L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 26 · confiance 0.90
Le détachement du monde extérieur est considéré comme déterminant de la vie du rêve, car l'esprit s'isole du monde extérieur pendant le sommeil (p. 457).
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Il faut un certain abandon de la maîtrise de soi, pour que les images du sommeil apparaissent. » Il nous faut voir maintenant comment on a essayé d’expliquer la crédulité de l’esprit vis-à-vis des hallucinations du rêve, qui ne peuvent apparaître qu’après l’organisation d’une certaine activité propre. Strümpell indique que l’esprit se comporte à cette occasion d’une manière correcte et conforme à son mécanisme. Les éléments du rêve ne sont pas de simples représentations, mais des expériences mentales véritables et réelles semblables à celles qui sont faites durant la veille par l’entremise des sens (p. 34). Pendant la veille, l’esprit se représente et pense en images verbales et en langage ; pendant le rêve, par de véritables images sensorielles (p. 35). De plus, le rêve connaît une conscience de l’espace, et, comme la veille, il situe ses sensations et ses images dans un espace extérieur (p. 36). Il faut donc convenir que l’esprit est à l’égard de ses images et de ses perceptions dans la même situation que pendant la veille (p. 43). S’il se trompe toutefois, c’est que, pendant le sommeil, le critérium qui seul peut décider de l’origine extérieure ou intérieure des perceptions sensorielles lui manque : il ne peut soumettre ses images à l’épreuve qui garantit leur réalité objective. Outre cela, il néglige la différence qui existe entre des images que l’on peut changer entre elles à volonté et d’autres où cette volonté ne peut agir. Il se trompe parce qu’il ne peut appliquer la loi de causalité au contenu de son rêve (p. 58). Bref, l’esprit croit au monde subjectif du rêve parce qu’il s’est détourné du monde extérieur. Delbœuf, après des développements psychologiques en partie différents, aboutit aux mêmes conclusions. Nous croyons aux images du rêve autant qu’au réel parce que nous ne pouvons comparer à d’autres impressions, parce que nous sommes détachés du monde extérieur. Mais ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas soumettre nos impressions à l’épreuve que nous croyons à la réalité de nos hallucinations. Le rêve peut feindre ces épreuves, nous faire toucher par exemple la rose que nous voyons, et cependant nous rêvons. Il n’y a, selon Delbœuf, d’autre critérium valable entre le rêve et la réalité de la veille que le fait du réveil – et ce n’est qu’un critérium pratique. Lorsque, me réveillant, je me vois dévêtu dans mon lit, je considère comme des illusions tout ce que j’ai vécu entre le moment où je me suis endormi et le moment du réveil (p. 84). Pendant le sommeil, j’ai considéré comme vraies les images du rêve, parce que l’on ne peut endormir aussi l’habitude de pensée qui me fait croire à un monde extérieur auquel s’oppose mon propre moi 13 . À côté de ces conceptions qui considèrent le détachement du monde extérieur comme déterminant de la vie du rêve, il convient de citer quelques fines remarques du vieux Burdach qui ramènent cette théorie à son exacte valeur. « Le sommeil, dit Burdach, ne peut apparaître que si l’esprit n’est pas excité par les sens…, mais l’essentiel n’est pas tant l’absence d’excitations que l’absence d’intérêt pour elles 14 ; certaines d’entre elles sont nécessaires pour l’apaiser : le meunier ne s’endort que lorsqu’il entend le bruit de son moulin, et celui qui est habitué à la lueur d’une veilleuse ne peut s’endormir dans l’obscurité » (p. 457). « Dans le sommeil, l’esprit s’isole du monde extérieur et se retire de la périphérie… Le lien n’est toutefois pas entièrement rompu : si on ne pouvait entendre et sentir pendant le sommeil, mais seulement après le réveil, on ne serait jamais réveillé. La persistance des sensations est prouvée mieux encore par le fait que la force d’une impression n’est pas seule à nous réveiller, mais que sa valeur psychique agit aussi : un mot indifférent n’éveillera pas le dormeur, mais il s’éveillera si on l’appelle par son nom ;…dans le sommeil, l’esprit distingue donc entre les sensations. De là vient qu’on peut aussi être réveillé par l’absence de stimulus sensoriel, quand il a trait à un fait important pour nos représentations.
L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 27 · confiance 0.90
La théorie selon laquelle le rêve est expliqué par un détachement de l'esprit du monde extérieur (p. 460 sq.).
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La persistance des sensations est prouvée mieux encore par le fait que la force d’une impression n’est pas seule à nous réveiller, mais que sa valeur psychique agit aussi : un mot indifférent n’éveillera pas le dormeur, mais il s’éveillera si on l’appelle par son nom ;…dans le sommeil, l’esprit distingue donc entre les sensations. De là vient qu’on peut aussi être réveillé par l’absence de stimulus sensoriel, quand il a trait à un fait important pour nos représentations. C’est ainsi qu’on s’éveille parce qu’une veilleuse s’éteint et que le meunier est réveillé par l’arrêt de son moulin, c’est-à-dire par la cessation d’une activité sensorielle. Ceci implique que cette activité était perçue par l’esprit mais ne le dérangeait pas ; c’était une activité satisfaisante ou indifférente » (p. 460 sq.). Mais, même si nous faisons abstraction de toutes ces importantes réserves, la théorie du détachement du monde extérieur se révèle incapable de nous expliquer toutes les étrangetés du rêve. On devrait en effet pouvoir expliquer tout rêve en ramenant ses hallucinations à des représentations et ses situations à des pensées : c’est bien ce que nous faisons quand nous nous rappelons notre rêve au réveil ; et cependant, même quand nous réussissons cette traduction, en partie ou tout à fait, le rêve demeure mystérieux. Aussi admet-on, en général, des transformations plus profondes du matériel des représentations de la veille. Strümpell s’efforce d’en dégager une (p. 17) : « Avec l’arrêt de ses intuitions sensibles et de la conscience normale de sa vie, l’esprit perd aussi le fond où s’enracinent ses sentiments, ses désirs, ses intérêts et ses actions. Les états psychiques : sentiments, intérêts, jugements de valeur, qui, pendant la veille, se lient aux images mnésiques, s’obscurcissent, se détachent des images ; les perceptions d’objets, de personnes, de lieux, d’événements et d’actions de la vie éveillée sont reproduites isolément en grand nombre, mais aucune d’entre elles ne transporte sa valeur psychique ; celle-ci est détachée, et les perceptions vacillent dans l’esprit, réduites à leurs seules ressources… » Le fait que les images ont dépouillé leur valeur psychique, ramené d’ailleurs au détachement du monde extérieur, serait, d’après Strümpell, un facteur capital de l’étrangeté que présente dans nos souvenirs le rêve comparé à la vie. On a noté que, dès le moment où nous commençons à nous endormir, nous renonçons à une de nos activités psychiques : la direction volontaire du cours de nos représentations. Ceci conduit à l’hypothèse que le sommeil s’étend aussi aux fonctions supérieures. Telle ou telle de ces fonctions peut être abolie ; celles qui demeurent peuvent-elles alors continuer à travailler sans trouble, donner un rendement normal ? Sinon, ne pourrait-on pas expliquer les particularités du rêve par une baisse d’efficience psychique ? L’impression que nous avons au réveil concorde assez avec cette conception. Le rêve est incohérent, il réunit les contradictoires sans la moindre objection, admet des impossibilités, laisse de côté notre savoir le plus important de la veille, nous montre débiles moralement. Nous considérerions comme fou tout homme qui, éveillé, aurait la conduite qu’il a en rêve, qui parlerait comme on le fait en rêve ou qui voudrait nous communiquer des événements tels que ceux qui se passent en rêve. Ainsi nous croyons n’exprimer qu’un fait, lorsque nous disons que l’activité psychique est très réduite pendant le rêve et qu’en particulier les fonctions intellectuelles supérieures sont suspendues ou gravement détériorées. Une rare unanimité – il sera ailleurs question des exceptions – se manifeste sur ce point chez les auteurs. D’après Lemoine, l’incohérence des images est la seule caractéristique essentielle du rêve. Maury l’approuve ; il dit (le Sommeil, p. 163) : « Il n’y a pas de rêves absolument raisonnables, et qui ne contiennent quelque incohérence, quelque anachronisme, quelque absurdité. » Hegel (cité par Spitta) dénie au rêve toute cohérence objective intelligible.