Freud — Corpus & Glossaire

Transsubstantiation de la sensation en image de rêve

Processus par lequel une sensation éveillée évoque une image parente et forme avec elle un ensemble organique, à l'égard duquel la conscience se comporte autrement que normalement ; cette conception est proposée par Krauss (p. 24)

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 19 · confiance 0.95

Processus par lequel une sensation éveillée évoque une image parente et forme avec elle un ensemble organique, à l'égard duquel la conscience se comporte autrement que normalement ; cette conception est proposée par Krauss (p. 24)

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Mais ces impressions organiques s’imposent à notre attention pendant la nuit, quand l’action étourdissante des sensations du jour a cessé, de même que, la nuit, nous entendons le bruit de la source que nous ne pouvions percevoir pendant la journée. Mais l’esprit ne pourrait-il réagir à ces stimuli autrement qu’il a coutume ? Il leur donne donc la forme de l’espace et du temps, il leur fait suivre la loi de la causalité : ainsi naît le rêve. Scherner et après lui Volkelt se sont efforcés de préciser les relations qui existent entre les stimuli organiques et les images du rêve. Nous considérerons leur conception plus en détail dans notre chapitre sur les théories du rêve. Le psychiatre Krauss a, dans une recherche très systématique, cru pouvoir déduire l’origine du rêve, comme celle des délires et idées délirantes, d’un même élément : une sensation conditionnée organiquement. Il n’est pas d’endroit de notre organisme qui ne puisse donner lieu à un rêve ou à une représentation délirante. Ces sensations déterminées organiquement peuvent être réparties en deux groupes : 1° la tonalité générale (cénesthésie) ; 2° les sensations spécifiques immanentes au système de la vie végétative ; on y distingue cinq groupes : a) sensations musculaires, b) sensations pneumatiques, c) sensations gastriques, d) sensations sexuelles, e) sensations périphériques (p. 33 du second article). Krauss suppose que l’apparition des images de rêve à partir des stimuli organiques se passe de la manière suivante : la sensation éveillée évoque d’après une quelconque loi d’association une image parente et forme avec elle un ensemble organique. La conscience se comporte à l’égard de cet ensemble autrement qu’il n’est normal ; elle ne prête aucune attention à la sensation elle-même, mais se tourne tout entière vers les images qui l’accompagnent ; de là vient d’ailleurs que l’on a si longtemps méconnu ces faits (p. 11 sq.). Krauss donne à ce processus le nom de transsubstantiation de la sensation en image de rêve (p. 24). Si l’influence des stimuli organiques sur la formation du rêve est aujourd’hui à peu près universellement reconnue, le problème des relations exactes entre les deux reçoit des réponses très diverses et souvent obscures. La tâche que devra remplir dans ce domaine l’interprétation du rêve sera de ramener le contenu du rêve aux stimuli organiques qui l’ont provoqué. Si l’on ne veut pas adopter les règles d’interprétation de Schemer, on se trouve souvent placé devant un fait fâcheux : les sources des stimuli organiques ne sont relevées que par le contenu du rêve. Toutefois, certaines formes de rêves que l’on peut dire « typiques », tant elles reparaissent chez de nombreuses personnes avec le même contenu, sont interprétées d’une manière à peu près concordante. Ce sont les rêves bien connus de chute d’une hauteur, de perte de dent, de vol dans les airs, ou de grand embarras parce que l’on est nu ou mal habillé. Ce dernier rêve proviendrait simplement du fait que l’on a rejeté ses couvertures. Le rêve de perte de dent serait dû à une stimulation dentaire qui n’est pas nécessairement morbide. Dans le rêve de vol, l’esprit interpréterait, selon Strümpell (qui ici suit Scherner), le stimulus produit par le va-et-vient respiratoire à un moment où la sensation cutanée du thorax cesse d’être consciente, ce qui contribue à donner l’illusion que l’on plane. La chute d’une hauteur serait causée par le fait qu’un bras aurait glissé ou qu’un genou se serait brusquement détendu à un moment où l’on perdait conscience de la sensation de pression cutanée ; les mouvements du bras et du genou provoquent une reprise de conscience brusque qui s’incarne dans un rêve de chute (Strümpell, p. 118). La faiblesse de ces essais d’explication plausible vient visiblement de ce que sans raison on fait apparaître ou disparaître tel ou tel groupe de sensations organiques jusqu’à ce que l’on ait composé la constellation favorable à l’explication. J’aurai plus loin l’occasion de revenir sur les rêves typiques et leur mode de production.