L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 30 · confiance 0.95
Le délire est comparé au rêve en raison de ses associations vicieuses et irrégulières des idées.
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On a remarqué à diverses reprises que les associations qui unissent entre elles les diverses images étaient d’espèce très particulière et différaient de celles qui agissent pendant la veille. Volkelt dit (p. 15) : « Pendant le rêve, les représentations se poursuivent et s’accrochent d’après des ressemblances de hasard et d’après des liaisons à peine perceptibles. Tous les rêves sont traversés par ces associations parsemées et lâches. » Maury insiste sur ce caractère qui lui permet d’établir une analogie plus étroite entre le rêve et certains troubles mentaux. Il y reconnaît deux traits essentiels du « délire » : « 1° une action spontanée et comme automatique de l’esprit ; 2° une association vicieuse et irrégulière des idées » (le Sommeil, p. 126). Il nous a laissé lui-même deux remarquables exemples de rêves où la seule assonance des mots forme le lien entre les images. Il rêva un jour qu’il entreprenait un pèlerinage à Jérusalem ou à La Mecque ; après de nombreuses aventures, il se retrouvait chez le chimiste Pelletier qui, après une conversation, lui donnait une pelle de zinc ; dans le fragment de rêve suivant, celle-ci devenait son grand sabre de bataille (p. 137). Une autre fois, il suivait en rêve une chaussée et lisait sur les bornes les kilomètres ; il se trouvait ensuite chez un épicier qui avait une grande balance et un homme mettait des poids d’un kilo sur un plateau de la balance pour peser Maury ; l’épicier lui disait ensuite : « Vous n’êtes pas à Paris, mais dans l’île Gilolo. » Suivaient plusieurs tableaux où il voyait la fleur Lobelia, puis le général Lopez dont il avait lu la mort peu de temps avant ; il s’éveillait enfin, jouant au loto 15 . Ce mépris de l’activité psychique du rêve n’a pas été sans provoquer des objections. Sans doute la thèse opposée paraît-elle difficile à établir. Il est de peu d’importance qu’un des contempteurs du rêve (Spitta, p. 118) affirme que les mêmes lois psychologiques régissent le rêve et la veille, ou qu’un autre (Dugas) déclare : « Le rêve n’est pas déraison ni même irraison pure », tant qu’ils ne prennent pas la peine de mettre en accord cette appréciation avec l’état d’anarchie psychique et de dissolution de nos fonctions qu’ils décrivent. Mais d’autres auteurs paraissent avoir pressenti que la folie du rêve n’était pas « sans méthode », qu’elle était peut-être un déguisement, comme la folie d’Hamlet, sur laquelle on a porté ce jugement. Ces auteurs ont su éviter de juger d’après les apparences, à moins que les apparences que le rêve leur présentait ne fussent autres. Ainsi, Havelock Ellis (1899), sans vouloir s’arrêter aux absurdités apparentes du rêve, le considère comme « an archaic world of vast émotions and imperfect thoughts », dont l’étude peut éclairer les premiers degrés du développement de la vie psychique. J. Sully (p. 362) défend la même conception, d’une manière encore plus large et plus pénétrante. Son témoignage mérite d’autant plus d’attention qu’il croyait, plus que nul autre psychologue, au sens caché du rêve. « Now our dreams are a means of cotiser ving these successive personalities. When asleep we go back to the old ways of looking at things and of feeling about them, to impulses and activities which long ago dominated us. » Delbœuf affirme (en réalité sans apporter aucune preuve contre l’ensemble des documents qui le contredisent et, par conséquent, à tort) : « Dans le sommeil, hormis la perception, toutes les facultés de l’esprit, intelligence, imagination, mémoire, volonté, moralité, restent intactes dans leur essence ; seulement elles s’appliquent à des objets imaginaires et mobiles. Le songeur est un acteur qui joue à volonté les fous et les sages, les bourreaux et les victimes, les nains et les géants, les démons et les anges » (p. 222). Le marquis d’Hervey, contre lequel Maury a engagé une violente polémique, et dont, en dépit de tous mes efforts, je n’ai pu me procurer l’ouvrage, paraît avoir été le plus énergique défenseur du rendement intellectuel du rêve.
L’interprétation des rêves (1899)
Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 45 · confiance 0.95
Un état mental caractérisé par des hallucinations, des accès de fureur et des modifications de la personnalité et du caractère.
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Dans d’autres exemples, on peut déceler dans le rêve des signes morbides ; quelquefois la psychose est limitée au rêve. Thomayer considère les rêves anxieux comme des équivalents épileptiques. Allison (cité par Radestock) décrit une nocturnal insanity dans laquelle les sujets sont en apparence tout à fait normaux pendant la journée, mais présentent la nuit des hallucinations, des accès de fureur, etc. Sanctis rapporte des observations analogues, notamment celle d’un alcoolique qui présentait un équivalent paranoïaque en rêve : il entendait des voix qui lui disaient que sa femme le trompait. Tissié note un grand nombre de cas dans lesquels des actes pathologiques, constructions délirantes ou impulsions obsessionnelles, ont eu leur origine dans le rêve. Guislain décrit un cas dans lequel le sommeil était remplacé par de brefs accès de folie intermittente. Il n’est pas douteux que le médecin devra envisager, à côté de la psychologie du rêve, une psychopathologie du rêve. Lors de la guérison de maladies mentales, on constate quelquefois que, alors que le fonctionnement psychique est normal pendant le jour, le rêve est encore troublé. C’est Gregory qui, d’après Krauss, aurait le premier attiré l’attention là-dessus. Macario (cité par Tissié) raconte l’histoire d’un maniaque qui, huit jours après sa guérison, présentait encore en rêve la fuite des idées et les impulsions passionnelles de la maladie. On a peu étudié jusqu’à présent les modifications que subit le rêve dans les psychoses chroniques. Par contre le problème de la parenté entre le rêve et la maladie mentale a été envisagé dès longtemps. C’est Cabanis qui, d’après Maury, l’aurait étudié le premier, dans ses Rapports du physique et du moral, suivi bientôt de Lélut, de J. Moreau (de Tours), de Maine de Biran. Il est probable que les premiers travaux sur cette question sont beaucoup plus anciens. Radestock commence son étude par un choix de dictons sur l’analogie entre le rêve et la folie. Kant dit quelque part : « Le fou est un dormeur éveillé » ; Krauss : « La folie est un rêve pendant que les sens sont éveillés. » Schopenhauer appelle le rêve une courte folie et la folie un long rêve. Hagen voit dans le délire un rêve amené, non par le sommeil, mais par une maladie. Wundt, dans sa Psychologie physiologique, déclare : « En fait, le rêve nous permet de connaître par nous-mêmes presque tous les états que l’on observe dans les asiles. » Voici, d’après Spitta (dont le point de vue est proche de celui de Maury), les ressemblances de détail sur lesquelles on peut se fonder : « 1° suppression ou ralentissement de la conscience du moi, d’où ignorance de notre état comme tel, donc impossibilité de s’étonner, manque de conscience morale ; 2° modification de la perception sensorielle ; mais, tandis que le rêve l’abaisse, la folie en général l’exalte ; 3° liaison des représentations uniquement selon les lois de l’association et de la reproduction, donc création automatique de séries, absence de proportion entre les représentations (exagérations, extravagances) ; comme corollaire de tout cela : 4° modification (quelquefois inversion) de la personnalité et du caractère (perversité). » Radestock y ajoute quelques traits encore, notamment un matériel analogue : « La plupart des hallucinations et des illusions se rapportent à la vue, à l’ouïe et à la cénesthésie. L’odorat et le goût sont, comme en rêve, rarement intéressés. Le délire fébrile tout comme le rêve amène des souvenirs d’un passé lointain oublié à l’état de veille et de santé. L’analogie entre le rêve et les psychoses prend sa pleine valeur du fait qu’elle s’étend aux détails de la mimique et de l’expression du visage. « À ceux qui souffrent physiquement et intellectuellement, le rêve donne ce que la réalité leur refuse : le bien-être, le bonheur. Ainsi apparaissent chez le malade mental les tableaux attirants de bonheur, de grandeur, de noblesse et de richesse. Le fond des délires est bien souvent cette possession prétendue de biens et la réalisation imaginaire des désirs, et leur non-réalisation l’une des causes psychiques de la folie.