Freud — Corpus & Glossaire

Activité intellectuelle dans le rêve

Restes d'activité normale que le rêve manifeste, qui permettent l'organisation du moins mal possible des images hallucinatoires et de nouvelles séries de représentations.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 29 · confiance 0.95

Restes d'activité normale que le rêve manifeste, qui permettent l'organisation du moins mal possible des images hallucinatoires et de nouvelles séries de représentations.

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D’après Spitta (p. 148), les représentations, dans le rêve, paraissent se soustraire entièrement au principe de causalité. Radestock et d’autres insistent sur la faiblesse du jugement et des conclusions dans le rêve. Jodl souligne (p. 123) qu’il n’y a, dans le rêve, aucune critique, aucune correction d’une série de perceptions par la conscience globale. Il dit encore : « Toutes les variétés d’activité de la conscience apparaissent dans le rêve, mais incomplètes, inhibées, isolées les unes des autres. » Stricker (avec beaucoup d’autres) explique les contradictions entre le rêve et le contenu de notre savoir de veille par l’oubli de faits importants dans le rêve ou par la disparition des relations logiques entre les représentations (p. 98), etc. Ces auteurs, qui jugent en général si durement le rendement psychique du rêve, conviennent cependant qu’il y subsiste quelques restes d’activité intellectuelle. Wundt, dont les théories ont fait autorité pour tant de chercheurs dans ce domaine, l’accorde expressément. On peut se demander ce que sont ces restes d’activité normale que le rêve manifeste. Tout le monde convient que la mémoire paraît être la fonction qui souffre le moins dans le rêve ; bien qu’il faille expliquer une partie des absurdités du rêve par l’oubli de cette vie du rêve même, elle paraît quelquefois supérieure même à la mémoire de la veille (cf. supra , p. 18 sq.). D’après Spitta, c’est la vie affective (Gemüts-leben), intacte pendant le sommeil, qui dirige le rêve. Le mot Gemüt signifie pour lui « l’ensemble immuable des sentiments, essence subjective la plus profonde de l’homme » (p. 84). Scholz (p. 37) isole dans le rêve une « transformation allégorique » (allegorisierende Umdeutung) agissant sur le matériel du rêve. Siebeck constate aussi dans le rêve une « activité interprétative de complètement » (ergänzende Deutungstätigkeit, p. 11) que l’esprit exerce sur toutes ses perceptions et intuitions. Il est particulièrement difficile d’apprécier le rôle tenu dans le rêve par l’activité la plus élevée, celle de la conscience. On ne peut douter qu’elle subsiste : nous ne connaissons le rêve que par elle. Spitta pense toutefois que le rêve ne garde que la conscience en général et non la conscience de soi. Delbœuf déclare ne pouvoir comprendre cette distinction. Les lois d’association qui unissent les représentations valent aussi pour les images du rêve, leur pouvoir apparaît même d’une manière plus nette et plus forte dans le rêve. Selon Strümpell (p. 70), « le rêve paraît se comporter ou bien d’après les lois des représentations seules ou bien d’après les lois des stimuli organiques accompagnées de représentations, c’est-à-dire sans que la réflexion et la raison, le goût esthétique et le jugement moral puissent agir sur lui ». Les auteurs dont j’indique ici les opinions paraissent se représenter la formation du rêve de la manière suivante : l’ensemble des stimulations sensorielles (provenant des diverses sources déjà indiquées) provoque d’abord dans l’esprit un certain nombre d’images qui se présentent sous la forme d’hallucinations (Wundt pense que, conséquences de stimuli internes et externes, ce sont plutôt des illusions). Celles-ci se lient entre elles d’après les lois de l’association des idées, et, d’après ces mêmes lois, évoquent de nouvelles séries de représentations (d’images). Tout cela est organisé le moins mal possible par ce qui reste d’activité intellectuelle créatrice d’ordre et de pensée (cf. Wundt et Weygandt). Toutefois on n’a pas encore pu déterminer quels motifs provoquent l’éveil d’images ne venant pas du dehors d’après telle loi d’association plutôt que d’après telle autre. On a remarqué à diverses reprises que les associations qui unissent entre elles les diverses images étaient d’espèce très particulière et différaient de celles qui agissent pendant la veille. Volkelt dit (p. 15) : « Pendant le rêve, les représentations se poursuivent et s’accrochent d’après des ressemblances de hasard et d’après des liaisons à peine perceptibles.