Freud — Corpus & Glossaire

Absurdité des liaisons entre les représentations du rêve

L'absurdité des liaisons entre les représentations du rêve désigne la manière dont le rêve tourbillonne et confond tout, de la manière d'un kaléidoscope. (Retiré de Radestock, p. 145)

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 28 · confiance 0.90

L'absurdité des liaisons entre les représentations du rêve désigne la manière dont le rêve tourbillonne et confond tout, de la manière d'un kaléidoscope. (Retiré de Radestock, p. 145)

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Maury l’approuve ; il dit (le Sommeil, p. 163) : « Il n’y a pas de rêves absolument raisonnables, et qui ne contiennent quelque incohérence, quelque anachronisme, quelque absurdité. » Hegel (cité par Spitta) dénie au rêve toute cohérence objective intelligible. Dugas dit : « Le rêve, c’est l’anarchie psychique, affective et mentale, c’est le jeu des fonctions livrées à elles-mêmes et s’exerçant sans contrôle et sans but ; dans le rêve l’esprit est un automate spirituel. » Volkelt lui-même, qui cependant ne considère point l’activité intellectuelle pendant le sommeil comme dépourvue de but, convient que le rêve présente « une fragmentation, une dissolution et un désordre de la vie représentative, maintenue pendant la veille par la force logique du moi central » (p. 14). L’absurdité des liaisons entre les représentations du rêve a été soulignée dès longtemps, et personne n’a été plus net à cet égard que Cicéron (De divin., II) : « Nihil tam praepostere, tam incondite, tam monstruose cogitari potest, quod non possimus somniare. » Fechner dit (p. 522) : « Il semble que l’activité psychologique ait émigré du cerveau d’un homme raisonnable dans le cerveau d’un fou. » Radestock note (p. 145) : « Il semble impossible en fait d’établir des lois fixes dans cet ensemble extravagant. Le rêve, se dérobant à la sévère police de la volonté raisonnable, qui règle le cours des représentations pendant la veille, et de l’attention, tourbillonne et dans ses jeux insensés confond tout, à la manière d’un kaléidoscope. » Hildebrandt déclare (p. 45) : « Quels bonds merveilleux se permet le rêveur, dans ses conclusions par exemple ! Avec quelle tranquillité il renverse les vérités d’expérience les mieux connues ! Quelles contradictions risibles il supporte dans l’ordre de la nature et de la société, avant que, comme on dit, cela lui paraisse trop fort, et que la stupéfaction de tant d’absurdités le réveille. À l’occasion, nous multiplions tout bonnement : trois fois trois font vingt ; nous ne nous étonnons nullement d’entendre un chien réciter des vers, de voir un mort aller lui-même vers sa tombe, de voir flotter un rocher sur l’eau ; nous allons gravement, chargé d’une haute mission, vers le duché de Bernburg ou dans la principauté de Liechtenstein pour examiner la marine de guerre du pays, ou bien, peu avant la bataille de Poltawa, nous nous engageons comme volontaire dans l’armée de Charles XII. » Binz (p. 33) indique en même temps la théorie qui se déduit de ces impressions : « Sur dix rêves, il y en a au moins neuf dont le contenu est absurde. Nous y réunissons des personnes et des choses qui n’ont aucune relation entre elles. À chaque instant, comme dans un kaléidoscope, le groupement change et il devient, s’il se peut, plus absurde encore et plus fou que précédemment ; ainsi va le jeu changeant de notre cerveau à moitié endormi, jusqu’au moment où, nous réveillant, nous passons la main sur notre front et nous demandons si nous sommes encore capables de représentations et de pensées raisonnables. » Maury (le Sommeil, p. 50) caractérise le rapport entre les images du rêve et les pensées de la veille par une comparaison très impressionnante pour les médecins : « La production de ces images, que, chez l’homme éveillé, fait le plus souvent naître la volonté, correspond, pour l’intelligence, à ce que sont pour la motilité certains mouvements que nous offrent la chorée et les affections paralytiques… » Au reste, il voit dans le rêve « toute une série de dégradations de la faculté pensante et raisonnante » (p. 27). Il est à peine nécessaire d’indiquer les appréciations des auteurs qui appliquent la phrase de Maury à chacune des fonctions supérieures. D’après Strümpell, toutes les opérations logiques qui reposent sur des rapports et des relations s’effacent dans le rêve (lors même que l’absurdité du rêve ne saute pas aux yeux) (p. 26). D’après Spitta (p. 148), les représentations, dans le rêve, paraissent se soustraire entièrement au principe de causalité. Radestock et d’autres insistent sur la faiblesse du jugement et des conclusions dans le rêve.