planche, elle bascule, le couteau de la guillotine tombe, il sent la tête séparée du tronc, s’éveille dans une angoisse épouvantable – et s’aperçoit que le ciel de lit était tombé et que son cou avait été réellement atteint comme par le couteau d’une guillotine. À ce rêve se rattache une intéressante discussion de Le Lorrain et d’Egger dans la Revue philosophique. Elle portait sur le point de savoir s’il était réellement possible et comment il était possible au sujet, dans le court espace de temps qui sépare la perception du stimulus d’éveil du réveil, de réunir un si riche contenu dans son rêve. Des exemples de cet ordre font apparaître les stimulations sensorielles objectives pendant le sommeil comme les sources de rêve les mieux établies. Elles constituent à peu près tout le capital de connaissances du public sur cette question.