Freud — Corpus & Glossaire

Activité intellectuelle

L'activité mentale de la veille est faite de concepts, selon Freud. Le rêve, au contraire, est presque entièrement fait d'images.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 25 · confiance 0.95

L'activité mentale de la veille est faite de concepts, selon Freud. Le rêve, au contraire, est presque entièrement fait d'images.

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Mais la pensée de Fechner nous apparaîtra sagace et féconde, si nous l’appliquons à l’appareil psychique, que nous supposerons formé d’instances successives. D’autres auteurs se sont contentés de faire ressortir l’une ou l’autre des particularités psychologiques tangibles du rêve et d’en faire le point de départ d’explications générales. On a remarqué avec raison qu’une des particularités essentielles du rêve apparaît dès le moment où l’on s’endort et peut être mise au nombre des phénomènes qui introduisent le sommeil. L’activité intellectuelle de la veille est faite, d’après Schleiermacher (p. 351), de concepts et non d’images. La pensée du rêve est presque toute faite d’images ; on peut remarquer que le sommeil s’annonce en quelque sorte par la diminution progressive de l’activité volontaire ; en même temps des représentations involontaires, qui appartiennent toutes à la classe des images, s’imposent à nous. L’impossibilité d’une activité volontaire représentative et l’émergence d’images, habituellement liée à ces états de désagrégation, sont deux caractères qui persistent dans le rêve et que son analyse psychologique nous fera accepter comme deux traits essentiels. Pour ce qui est de ces images – des hallucinations hypnagogiques –, nous savons que leur contenu même est identique à celui des images du rêve 12 . Le rêve pense donc surtout par images visuelles, mais il n’exclut pas les autres images. Il emploie aussi des images auditives, et, dans une mesure plus restreinte, des impressions provenant des autres sens. Bien des choses sont seulement pensées ou représentées par des restes d’images verbales, comme dans la veille. Toutefois, seuls les éléments qui se comportent comme des images, c’est-à-dire qui ressemblent plus à des perceptions qu’à des figures mnésiques, sont caractéristiques du rêve. Si nous laissons de côté toutes les discussions bien connues des psychiatres sur la nature de l’hallucination, nous pourrons déclarer, avec tous les auteurs informés, que le rêve « halluciné », qu’il remplace les pensées par des hallucinations. De ce point de vue, il n’y a pas de différence entre les figures visuelles et les figures auditives ; on a remarqué que, lorsqu’on s’endort avec le souvenir d’une suite de sons, cette même mélodie se transforme en hallucination pendant le sommeil ; si l’on se réveille à demi, ce qui peut arriver à diverses reprises, la figure mnésique, plus discrète et qualitativement différente, reparaît à la place de la mélodie. La transformation de la représentation en hallucination n’est pas le seul point sur lequel le rêve diffère d’une pensée de veille qui pourrait lui correspondre. Le rêve organise ces images en scène, il représente les choses comme actuelles, il dramatise une idée, selon l’expression de Spitta (p. 145). Il faut ajouter, pour caractériser pleinement cet aspect de la vie du rêve, qu’en rêve – le plus souvent : les exceptions exigent des explications spéciales – nous ne croyons pas penser, mais vivre des événements ; nous avons donc une foi entière dans nos hallucinations. Lors du réveil seulement, nous critiquons et reconnaissons que nous n’avons pas vécu ces choses, mais les avons pensées d’une manière particulière, rêvées. C’est par ce caractère que le rêve véritable se distingue de la rêverie de la veille : nous ne confondons jamais celle-ci avec la réalité. Burdach a condensé dans les formules suivantes les caractères du rêve que nous venons de considérer (p. 476) : « Il faut ranger parmi les traits essentiels du rêve : a) le fait que l’activité subjective de notre esprit nous paraît objective, parce que notre perception accepte les produits de l’imagination comme des excitations sensibles ;… b) le fait que le sommeil supprime la maîtrise de soi ; c’est pourquoi il faut, pour s’endormir, une certaine passivité… Il faut un certain abandon de la maîtrise de soi, pour que les images du sommeil apparaissent. » Il nous faut voir maintenant comment on a essayé d’expliquer la crédulité de l’esprit vis-à-vis des hallucinations du rêve, qui ne peuvent apparaître qu’après l’organisation d’une certaine activité propre.