Freud — Corpus & Glossaire

Relâchement de l'attention

Une certaine passivité mentale nécessaire pour que les hallucinations hypnagogiques apparaissent.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 16 · confiance 0.90

Une certaine passivité mentale nécessaire pour que les hallucinations hypnagogiques apparaissent.

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Je ne sais où est d’abord apparue l’idée de considérer, outre les stimulations extérieures, l’excitation interne (subjective) des appareils sensoriels ; il est de fait que tous les travaux modernes sur l’étiologie du rêve le font plus ou moins expressément. Wundt (p. 363) déclare : « Les impressions subjectives visuelles ou auditives, qui, pendant la veille, apparaissent comme un chaos lumineux dans notre champ visuel obscur ou comme des tintements ou des sifflements dans les oreilles, les excitations subjectives de la rétine surtout, me paraissent encore jouer un rôle essentiel dans les illusions du rêve. Ainsi s’explique l’étrange tendance du rêve à enchanter nos yeux par quantité d’objets semblables ou du moins ressemblants. Nous voyons devant nous des oiseaux innombrables, quantité de papillons, de poissons, des perles bigarrées, des fleurs, etc. La poussière lumineuse de notre champ visuel obscur a pris des formes fantastiques, et les points lumineux qui la composent apparaissent dans le rêve comme autant d’images séparées dont la mobilité de ce chaos lumineux fait autant d’objets mouvants. De là vient, semble-t-il, la tendance du rêve à imaginer des espèces variées d’animaux, dont la richesse de formes est liée à l’aspect des images lumineuses subjectives. » Considérées comme source des images de rêve, les excitations sensorielles subjectives ont sur les excitations objectives l’avantage de ne pas dépendre des hasards extérieurs. L’explication en dispose à son gré. En revanche, elles ne se prêtent que médiocrement ou pas du tout à l’observation et à l’expérience. La principale preuve de leur capacité de provoquer des rêves est l’existence d’hallucinations hypnagogiques, décrites par J. Müller comme des « apparitions visuelles fantastiques ». Ce sont des images très vives et changeantes qui se produisent assez régulièrement chez nombre d’individus au moment où ils s’endorment, qui peuvent apparaître aussi au réveil et persister quelques instants après qu’ils ont ouvert les yeux. Maury, qui y était fortement sujet, les a étudiées d’une manière pénétrante et a soutenu qu’elles étaient en relation directe avec les images du rêve et même qu’elles leur étaient identiques (comme d’ailleurs J. Müller l’avait affirmé déjà). Il faut, dit Maury, pour qu’elles apparaissent, une certaine passivité mentale, un relâchement de l’attention (p. 59 sq.). Il suffit de tomber une seconde dans cette sorte de léthargie pour avoir, pourvu que l’on y soit prédisposé, une hallucination hypnagogique, après laquelle on peut d’ailleurs se réveiller, puis recommencer, jusqu’à ce que le sommeil véritable vienne y mettre fin. Si l’on se réveille encore au bout de peu de temps, on peut, à ce qu’affirme Maury, reconnaître que l’on a eu dans son rêve des images identiques à celles qui étaient d’abord apparues sous forme d’hallucinations hypnagogiques (p. 134). Maury vit ainsi, au moment où il s’endormait, une série de figures grotesques et grimaçantes, aux coiffures bizarres, dont l’inimaginable persistance lui pesait ; après le réveil, il se rappela en avoir rêvé. Une autre fois, alors que, s’étant imposé une diète stricte, il avait faim, il eut l’image hypnagogique d’un plat et d’une main armée d’une fourchette qui y prenait des aliments. Il rêva qu’il se trouvait devant une table chargée de victuailles et entendit le bruit que faisaient les dîneurs avec leurs fourchettes. Une autre fois, ayant les yeux échauffés et douloureux, il eut l’hallucination hypnagogique de petits signes microscopiques qu’il devait déchiffrer un à un avec une grande attention ; réveillé au bout d’une heure, il se rappela avoir rêvé d’un livre ouvert, imprimé en très petits caractères, qu’il avait dû lire avec peine. Des hallucinations auditives de mots, de noms, etc., peuvent apparaître pareillement d’une manière hypnagogique, puis se répéter dans le rêve, comme une ouverture d’opéra présente déjà le leitmotiv de l’œuvre qui va être représentée. Plus récemment, G. Trumbull Ladd a fait des observations analogues.