Freud — Corpus & Glossaire

Dépouillement de la valeur psychique des images

La théorie selon laquelle les images perdent leur valeur psychique dans le rêve (Strümpell, p. 17).

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 27 · confiance 0.90

La théorie selon laquelle les images perdent leur valeur psychique dans le rêve (Strümpell, p. 17).

Voir le passage source
La persistance des sensations est prouvée mieux encore par le fait que la force d’une impression n’est pas seule à nous réveiller, mais que sa valeur psychique agit aussi : un mot indifférent n’éveillera pas le dormeur, mais il s’éveillera si on l’appelle par son nom ;…dans le sommeil, l’esprit distingue donc entre les sensations. De là vient qu’on peut aussi être réveillé par l’absence de stimulus sensoriel, quand il a trait à un fait important pour nos représentations. C’est ainsi qu’on s’éveille parce qu’une veilleuse s’éteint et que le meunier est réveillé par l’arrêt de son moulin, c’est-à-dire par la cessation d’une activité sensorielle. Ceci implique que cette activité était perçue par l’esprit mais ne le dérangeait pas ; c’était une activité satisfaisante ou indifférente » (p. 460 sq.). Mais, même si nous faisons abstraction de toutes ces importantes réserves, la théorie du détachement du monde extérieur se révèle incapable de nous expliquer toutes les étrangetés du rêve. On devrait en effet pouvoir expliquer tout rêve en ramenant ses hallucinations à des représentations et ses situations à des pensées : c’est bien ce que nous faisons quand nous nous rappelons notre rêve au réveil ; et cependant, même quand nous réussissons cette traduction, en partie ou tout à fait, le rêve demeure mystérieux. Aussi admet-on, en général, des transformations plus profondes du matériel des représentations de la veille. Strümpell s’efforce d’en dégager une (p. 17) : « Avec l’arrêt de ses intuitions sensibles et de la conscience normale de sa vie, l’esprit perd aussi le fond où s’enracinent ses sentiments, ses désirs, ses intérêts et ses actions. Les états psychiques : sentiments, intérêts, jugements de valeur, qui, pendant la veille, se lient aux images mnésiques, s’obscurcissent, se détachent des images ; les perceptions d’objets, de personnes, de lieux, d’événements et d’actions de la vie éveillée sont reproduites isolément en grand nombre, mais aucune d’entre elles ne transporte sa valeur psychique ; celle-ci est détachée, et les perceptions vacillent dans l’esprit, réduites à leurs seules ressources… » Le fait que les images ont dépouillé leur valeur psychique, ramené d’ailleurs au détachement du monde extérieur, serait, d’après Strümpell, un facteur capital de l’étrangeté que présente dans nos souvenirs le rêve comparé à la vie. On a noté que, dès le moment où nous commençons à nous endormir, nous renonçons à une de nos activités psychiques : la direction volontaire du cours de nos représentations. Ceci conduit à l’hypothèse que le sommeil s’étend aussi aux fonctions supérieures. Telle ou telle de ces fonctions peut être abolie ; celles qui demeurent peuvent-elles alors continuer à travailler sans trouble, donner un rendement normal ? Sinon, ne pourrait-on pas expliquer les particularités du rêve par une baisse d’efficience psychique ? L’impression que nous avons au réveil concorde assez avec cette conception. Le rêve est incohérent, il réunit les contradictoires sans la moindre objection, admet des impossibilités, laisse de côté notre savoir le plus important de la veille, nous montre débiles moralement. Nous considérerions comme fou tout homme qui, éveillé, aurait la conduite qu’il a en rêve, qui parlerait comme on le fait en rêve ou qui voudrait nous communiquer des événements tels que ceux qui se passent en rêve. Ainsi nous croyons n’exprimer qu’un fait, lorsque nous disons que l’activité psychique est très réduite pendant le rêve et qu’en particulier les fonctions intellectuelles supérieures sont suspendues ou gravement détériorées. Une rare unanimité – il sera ailleurs question des exceptions – se manifeste sur ce point chez les auteurs. D’après Lemoine, l’incohérence des images est la seule caractéristique essentielle du rêve. Maury l’approuve ; il dit (le Sommeil, p. 163) : « Il n’y a pas de rêves absolument raisonnables, et qui ne contiennent quelque incohérence, quelque anachronisme, quelque absurdité. » Hegel (cité par Spitta) dénie au rêve toute cohérence objective intelligible.