Freud — Corpus & Glossaire

Rôle des facteurs psychiques dans l'instigation des rêves

Les auteurs distinguent entre l'excitation nerveuse et le rêve d'association. Ils ne peuvent pas définir ce rêve d'association pur, mais pensent que les associations reproductrices ne s'y rattachent qu'ensuite.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 21 · confiance 0.90

Les auteurs distinguent entre l'excitation nerveuse et le rêve d'association. Ils ne peuvent pas définir ce rêve d'association pur, mais pensent que les associations reproductrices ne s'y rattachent qu'ensuite.

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Si nos préoccupations de veille, jointes aux stimuli internes et externes qui nous viennent pendant le sommeil, suffisaient à expliquer l’étiologie du rêve, nous pourrions rendre compte de l’origine de tous les éléments d’un rêve ; l’énigme serait éclaircie, et il ne nous resterait plus qu’à délimiter, dans chaque rêve, la part prise par les stimuli psychiques et celle prise par les stimuli somatiques. En réalité, on n’a encore jamais pu donner cette explication totale pour aucun rêve : ceux qui l’ont essayé ont dû laisser inexpliqués des fragments de rêve parfois très étendus. La part des intérêts du jour comme source psychique du rêve est loin d’être aussi grande que celle que l’on pourrait attendre, après l’affirmation que chacun traîne avec lui dans le sommeil ses préoccupations quotidiennes. On ne connaît pas d’autres causes psychiques des rêves. Ainsi toutes les explications proposées par les auteurs – sauf celle de Scherner dont nous parlerons plus tard – laissent subsister une grande lacune : on ne sait comment se forment les images caractéristiques du rêve. La plupart des auteurs, embarrassés par cette question, ont eu tendance à diminuer le plus possible ce qu’ils ne pouvaient que si difficilement expliquer : le rôle joué par les facteurs psychiques dans l’instigation des rêves. Ils distinguent à la vérité l’excitation nerveuse et le rêve d’association : ce dernier trouve son origine dans la reproduction seule (Wundt, p. 365) ; mais ils ne peuvent résoudre la question de savoir « si ces rêves se présentent sans excitation organique à leur point de départ » (Volkelt, p. 127). Ils n’arrivent pas non plus à définir ce rêve d’association pur : « Dans le rêve d’association proprement dit, on ne peut parler d’un noyau solide. Les groupements flottants s’installent au centre même du rêve. La vie des représentations, qui est toujours indépendante de toute raison et de tout entendement, n’est plus même maintenue ici par les excitations somatiques et psychiques importantes, aussi est-elle abandonnée à sa propre activité bigarrée, à son joyeux désordre » (Volkelt, p. 118). Wundt essaie de diminuer la part du facteur psychique dans la création des rêves en affirmant que l’on a tort de voir dans les fantasmes du rêve de pures hallucinations. Il semble que la plupart des représentations du rêve soient en réalité des illusions, car elles partent de très légères impressions sensorielles qui ne disparaissent jamais dans le sommeil » (p. 359 sq.). Weygandt a fait sien ce point de vue et l’a généralisé. Il pense que les stimuli sensoriels sont la cause immédiate de toutes les représentations du rêve et que les associations reproductrices ne s’y rattachent qu’ensuite (p. 17). Tissié réduit plus encore la part des excitations d’origine psychique : « Les rêves d’origine absolument psychique n’existent pas » (p. 183), et ailleurs (p. 6) : « Les pensées de nos rêves nous viennent du dehors. » Les auteurs qui prennent, comme Wundt, une position moyenne ont soin de faire remarquer que, dans la plupart des rêves, des stimuli somatiques et des motifs psychiques provenant des préoccupations de la journée ou d’origine ignorée agissent ensemble. Nous verrons plus loin que l’énigme de la formation du rêve peut être résolue par la découverte d’une source de stimulation psychique insoupçonnée. En attendant, il convient de ne pas nous étonner de la part excessive que l’on a faite, dans la formation des rêves, aux stimuli qui ne proviennent pas de la vie mentale. En effet, ils sont aisés à trouver et on peut s’en assurer par des expériences ; de plus, la conception somatique de l’interprétation du rêve correspond aux tendances qui dominent actuellement la psychiatrie. On insiste sans doute sur la prépondérance du cerveau dans l’organisme, mais tout ce qui pourrait indiquer une indépendance de la vie mentale à l’égard de modifications organiques démontrables, ou une spontanéité dans les manifestations de cette même vie, effraie aujourd’hui les psychiatres, comme si, en reconnaissant ces faits, on ramenait les temps de la philosophie de la nature et de l’essence métaphysique de l’âme.