L’interprétation des rêves (1899)
Le passage montre que Freud considère que les intérêts qui se continuent de la veille au sommeil constituent un lien psychique entre le rêve et la vie.
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La faiblesse de ces essais d’explication plausible vient visiblement de ce que sans raison on fait apparaître ou disparaître tel ou tel groupe de sensations organiques jusqu’à ce que l’on ait composé la constellation favorable à l’explication. J’aurai plus loin l’occasion de revenir sur les rêves typiques et leur mode de production. Max Simon s’est efforcé, en comparant une série de rêves analogues, de trouver quelques règles précisant le rapport entre les stimuli organiques et les rêves qu’ils déterminent. Il dit (p. 34) : Quand un organe qui doit normalement participer à l’expression d’un affect se trouve, pour quelque autre motif, dans un état d’excitation analogue pendant le sommeil, le rêve qui en résulte contient des représentations qui se rapportent à cet affect. Il énonce plus loin (p. 35) cette autre règle : Quand, pendant le sommeil, un organe est actif, excité ou troublé, le rêve apporte des représentations qui sont en relation avec l’exercice de la fonction de cet organe. Mourly Vold (1896) a entrepris de prouver expérimentalement, pour un seul domaine, l’influence supposée des stimuli somatiques sur l’apparition du rêve. Il changeait la position des membres du dormeur et comparait les rêves obtenus avec ces changements. Voici les résultats qu’il donne : 1. La position d’un membre pendant le rêve correspond à peu près à sa position réelle : on rêve d’une attitude statique qui correspond à l’attitude vraie. 2. Quand on rêve du mouvement d’un membre, c’est parce qu’une des attitudes que l’on aurait pu prendre pendant ce mouvement correspond à l’attitude réelle. 3. On peut, en rêve, attribuer à une autre personne la position de ses propres membres. 4. On peut aussi rêver que le mouvement dont il s’agit est empêché. 5. Le membre qui est dans une position donnée peut apparaître en rêve comme un animal ou un monstre ; il y a dans ce cas une certaine analogie de forme entre l’un et l’autre. 6. La position d’un membre peut éveiller dans le rêve des pensées qui ont quelque rapport avec ce membre. Par exemple on rêvera que l’on compte si l’on remue ses doigts. Je conclurais volontiers de ces résultats que la théorie de la stimulation somatique ne peut pas non plus expliquer entièrement l’apparente liberté que conservent les images évoquées dans les rêves 10 . 4. Les sources psychiques de la stimulation Quand nous avons traité des rapports du rêve et de la veille et de l’origine des matériaux mis en œuvre par le rêve, nous avons vu que, des plus anciens aux plus modernes, les auteurs qui ont étudié le rêve ont cru que les hommes rêvaient de ce qu’ils faisaient pendant le jour, de ce qui les intéressait pendant la veille. Cet intérêt qui se continuait de la veille au sommeil n’était pas seulement le lien psychique qui rattachait le rêve à la vie, il nous indiquait encore une source de rêves qui n’était pas à dédaigner et qui, jointe aux intérêts qui se développent pendant le sommeil, aux stimulations qui frappent le dormeur, devait suffire à expliquer l’origine de toutes les images de rêve. Mais nous avons vu aussi la contrepartie : le rêve détourne le dormeur des intérêts de la journée, et – le plus souvent – nous ne rêvons des choses qui nous ont le plus fortement impressionnés durant le jour que lorsqu’elles ont perdu pour notre vie éveillée l’intérêt de l’actualité. C’est ainsi qu’en analysant la vie du rêve nous avons eu à chaque instant l’impression qu’il ne convenait pas d’édicter des règles générales sans les restreindre par des « fréquemment », « en général », « le plus souvent », et sans annoncer des exceptions. Si nos préoccupations de veille, jointes aux stimuli internes et externes qui nous viennent pendant le sommeil, suffisaient à expliquer l’étiologie du rêve, nous pourrions rendre compte de l’origine de tous les éléments d’un rêve ; l’énigme serait éclaircie, et il ne nous resterait plus qu’à délimiter, dans chaque rêve, la part prise par les stimuli psychiques et celle prise par les stimuli somatiques. En réalité, on n’a encore jamais pu donner cette explication totale pour aucun rêve : ceux qui l’ont essayé ont dû laisser inexpliqués des fragments de rêve parfois très étendus.