L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 22 · confiance 0.95
Phénomène complexe qui explique pourquoi les rêves sont souvent oubliés au réveil. Il est lié à l'intensité des images de rêve, leur fréquence d'apparition et leur ordre.
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En effet, ils sont aisés à trouver et on peut s’en assurer par des expériences ; de plus, la conception somatique de l’interprétation du rêve correspond aux tendances qui dominent actuellement la psychiatrie. On insiste sans doute sur la prépondérance du cerveau dans l’organisme, mais tout ce qui pourrait indiquer une indépendance de la vie mentale à l’égard de modifications organiques démontrables, ou une spontanéité dans les manifestations de cette même vie, effraie aujourd’hui les psychiatres, comme si, en reconnaissant ces faits, on ramenait les temps de la philosophie de la nature et de l’essence métaphysique de l’âme. La méfiance des psychiatres a mis l’âme en tutelle ; aucun de ses mouvements ne doit laisser deviner en elle un pouvoir propre. Une pareille attitude témoigne d’une confiance médiocre dans la solidité de l’enchaînement causal entre le corps et l’esprit. Souvent, là où le psychique paraît être la cause primaire d’un phénomène, une recherche plus profonde arrive à en découvrir les fondements organiques. Mais il ne faudrait pas dissimuler le psychique là où il est, ou semble être, l’aboutissement momentané de nos connaissances. IV. Pourquoi au réveil oublie-t-on les rêves ? On sait que le rêve se dissipe au matin. On peut cependant se le rappeler. En effet, nous ne connaissons le rêve que par nos souvenirs après le réveil ; mais nous croyons fort souvent que nos souvenirs sont incomplets, que la nuit était plus riche. Nous pouvons observer comment les souvenirs d’un rêve, très vifs encore le matin, s’émiettent dans le cours de la journée. Nous savons souvent que nous avons rêvé, mais non pas ce que nous avons rêvé et nous admettons si bien qu’un rêve puisse être oublié que nous ne voyons rien d’absurde dans le fait que nous ne nous rappelons rien ni du contenu ni de la réalité d’un rêve de la nuit. Il arrive par contre que des rêves persistent dans notre mémoire d’une manière exceptionnelle. J’ai analysé des rêves de mes malades qui dataient de plus de 25 ans, et je me rappelle un de mes propres rêves, d’il y a au moins 37 ans, qui n’a rien perdu de sa fraîcheur. Tout cela est étrange et difficile à comprendre d’abord. C’est Strümpell qui a traité le plus longuement de l’oubli des rêves. Cet oubli doit être un phénomène complexe, car Strümpell ne le ramène pas à un seul motif, mais à toute une série. Tout d’abord, les faits qui provoquent l’oubli pendant la veille agissent également pour le rêve. Nous oublions aussitôt un très grand nombre de sensations et de perceptions parce qu’elles étaient trop faibles, parce que l’excitation mentale qui s’y attachait était trop menue. C’est aussi le cas de beaucoup d’images de rêve, elles sont oubliées parce qu’elles étaient trop faibles, tandis que nous nous rappelons des images voisines plus fortes. Mais l’intensité seule ne peut décider du maintien des images de rêve. Strümpell convient, avec d’autres auteurs (Calkins), que souvent on oublie des images de rêve dont on sait qu’elles étaient très vives, tandis que l’on conserve dans sa mémoire des images beaucoup plus faibles, des ombres d’images. Il note que, pendant la veille, nous oublions aisément ce qui ne s’est passé qu’une fois, et retenons bien mieux ce que nous avons perçu à diverses reprises ; or la plupart des images de rêve n’apparaissent qu’une fois 11 , et cette particularité contribue sans doute à leur oubli. Une troisième cause d’oubli est plus importante. Pour que nous puissions nous rappeler des sensations, des représentations, des pensées, elles ne doivent pas demeurer isolées, mais avoir entre elles des liaisons et des associations adéquates. Il est très difficile d’apprendre les mots d’un vers si on les bouleverse. « S’ils sont rangés et s’ils se suivent correctement, les mots s’aident les uns les autres et le tout est bien compréhensible et demeure dans la mémoire aisément et longtemps. Il est aussi difficile et rare de retenir des paroles insensées que des paroles confuses et sans ordre. » Or, dans la plupart des cas, le rêve manque d’ordre et de clarté.
L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 23 · confiance 0.95
Le passage explique plusieurs facteurs qui contribuent à l'oubli des rêves, tels que la désorganisation du rêve, le changement de conscience lors du réveil, la prise d'attention faible accordée aux rêves par la plupart des hommes et l'ajout involontaire de la conscience éveillée au souvenir du rêve.
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Il est très difficile d’apprendre les mots d’un vers si on les bouleverse. « S’ils sont rangés et s’ils se suivent correctement, les mots s’aident les uns les autres et le tout est bien compréhensible et demeure dans la mémoire aisément et longtemps. Il est aussi difficile et rare de retenir des paroles insensées que des paroles confuses et sans ordre. » Or, dans la plupart des cas, le rêve manque d’ordre et de clarté. La façon dont nos rêves sont composés empêche de les retenir, et nous les oublions parce que, le plus souvent, ils se désorganisent aussitôt. – Toutefois Radestock (p. 168) prétend avoir remarqué que les rêves les plus étranges étaient précisément ceux que nous retenions le mieux, ce qui ne s’accorde guère avec ce qui précède. Strümpell croit découvrir dans les relations entre le rêve et la veille des facteurs d’oubli plus actifs encore. Si la conscience éveillée oublie le rêve, c’est justement parce que celle-ci ne se charge (presque) jamais de souvenirs bien ordonnés de la vie de veille, mais n’en prend que des fragments qu’il détache de leur cadre psychique habituel. Ainsi le rêve ne peut trouver place dans l’ensemble des séries psychiques qui remplissent l’esprit. Il n’a pas de repère qui le rappelle. « C’est dans ces conditions que les formations du rêve se détachent du sol de notre vie mentale et planent au-dessus comme plane dans le ciel un nuage que dissipe bientôt un souffle plus vigoureux » (p. 87). Un autre fait agit dans le même sens. Dès le réveil, le monde des sensations accapare l’attention tout entière et bien peu d’images du rêve peuvent se maintenir. Elles s’évanouissent devant les impressions du jour nouveau comme l’éclat des astres devant la lumière du soleil. Enfin, il faut songer que la plupart des hommes ne prêtent guère d’attention à leurs rêves. Quand un chercheur s’intéresse pendant quelque temps aux rêves, il rêve davantage, ce qui signifie sans doute qu’il se rappelle plus aisément et plus fréquemment ses rêves. Bonatelli (cité par Benini) ajoute deux autres motifs d’oubli (ils semblent à la vérité contenus dans le précédents) : 1° le passage du sommeil à la veille produit un changement dans la cenesthésie qui défavorise le souvenir mutuel de chacun de ces états ; 2° l’ordre différent du matériel représentatif dans le rêve le rend pour ainsi dire intraduisible à la conscience éveillée. Ainsi que Strümpell le fait remarquer lui-même, on s’étonne, devant tous ces motifs d’oubli, que tant de rêves demeurent dans notre mémoire. L’effort continuel des auteurs pour trouver les lois de la mémoire des rêves peut être interprété comme l’aveu qu’il y a là aussi quelque chose d’énigmatique et d’inexpliqué. On a remarqué récemment, avec raison, certaines particularités du souvenir du rêve, par exemple un rêve que l’on croyait oublié le matin peut être rappelé dans la journée par une perception, qui en évoque par hasard le contenu oublié (Radestock, Tissié). Mais le rappel complet d’un rêve est sujet à caution : nos souvenirs, qui abandonnent une si grande partie du contenu du rêve, ne faussent-ils pas ce qu’ils conservent ? Strümpell émet des doutes sur l’exactitude de la reproduction du rêve : « Il arrive qu’involontairement la conscience de veille ajoute beaucoup au souvenir du rêve : on s’imagine avoir rêvé toutes sortes de choses que ne contenait pas le rêve véritable. » Jessen est encore plus affirmatif (p. 547) : « Quand on examine et qu’on interprète des rêves cohérents et ordonnés, il faut considérer une circonstance à laquelle on a accordé peu d’attention jusqu’ici : ils ne sont pas tout à fait véridiques, parce que, quand nous rappelons un rêve à notre mémoire, nous comblons les lacunes ou nous complétons certaines de ses images sans le remarquer ou sans le vouloir. Un rêve cohérent l’est rarement, ne l’a peut-être jamais été, autant que dans notre souvenir. Il est à peu près impossible, même à l’homme sincère, de raconter sans aucune adjonction et sans aucun embellissement un rêve étonnant qu’il a eu : la tendance de l’esprit humain à tout enchaîner est si grande que, lorsqu’il se rappelle un rêve quelque peu incohérent, il supplée involontairement à ses lacunes. » V.